Archive pour la catégorie ‘Developpement durable’
L’imagination des financiers est sans limite pour modéliser la réalité et la mettre en équations sous forme d’instruments financiers toujours plus sophistiqués. Ces outils sont supposés répondre aux besoins de couverture de risques ou destinés à compenser financièrement, de façon virtuelle et synthétique, des développements destructeurs de l’environnement dans la vraie vie économique.
On connaissait les crédits carbone et leur marché imaginés dans les salles de marché (CF mon billet sur ce même blog intitulé «Copenhague et après ?»). La dernière innovation des financiers consiste à élaborer et à négocier des instruments destinés à compenser le risque de destruction de la biodiversité. Il s’agit, en acquérant ces produits, d’alimenter des fonds destinés à investir dans la création artificielle de réserves de biodiversité dans certains lieux afin de pallier les destructions générées par les grandes infrastructures et l’activité économique dans d’autres régions.
Contrairement au risque climatique pour lequel la seule monnaie d’échange est le CO2, il existe dans le domaine de la biodiversité une large gamme de produits selon la typologie des écosystèmes locaux. Ainsi aux Etats-Unis, on dénombre aujourd’hui plus de 150 produits de ce type, comme, par exemple le crédit de zone humide dont le prix peu fluctuer de 2.000 à 500.000 euros, ou encore le crédit de protection de la grenouille à pattes rouges dont le prix est de l’ordre de 65.000 euros. Ce marché est encore en gestation. En effet, le volume annuel des transactions est inférieur à 2 milliards d’euros quand, dans le même temps, le marché des crédits carbone s’élève à 120 milliards d’euros.
Ce mécanisme de compensation même s’il permet de développer des zones protégées a quelque chose de surprenant voire de choquant. Ne vaudrait-il pas mieux protéger la biodiversité naturelle, là où elle mérite de l’être, plutôt que de la détruire et de tenter d’en reproduire une artificielle à un autre endroit avec tous les risques d’échec que cela comporte ? Ce dispositif ne permet-il pas, finalement, moyennant l’achat de crédits de biodiversité, de polluer et de détruire sans vergogne ?
Curieusement, ce processus n’est pas très éloigné des pratiques connues en d’autres temps sous le terme d’«indulgences». Souvenons-nous : après les invasions barbares, la pénitence, jusqu’alors publique tendit à devenir privée et à être strictement tarifée par des sortes de barèmes. Les fidèles cherchaient à se libérer des pénitences tarifées au moyen d’aumônes ou de messes. Le rachat et le pardon de ses péchés moyennant espèces sonnantes et trébuchantes entraîna des abus et fut à l’origine de la révolte protestante de Martin Luther.
Square-Energie, c’est le nouveau service que Pyrénées Gascogne a inventé pour répondre aux questions que se posent ceux qui veulent réduire leur consommation d’énergie et se préparer aux normes du Grenelle de l’environnement. Beaucoup y pensent, mais pour faire le pas, il fallait un partenaire fiable, réputé sérieux, et qui ne soit pas suspect de vouloir vendre son matériel ou son abonnement. Le voilà. Bien sûr, si vous n’habitez pas sur le Gers, les Pyrénées Atlantiques ou les Hautes Pyrénées… vous devrez encore attendre un peu. Sinon, cliquez, et prenez rendez-vous. C’et pas mutualiste ça ?
La communication des marques sur leurs vertus vertes a quelque chose d’agaçant. Leur intérêt pour le développement durable est trop brutal, trop général, et, disons-le, bien trop bruyant, pour être sincère. Comment ne pas voir dans ce tapage médiatique que beaucoup d’entreprises, sans tomber toutes dans l’écoblanchiment, s’achètent une conduite à peu de frais en mettant en avant quelques initiatives qui ne bouleversent ni leur mode de fonctionnement ni leurs priorités ? Faut-il pour autant les condamner ?
Que de plus en plus de décideurs comprennent et affirment qu’il faut conduire le développement en respectant l’environnement, n’est ce pas plutôt bien ? Que dans cette quête vertueuse, ils encouragent l’innovation et contribuent dans leurs équipes, auprès de leurs clients, à faire monter l’exigence sur ce registre, n’est-ce pas bénéfique ? Que les voix des médias, des entreprises, des intellectuels et des cinéastes, des politiques et des chanteurs, se mettent en harmonie pour dire, « juré-craché », que la protection de la diversité des espèces, des paysages, des océans et du climat sont des priorités humaines qu’ils entendent bien défendre, qui va s’en plaindre ? Alors ?
