AMAIUR A MAULEON

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, SOCIAL et SOLIDAIRE par sur 11 août 2012 0 Commentaire

Il arrive que le vieux château de Mauléon en Soule se réveille pour accueillir la grande foule. Avec le spectacle Amaiur créé par Pier-Pol Berzaitz, les femmes et les hommes d’aujourd’hui découvrent, le temps d’une soirée, un morceau de leur histoire. Des chants, des danses, de la belle musique et de la poésie, de la lumière, des cavaliers, du combat, du rythme, tout ce que Pier-Pol sait si bien mettre en mouvement.

Le fil rouge de cette fresque ambitieuse est la tentative de reconquête de leur pays par les Navarrais et leur résistance héroïque lors du siège des Castillans en été 1522. Le mariage d’Isabelle la Catholique qui règne en Castille avec Ferdinand, Roi d’Aragon, ouvre le spectacle. Nous sommes au quinzième siècle et le couple royal instaure l’inquisition, chasse les juifs vers l’Empire Ottoman et prépare les grands voyages de Christophe Colomb. A la mort d’Isabelle, Ferdinand épouse Germaine de Foix et avec l’appui du Duc d’Albe, prend la Haute Navarre et une partie de la Navarre à Jean III d’Albret. Jean d’Albret puis son fils Henri tenteront en vain de reconquérir leur Royaume. Quelques centaines de Navarrais loyalistes réussiront toutefois à pénétrer dans le château d’Amaiur qui sera assiégé puis détruit par le feu. La capitulation des résistants marquera la fin de l’indépendance de la Navarre.

Difficile pour un non Basque de suivre le fil de la narration. Mais est-ce si important ? Les colères, les joies, les fêtes et les déceptions explosent dans la lumière de Mauléon et parlent une langue universelle. Ce qu’on aime, ce à quoi on tient, il faut savoir le défendre, et on n’y parvient jamais seul, ni en quelques jours. De tout cela, il faut savoir faire culture…

Pier-Pol Berzaitz apporte avec cet Amaiur une nouvelle contribution à la mémoire de son pays dont il transmet l’héritage avec les moyens techniques et artistiques d’aujourd’hui. Il faut saluer tous les contributeurs, plus de cent, à ce spectacle vif et enlevé. Je pense à Edu Muruamendiaraz Gallastegi de la Kompany Beritza pour ses belles chorégraphies, à Karlos Gimenez Manglano pour la direction de l’orchestre, à Joél Saint-Mezard, maître d’armes, déjà présent dans « Le Pacte des loups » et qui apporte son expérience aux grandes fresques vivantes, au château de Foix notamment. Mais ce sont aussi les associations locales, Amaiur Gaztelu Elkartea, les Amis du Château Fort de Mauléon, les danseurs, les chanteurs, les couturières, les techniciens, tous ceux qui font la réussite et l’authenticité du spectacle qui méritent d’être félicités.

Je n’oublie pas bien sûr Pier-Pol Berzaitz, modeste, discret, presque effacé derrière le grand groupe qu’il réunit pour ce spectacle. J’imagine, dans quelques siècles, la foule réunie devant le château de Mauléon illuminé. Un jeune berger vêtu de blanc et du légendaire béret descendra alors lentement l’escalier en entonnant une chanson, et là, on entendra un spectateur chuchoter : « Regardez, c’est Pier-Pol… ».

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