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Archive pour la catégorie ‘Economie’

core-tier-oneCeux qui suivent l’actualité bancaire savent que les travaux préparatoires du Comité de Bâle (il s’agit de bâtir Bâle III) ont créé la stupeur dans les rangs de quelques banques européennes et provoqué quelque émoi chez les analystes. Il s’agit de renforcer les règles prudentielles imposées aux établissements de crédit (lire : exiger davantage de Fonds propres pour leurs activités). Et la première copie prévoyait de relever considérablement ce niveau d’exigence en Fonds propres « durs » (Core Tier One) pour les banques mutualistes et les bancassureurs notamment.

Curieusement, ce durcissement ménage les racines du mal qui a été à l’origine de la crise financière, à savoir la distribution de crédits imprudente sur l’immobilier américain et la propagation de ce mal par les banques d’investissement qui ont participé à la titrisation de ces crédits et à l’émission de produits dérivés. Il attaque au contraire de front la banque de détail, celle qui finance et assure l’économie réelle. De plus, comme il ne concerne pas tous les acteurs de la même façon, et qu’il y a de fortes chances qu’il ne soit pas respecté dans tous les pays avec les mêmes scrupules, il est de nature à créer des déséquilibres de concurrence inacceptables. En clair, les grandes banques américaines s’en tirent très bien et les européens sont dans la ligne de tir…

Alors? Alors, il faut défendre notre système bancaire, nos banques françaises et européennes, pour qu’elles ne fassent pas les frais de ces nouvelles réglementations. D’abord, personne ne le fera pour nous. Ensuite, les spécificités qui les exposent à ces possibles réglementations nouvelles sont plutôt des spécificités vertueuses…

Vertueuses, par exemple, les organisations mutualistes garantes de pérennité et de modération (nous en parlons ici assez souvent!). Est-ce parce qu’elles sont si nombreuses et importantes en Europe qu’elles sont une nouvelle fois déconsidérées? Il s’en est fallu de peu que les parts sociales et, avec elles, les certificats coopératifs d’associés (CCA) ou d’investissement (CCI), ne soient exclus des Fonds propres durs. Mais comment a-t-on pu une seconde considérer que les parts de capital portées par les sociétaires, à la stabilité légendaire, beaucoup moins volatiles que les actions cotées, pouvaient ne pas être considérées comme des Fonds propres de premier rang ? Une nouvelle preuve de la méconnaissance, l’incompréhension (ou l’inacceptation) des formes coopératives dans l’économie de marché…

Vertueux le modèle de bancassurance lui aussi mis à mal puisque le projet propose de déduire des fonds propres durs des banques les participations qu’elles détiennent dans les sociétés d’assurances. Qu’il faille tenir compte du risque assureur n’est pas en soi inconvenant, mais pas à ce niveau ! Cela reviendrait à considérer que l’assurance est exposée aux risques avec la même intensité que la banque. Là aussi, comme par hasard, ce sont les banques européennes qui seront les plus affectées car elles ont développé beaucoup plus qu’aux USA l’association des métiers de banque et d’assurance. Une association  qui est maintenant totalement adoptée par le modèle d’épargne des français qui intègre largement l’assurance-vie dans sa panoplie. Ce modèle serait-il si efficace qu’il faille l’anéantir ?

Appliquer les règles proposées dans ce premier rapport reviendrait non seulement à affaiblir les banques européennes mais aussi à les «sortir» du jeu international en les obligeant à «réduire la voilure», laissant le développement international, celui de la banque de détail dans le monde, aux autres acteurs. Cette question n’est pas seulement posée aux banques concernées. Elle interroge aussi les pays où elles sont établies, où elles paient des impôts et créent des emplois. Elle interroge donc tous les citoyens. Et il est heureux que ces arguments soient enfin entendus!

oeufs-panier

Il y a quelques jours, le Président Obama annonçait des mesures destinées à limiter la taille des grandes institutions financières. Ces dispositions, présentées comme capables de réduire l’activité pour compte propre des grandes banques de Wall Street, donc le volume des activités spéculatives tant décriées pendant la crise, suivent un autre objectif : elles visent à sécuriser le système bancaire qui, on l’a vu en 2008, est exposé à un risque systémique dès lors qu’un de ses grands opérateurs est défaillant. Les entreprises de très grande taille savent qu’elles bénéficieront en cas de problème du soutien public. Il n’y a ni promesse, ni engagement de l’Etat, mais nécessité car il faut bien que l’Etat intervienne pour éviter qu’un désastre ne se propage à tout le secteur financier. Limiter leur taille, c’est répartir le risque, et c’est casser ce lien obligé entre le secteur privé et le secteur public… Ces entreprises sauront qu’elles doivent prendre leurs responsabilités et ne compter que sur elles-mêmes en cas de problème…

