L’affaire prend de la puissance depuis quelques semaines, je parle de la manipulation de cours du Libor dont on trouve facilement les fondements et l’historique sur le web. Cette affaire malmène à nouveau les banques d’investissement, qui après les subprime, la dette publique et autres fautes de traders, n’avaient pas besoin de cela !

Pourtant, cette affaire est beaucoup plus grave que les précédentes. Il s’agirait en effet d’une sorte d’entente entre établissements financiers pour fixer un taux de référence ne correspondant pas aux prix des transactions normales. S’il y a bien eu manipulation animée par la seule volonté d’améliorer artificiellement les marges au détriment d’autres acteurs, et réalisée en toute conscience en détournant une procédure, il s’agit alors d’une affaire différente de celles qui ont déjà valu aux banques tant de reproches.

Sans nier la responsabilité des banques dans l’affaire des subprimes, je rappelle que cette crise était d’abord due et initiée par le retournement du marché immobilier américain, que les dérivés de crédit de ces financements accordés sans professionnalisme étaient jugés – à tort – non risqués, et que ni les régulateurs, ni les assureurs n’en avaient mesuré le risque induit. Bref, que si les banques ont acheté beaucoup trop de ces produits, c’est cette défaillance dans l’estimation du risque qui est en cause, pas leur volonté de tricher. De même, dans la crise de la dette qui a amené là encore de sévères critiques envers les banques, tout le monde a maintenant compris qu’il s’agissait d’abord d’une défaillance des Etats, de leur niveau d’endettement qui a commencé à se creuser bien avant que l’on commence à fabriquer le tout premier subprime. Et s’agissant des «traders fous», dont on a vu les pertes abyssales qu’ils pouvaient causer, on sait que ces dérapages inexcusables ont pour origine des prises de positions anormales sur les marchés, des tentatives désespérées de « se refaire », sur fond de procédures de contrôles pas toujours performantes.

Ici, dans l’affaire du Libor, il n’y a pas de circonstances de nature à expliquer et excuser quoique ce soit. Les faits reprochés s’assimilent tout simplement à de la tricherie, de la fraude, et sont donc, s’ils sont avérés, inexcusables. Il faut appeler un chat un chat. Les établissements concernés par cette affaire, ceux dont l’enquête révèlera qu’ils auraient participé à ces opérations, devront le reconnaître et s’expliquer en conséquence. Je précise que le Crédit agricole, comme la Société générale, qui viennent de rejoindre dans les médias le club déjà fourni des banques concernées, ont l’un et l’autre réagi pour nier toute mise en cause dans ce dossier.

Cette affaire montre aussi que les règles et contrôles que l’on a considérablement renforcés ces dernières années, aussi fournis soient-ils, ne remplaceront jamais la responsabilité des acteurs. C’est à eux qu’il revient d’agir en respectant finalité de leurs organisations et en assurant leur mission avec honnêteté et respect des intérêts des parties. Toutes les crises que j’évoquais le démontrent, les contrôles ont toujours un temps de retard sur les risques et placent les protections après l’accident. Plus on les étoffe, plus on envoie un message néfaste : « Ce qui n’est pas interdit est autorisé, ce qui n’est pas contrôlé est sans risque ». C’est faux, c’est grave, et ce n’est pas vrai que dans la banque…

Ici, la vision d’Eric Delannoy sur le sujet…

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