Un ami m’a demandé de lui écrire quelques lignes sur «l’argent utile». Comme je tardais à lui répondre, il m’a gentiment relancé. C’est un ami. La vérité est que je restais un peu sec sur une question qui à première vue me paraissait facile. Existerait-il un argent utile et un autre qui ne le serait pas ? L’argent, c’est bien connu, n’a pas d’odeur. Le voleur et le vertueux, l’avare et le prodigue, l’égoïste et le partageux, tous utilisent le même argent. Il est une mesure commune à tous, utilisable par tous, il est impartial. La réponse qui s’impose est donc : «Bien sûr que l’argent est utile et même nécessaire puisqu’il permet d’échanger des biens et des services utiles et nécessaires».

Mais la question de mon ami n’était pas de savoir s’il existait un argent utile et un autre qui ne le serait pas. L’argent est le même qu’il finance un investissement utile ou un projet douteux. Sa question portait sur l’usage de l’argent qui lui prend valeur morale puisque nous le rendons utile ou non selon ce que nous en faisons. (je sais qu’Aristote l’a dit bien avant moi). Si cette question de l’utilité de l’argent se pose aujourd’hui avec insistance, c’est que ses usages et sa circulation apparaissent critiquables. Quand le sont-ils ? Quand l’accumulation d’argent devient une fin en soi, ce qui le dénature par rapport à sa fonction première d’échanges, puisqu’il n’est plus échangé. Quand il est acquis ou dépensé dans des conditions qui ne respectent pas la morale des rapports sociaux ou des échanges. Plus généralement quand il est considéré comme un objectif et non comme un moyen.

Les banques se voient reprocher d’avoir détourné l’argent de ses utilités premières. J’en ai déjà parlé ici. Elles ont développé des activités de marché et cherché à générer des profits hors des échanges commerciaux, mais n’ont pas pour autant négligé le financement de l’économie. L’abondance de liquidités de la première décennie de ce siècle a alimenté le marché des produits dérivés mais aussi le marché immobilier et l’investissement industriel. Les statistiques le montrent, les prix de l’immobilier aussi. Elles ont donc agi «utilement».

La question interroge tous les acteurs de l’économie, tous ceux qui utilisent l’argent, qui l’empruntent pour investir ou qui le placent. Le Livret sociétaire que nous avons lancé il y a quelques mois connait un fort succès, et nos clients marquent un vrai intérêt pour cette épargne «utile» qui sert à la fois les jeunes entreprises et les associations de leur territoire. C’est un signe. Dans le même temps, notre site en ligne «Kam et Léo» tarde à trouver son public (lisez le blog) alors qu’il est exclusivement dédié à l’Investissement Socialement Responsable, donc à des produits de placement par définition «utiles», conçus et contrôlés pour répondre à cette exigence. Il reste donc du chemin à faire pour atteindre cette responsabilité d’usage.

On voit aussi se développer des monnaies complémentaires dédiées au développement local, soutenant les échanges de proximité. Par leur caractère radical, leur usage limité à certaines transactions, ces monnaies sont exclusives de spéculation et d’accumulation. Mais elles posent tout de même une question morale quand elles permettent d’éviter de payer la TVA et ne répondent donc que partiellement à la question. Une question qui ne peut trouver de réponse que dans les mœurs publiques de nos sociétés dont Phocion nous a dit qu’elles étaient faites de nos vertus privées. Les usages de l’argent ne sont que le reflet des priorités des citoyens. Personne n’est surpris d’apprendre qu’à Las Vegas, beaucoup va au jeu. Il en est de même partout. L’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais il se colle quand même à nos préférences.

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