Plus récemment, nous apprenons que Toyota, le géant automobile, est mis en difficulté par des malfaçons concernant ses pédales d’accélérateur. A priori, rien de bien grave. Sauf que la taille du constructeur et celle du sous-traitant concerné transforment cet incident industriel en affaire mondiale. Et là encore, des voix s’élèvent pour dénoncer le gigantisme qui conduit à concentrer sur une seule usine des fabrications autrefois réparties entre de nombreux constructeurs et sous-traitants.

Ces deux évènements et les conséquences qu’ils entrainent marquent un changement majeur dans la vision de l’efficacité industrielle. La concentration et le gigantisme industriel, considérés comme des facteurs d’efficacité, de réduction de coûts, de qualité, sont brutalement contestés dans les rangs mêmes des plus productivistes. Un peu comme s’ils découvraient que répartir les centres de décision et de production, c’est diviser mieux les risques. Les entreprises coopératives et mutualistes appliquent pourtant depuis longtemps ce vieux principe paysan : « On ne met pas tous ses œufs dans le même panier !

mutualismeJe découvre avec joie un article publié sur le site de AGORAVOX et intitulé : “Le mutualisme bancaire : vers un nouveau modèle bancaire ?“. Voici un extrait de cet article écrit par Pascal de Lima, économiste en chef au sein d’Altran Financial Services et enseignant à Sciences-po :

“Si les marchés financiers sont actuellement mal perçus dans une atmosphère de cassage de banquiers, comment convaincre les clients d’épargner ? Il faut proposer un nouveau modèle de proximité : des banques locales et des produits d’investissement fondés sur des tissus locaux d’activité via le développement durable. En effet, « votre épargne aide à maintenir l’emploi autour de vous » ! Il faut également envisager la création d’entreprises innovantes permettant de bénéficier d’aide à l’investissement en PME et dans les technologies nouvelles et la R&D. L’idée principale c’est qu’une banque mutualiste, au lieu d’appartenir à des Rockefeller en haut de forme avec cigare, est détenue par ses membres…”

Au même moment, l’excellent site www.parlons-patrimoine.com publie une note très complète écrite par Florence Touya, sur “L’investissement socialement responsable”. Au moment où l’on voit exploser les fonds d’investissements islamiques, respectueux de règles religieuses, il est intéressant de noter que les initiatives se multiplient aussi pour proposer aux clients des banques des produits “socialement responsables”, respectueux de l’avenir ou garants de la moralité de l’activité économique des destinataires des fonds :

“Deux approches peuvent motiver l’investissement dans des fonds socialement responsables. La première procède de l’idée selon laquelle une entreprise qui non seulement offre un traitement plus favorable des différentes parties prenantes mais est en outre mieux préparée aux changements de paradigme environnemental et social, favorise un cadre propice à une meilleure productivité et détiendra un avantage compétitif sur ses concurrents qui lui permettra de créer de la valeur. La seconde, d’orientation davantage altruiste, considère que les entreprises ne prennent pas en compte l’ensemble des impacts produits par leurs actes et que des effets négatifs peuvent être subis, en particulier par les générations futures, que les pouvoirs publics ne parviennent pas toujours à enrayer (exemple de certaines pollutions). Ainsi, en choisissant de ne pas allouer de fonds dans des projets n’étant pas identifiés comme socialement responsables, le coût du capital des sociétés en question est renchéri et les entreprises sont progressivement incitées à prendre en compte dans leurs décisions ces dimensions éthiques et environnementales.”

Je trouve aussi mention du mutualisme dans une intéressante note publiée sur le site d’Alain Gavand et parlant du “divorce” entre les salariés et leur entreprise. Là encore, il transparait d’un sondage réalisé pour ALTEDIA par TNS Sofres auprès de 1005 salariés en octobre 2009 un fort désir de voir des valeurs de coopération émerger d’un monde ressenti comme trop libéral et inéquitable.