Alors, tout est allé trop vite. L’écologie est passée si brutalement d’un statut de militantisme marginal, jugé bien souvent subversif, naïf et inconséquent, à celui de pilier incontournable de la morale moderne, qu’on en arrive à se demander si elle n’est pas un ingrédient de plus de « la pensée unique », donc molle et mièvre. Un peu comme si sa revanche était trop franche et trop rapide pour que ne pas nuire à ses intérêts fondamentaux. Le risque est en effet réel d’exploiter la peur du changement climatique sans faire l’effort de se demander pourquoi il est important de respecter les grands équilibres écologiques, donc la vie des espèces et des peuples qui ont chacun besoin d’un espace adapté. Qu’on en reste finalement à la surface « verte » des choses.
Alors ? Alors, il faut privilégier en profondeur la responsabilité avec ce qu’elle entraîne de réflexions, de débats et de décisions. C’est en son nom qu’il faut se préoccuper des grands équilibres écologiques mais aussi financiers et sociaux, qu’il faut tempérer les appétits spéculatifs, réduire les déficits publics, traiter la question du chômage et celle des retraites. En son nom toujours qu’il faut concilier les intérêts des peuples. Cette responsabilité est exigeante, elle demande de regarder, de comprendre, de juger et d’agir. Elle n’est pas faite de coups médiatiques, ne s’accommode pas de certitudes, mais de travail, de volonté, de courage. Et tout ce qui est Green, vert ou écologique ne trouve de sens que dans cette responsabilité qui est par essence plus profonde et plus large.
C’est cette responsabilité économique, financière, sociale, humaine qui anime le mutualisme depuis ses origines. C’est au nom de cette responsabilité que Pyrénées Gascogne a engagé de nombreuses actions pour réduire son impact carbone, pour développer sur ses bâtiments et sur ceux de ses clients la production d’énergie renouvelable, pour réduire les transports et les impressions papier. Mais c’est au même titre que Pyrénées Gascogne a inventé la Carte sociétaire, des produits d’épargne responsable, des modalités spécifiques pour l’accompagnement des clients fragilisés. Le Crédit agricole est partenaire d’Océans, le nouveau film de Jacques Perrin, comme il l’est de milliers d’associations qui œuvrent dans de nombreux domaines sur les communes de France, et des internautes du Sud-ouest avec Internet Céç@.
Que le Crédit agricole soit vert, chacun le sait depuis longtemps ;-). On sait moins qu’il est organisé depuis ses origines pour que cette responsabilité s’exerce à tout moment, à tous niveaux, et sur toutes les dimensions de l’entreprise. C’est le sens de sa gouvernance partagée, de sa prise de décisions sous le regard des sociétaires et élus, de son fonctionnement participatif et démocratique. Et c’est bien là qu’est l’essentiel, au-delà des effets de mode et des priorités souvent éphémères…
Pour la bande annonce (magnifique) du film Océans de Jacques Perrin, c’est ici….
