ARRÊTEZ PATRON !

boss-bot

Nous l’avons vu (voir ici), les robots apporteront des possibilités nouvelles de relations avec les clients. Mais ils pourront aussi s’inviter dans la gouvernance des entreprises et fournir une assistance aux dirigeants. Certaines perspectives détaillées dans cet article posent des questions troublantes : Watson, le robot d’IBM, serait-il un bon Président pour les Etats-Unis ? Pepper, fils d’Aldebaran, aurait-il plus d’intelligence relationnelle qu’un humain ? Vital, administrateur d’une société de capital-risque, saurait-il mieux que les autres détecter pépites et chausse-trapes ?

N’imaginons pas le patron de demain flanqué d’un robot.

Il n’aura pas dans ses pas un petit androïde à la démarche oscillante, la tête enfoncée dans les épaules, d’humeur grincheuse ou joyeuse selon sa programmation et les circonstances. Non, le Boss-bot sera invisible. Il causera dans le smartphone, vibrant ou sonnant selon l’importance du message à passer. Sa force ? Une connaissance immédiate et quasi-parfaite de tous les paramètres de l’entreprise, une capacité à décoder les humeurs et les intentions des partenaires grâce à l’analyse instantanée des échanges verbaux et écrits, une intelligence suffisante pour proposer les décisions et les discours les plus pertinents. On comprend que certains lui prédisent un avenir radieux, jusqu’à le voir un jour devenir patron lui-même…

Incontestablement, les entreprises tireront bénéfice du Boss-bot.

On peut d’ores et déjà imaginer les domaines dans lesquels il pourra exceller. En scrutant tout ce qui se fait dans le monde, tout ce qui s’y est fait et tout ce qui s’y prépare, en croisant les données de marché, économiques ou sociales, en activant ses multiples capteurs, il proposera des pistes d’action dûment évaluées et hiérarchisées. Or, on le sait, lorsqu’un patron a des idées, il est moins tenté de consacrer son temps et son énergie à critiquer celles des autres. Il forme de nouveaux projets et se montre résolument constructif. Un peu à la façon du « fou du roi », le Boss-bot n’aura aucune crainte à dire les choses. Il ne cèdera pas à la complaisance vis-à-vis du chef. Que risque-t-il après tout ? Il pourra dès lors émettre des alertes dès qu’il percevra les signaux avant-coureurs de difficultés prochaines et dire tout haut tout le bien ou tout le mal qu’il pense d’une décision. On peut même imaginer que lorsque son chef filera du mauvais coton, s’engagera dans une impasse, ou tiendra des propos non justifiés et injustifiables, il aille jusqu’à hurler un puissant et bénéfique : « Arrêtez patron ! ».

Il aidera à mieux diriger, mais il ne donnera pas le Sens…

Il permettra au dirigeant de mieux comprendre son marché et son entreprise, mais il ne lui apportera pas l’essentiel : le sens. Car c’est le sens, longuement mûri au long de sa vie sociale et professionnelle, clairement exprimé devant ses équipes, qui fait la vraie valeur ajoutée du patron. Les outils peuvent l’aider, mais ils ne seront jamais que des moyens ; la finalité, c’est son affaire à lui. Le charisme ne sortira pas d’un smartphone, pas plus que l’incarnation d’un projet collectif. Les machines pourront fournir des analyses toujours plus fines et subtiles, intégrer et reproduire les émotions, elles ne feront jamais le job à sa place. Ce sera encore et toujours et pour longtemps au moment de décider, de résoudre un problème inédit, d’improviser une réponse, de chercher une solution hors du cadre, d’innover, que le dirigeant se révèlera. Et c’est encore et toujours dans sa capacité à expliquer les situations en toute transparence, à prendre les avis des uns et des autres, à oser faire sincèrement confiance, et donc à obtenir l’adhésion de ses équipes, qu’il réussira…

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