Je découvre avec joie un article publié sur le site de AGORAVOX et intitulé : “Le mutualisme bancaire : vers un nouveau modèle bancaire ?“. Voici un extrait de cet article écrit par Pascal de Lima, économiste en chef au sein d’Altran Financial Services et enseignant à Sciences-po :
“Si les marchés financiers sont actuellement mal perçus dans une atmosphère de cassage de banquiers, comment convaincre les clients d’épargner ? Il faut proposer un nouveau modèle de proximité : des banques locales et des produits d’investissement fondés sur des tissus locaux d’activité via le développement durable. En effet, « votre épargne aide à maintenir l’emploi autour de vous » ! Il faut également envisager la création d’entreprises innovantes permettant de bénéficier d’aide à l’investissement en PME et dans les technologies nouvelles et la R&D. L’idée principale c’est qu’une banque mutualiste, au lieu d’appartenir à des Rockefeller en haut de forme avec cigare, est détenue par ses membres…”
Au même moment, l’excellent site www.parlons-patrimoine.com publie une note très complète écrite par Florence Touya, sur “L’investissement socialement responsable”. Au moment où l’on voit exploser les fonds d’investissements islamiques, respectueux de règles religieuses, il est intéressant de noter que les initiatives se multiplient aussi pour proposer aux clients des banques des produits “socialement responsables”, respectueux de l’avenir ou garants de la moralité de l’activité économique des destinataires des fonds :
“Deux approches peuvent motiver l’investissement dans des fonds socialement responsables. La première procède de l’idée selon laquelle une entreprise qui non seulement offre un traitement plus favorable des différentes parties prenantes mais est en outre mieux préparée aux changements de paradigme environnemental et social, favorise un cadre propice à une meilleure productivité et détiendra un avantage compétitif sur ses concurrents qui lui permettra de créer de la valeur. La seconde, d’orientation davantage altruiste, considère que les entreprises ne prennent pas en compte l’ensemble des impacts produits par leurs actes et que des effets négatifs peuvent être subis, en particulier par les générations futures, que les pouvoirs publics ne parviennent pas toujours à enrayer (exemple de certaines pollutions). Ainsi, en choisissant de ne pas allouer de fonds dans des projets n’étant pas identifiés comme socialement responsables, le coût du capital des sociétés en question est renchéri et les entreprises sont progressivement incitées à prendre en compte dans leurs décisions ces dimensions éthiques et environnementales.”
Je trouve aussi mention du mutualisme dans une intéressante note publiée sur le site d’Alain Gavand et parlant du “divorce” entre les salariés et leur entreprise. Là encore, il transparait d’un sondage réalisé pour ALTEDIA par TNS Sofres auprès de 1005 salariés en octobre 2009 un fort désir de voir des valeurs de coopération émerger d’un monde ressenti comme trop libéral et inéquitable.
“Intéressante aussi, la perception de mots-clés ou “valeurs” liés à l’entreprise. Comme on s’y attendait, “mondialisation” ramasse le plus mauvais score (73% d’opinions négatives) ; mais également “capitalisme” (72%). Tandis qu’à l’inverse, les notions de “partage”, “solidarité” et “mutualisme” évoluent vers les 80% d’opinions positives. Quoi de plus logique pour ces dernières…”
A la lecture de ces publications, je me dis qu’il y a là quelques solides vitamines pour affronter les ricanements de ceux qui ne voient dans les défenseurs des valeurs mutualistes que de “doux rêveurs” ou des “utopistes”. Le fait est que le monde change et que de plus en plus de gens comprennent que notre avenir dépend pour beaucoup de notre capacité collective à organiser l’activité économique en écoutant et en respectant davantage les personnes…

Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Les commentaires, à l’issue de la conférence sur le climat de Copenhague, organisée sous l’égide de l’ONU, laissent la place à l’optimisme ou au pessimisme selon l’angle sous lequel on examine les choses.
Côté pessimisme, aucun accord n’a été signé, mais est-ce véritablement une surprise ? Comment trouver un consensus à 192 pays dont les représentants sont plutôt habitués à faire du lobbying pour défendre les intérêts de leur propre pays, faisant passer au second plan l’intérêt collectif ? La question climatique, impliquant la transformation des politiques économiques, des mobilisations de budgets de recherche et développement, la nécessité de l’équité entre pays de Nord et du Sud, conduit à des évolutions géopolitiques qui viennent se confronter aux intérêts majeurs des Etats. Cela pose d’ailleurs la vraie question de la gouvernance planétaire, l’ONU, de ce point de vue, semble n’avoir aucune efficacité pour assurer cette mission. Après Copenhague, cette organisation est davantage reléguée au qualificatif de « machin » dont l’avait affublé, le 10 septembre 1960, le Général de Gaulle.
Côté optimisme, tous les pays, certes à des degrés divers de préoccupation, ont intégré la question climatique comme un enjeu planétaire dont il faut se saisir, y compris les Etats-Unis et la Chine qui, à eux deux, totalisent 40% des émissions de CO2. Rappelons que ces mêmes pays étaient absents du précédent protocole de Kyoto de 1997, le premier pour refus de signature et le second en raison de son statut, à l’époque, de “nain économique”. Au total, le G20 a bien pris en compte la préoccupation climatique même si le texte final déçoit. Par ailleurs, Copenhague, c’est aussi la mise en évidence des contradictions portées par chacun d’entre nous : la confrontation de nos indignations de citoyens conscients des risques à venir et de nos désirs de consommateurs inscrits dans l’immédiateté. Aucun texte, aucun traité, ne pourra avoir d’effet sans une prise de conscience et une évolution des comportements individuels. Copenhague a été également l’occasion de débats de scientifiques, notamment entre, d’une part, les membres du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), convaincus de l’impact de l’activité humaine dans le réchauffement, et, d’autre part, les «climato-sceptiques» défendant la thèse présentant les évolutions de température comme issues de phénomènes climatologiques éminemment complexes, qui ont toujours existé et sur lesquels rien ne prouve que l’homme ait une réelle influence. Le premier groupe est majoritaire et assure le consensus général, les seconds sont minoritaires mais font entendre leur voix et trouvent de l’écho auprès des acteurs décidés à ne pas changer de comportement.
Au-delà de ces débats d’experts, il est évident que dans tous les cas, influence de l’homme ou pas, une planète qui va devoir rester un lieu de vie acceptable pour une population qui va passer de 6 à 9 milliards d’individus dans les prochaines décennies, nous oblige tous à agir pour assurer un développement harmonieux. Ce développement harmonieux est justement nécessaire en raison de cet effet démographique, mais il doit être économe des ressources naturelles non renouvelables et le moins destructeur possible de l’environnement et de la biodiversité.
Face à ces enjeux et au-delà des engagements pris, ou non pris, à Copenhague, quelles régulations peuvent être mises en place ? Deux instruments sont actuellement imaginés. D’une part, la taxe carbone dont le taux est fixé par les états, mais dont l’assiette est inconnue « ex ante », posant la question de sa réelle efficacité vis-à-vis des émetteurs de CO2 si le taux de la taxe n’est pas suffisamment dissuasif au regard des sommes à engager dans les investissements nécessaires à la réduction des émissions. Il faut en outre espérer que les recettes issues de cette nouvelle taxe seront bien utilisées, par les Etats, au financement des investissements “ad hoc”. D’autre part, le deuxième instrument de régulation est le marché du carbone. Contrairement à la taxe carbone, le marché du carbone est basé sur une estimation de la quantité de «droits à polluer», autrement dit, un quota total d’émission de CO2 pour une période donnée. Le prix de la tonne de CO2, sur ce marché, s’ajuste par la loi de l’offre et de la demande entre vendeurs et acheteurs de droits. A priori, ce dispositif apparaît plus vertueux car autorégulé. Il présente tout de même la difficulté de fixer le volume de droits d’émission qui, s’il est mal fixé, peut entraîner soit un effondrement soit une envolée des prix, variations de prix qui peuvent être déconnectées de la réalité du marché «physique» des émissions. En outre, un marché financier de dérivés, fonctionnant à côté de la réalité «physique », peut être à l’origine de phénomènes spéculatifs ou de déconnexion, et ce, d’autant plus, qu’un marché à terme des «crédits carbone» s’est mis en place. L’exemple des dérivés de crédit et l’épisode des «subprimes» ont montré que c’est hélas possible. Enfin, une bulle spéculative pourrait se développer sur les titres des sociétés potentiellement génératrices de certificats de «droits à polluer» (crédits carbone). Ainsi, à titre d’exemple, JP MORGAN a pris le contrôle d’ECOSECURITIES, une société écossaise spécialisée dans la syndication de projets verts producteurs de crédits carbone pour une valeur de 140 millions d’euros.
Dans tous les cas, taxe carbone ou instruments de marché ne peuvent avoir d’effets véritablement régulateurs que si la communauté mondiale, dans son ensemble, se fixe un objectif global d’émission à ne pas dépasser, adopte un dispositif de régulation commun et s’engage à mesurer précisément les émissions des différents acteurs. On est loin du compte au lendemain de Copenhague même si un premier pas est franchi : un consensus sur la réalité du problème à traiter.
Très modestement, les actions microéconomiques que peuvent engager les agents économiques, pris individuellement, auront sans doute plus d’efficacité à court terme que les outils de régulation globaux. C’est le sens de l’action de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne, à travers le développement de ses activités de conseil en économies d’énergie à destination de sa clientèle et des investissements qu’elle engage, pour son propre compte, en tant qu’entreprise citoyenne.