“Intéressante aussi, la perception de mots-clés ou “valeurs” liés à l’entreprise. Comme on s’y attendait, “mondialisation” ramasse le plus mauvais score (73% d’opinions négatives) ; mais également “capitalisme” (72%). Tandis qu’à l’inverse, les notions de “partage”, “solidarité” et “mutualisme” évoluent vers les 80% d’opinions positives. Quoi de plus logique pour ces dernières…”

A la lecture de ces publications, je me dis qu’il y a là quelques solides vitamines pour affronter les ricanements de ceux qui ne voient dans les défenseurs des valeurs mutualistes que de “doux rêveurs” ou des “utopistes”.  Le fait est que le monde change et que de plus en plus de gens comprennent que notre avenir dépend pour beaucoup de notre capacité collective à organiser l’activité économique en écoutant et en respectant davantage les personnes…

copenhague

Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Les commentaires, à l’issue de la conférence sur le climat de Copenhague, organisée sous l’égide de l’ONU, laissent la place à l’optimisme ou au pessimisme selon l’angle sous lequel on examine les choses.

Côté pessimisme, aucun accord n’a été signé, mais est-ce véritablement une surprise ? Comment trouver un consensus à 192 pays dont les représentants sont plutôt habitués à faire du lobbying pour défendre les intérêts de leur propre pays, faisant passer au second plan l’intérêt collectif ? La question climatique, impliquant la transformation des politiques économiques, des mobilisations de budgets de recherche et développement, la nécessité de l’équité entre pays de Nord et du Sud, conduit à des évolutions géopolitiques qui viennent se confronter aux intérêts majeurs des Etats. Cela pose d’ailleurs la vraie question de la gouvernance planétaire, l’ONU, de ce point de vue, semble n’avoir aucune efficacité pour assurer cette mission. Après Copenhague, cette organisation est davantage reléguée au qualificatif de « machin » dont l’avait affublé, le 10 septembre 1960, le Général de Gaulle.

Côté optimisme, tous les pays, certes à des degrés divers de préoccupation, ont intégré la question climatique comme un enjeu planétaire dont il faut se saisir, y compris les Etats-Unis et la Chine qui, à eux deux, totalisent 40% des émissions de CO2. Rappelons que ces mêmes pays étaient absents du précédent protocole de Kyoto de 1997, le premier pour refus de signature et le second en raison de son statut, à l’époque, de “nain économique”. Au total, le G20 a bien pris en compte la préoccupation climatique même si le texte final déçoit. Par ailleurs, Copenhague, c’est aussi la mise en évidence des contradictions portées par chacun d’entre nous : la confrontation de nos indignations de citoyens conscients des risques à venir et de nos désirs de consommateurs inscrits dans l’immédiateté. Aucun texte, aucun traité, ne pourra avoir d’effet sans une prise de conscience et une évolution des comportements individuels. Copenhague a été également l’occasion de débats de scientifiques, notamment entre, d’une part, les membres du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), convaincus de l’impact de l’activité humaine dans le réchauffement, et, d’autre part, les «climato-sceptiques» défendant la thèse présentant les évolutions de température comme issues de phénomènes climatologiques éminemment complexes, qui ont toujours existé et sur lesquels rien ne prouve que l’homme ait une réelle influence. Le premier groupe est majoritaire et assure le consensus général, les seconds sont minoritaires mais font entendre leur voix et trouvent de l’écho auprès des acteurs décidés à ne pas changer de comportement.

Au-delà de ces débats d’experts, il est évident que dans tous les cas, influence de l’homme ou pas, une planète qui va devoir rester un lieu de vie acceptable pour une population qui va passer de 6 à 9 milliards d’individus dans les prochaines décennies, nous oblige tous à agir pour assurer un développement harmonieux. Ce développement harmonieux est justement nécessaire en raison de cet effet démographique, mais il doit être économe des ressources naturelles non renouvelables et le moins destructeur possible de l’environnement et de la biodiversité.

Face à ces enjeux et au-delà des engagements pris, ou non pris, à Copenhague, quelles régulations peuvent être mises en place ? Deux instruments sont actuellement imaginés. D’une part, la taxe carbone dont le taux est fixé par les états, mais dont l’assiette est inconnue « ex ante », posant la question de sa réelle efficacité vis-à-vis des émetteurs de CO2 si le taux de la taxe n’est pas suffisamment dissuasif au regard des sommes à engager dans les investissements nécessaires à la réduction des émissions. Il faut en outre espérer que les recettes issues de cette nouvelle taxe seront bien utilisées, par les Etats, au financement des investissements “ad hoc”. D’autre part, le deuxième instrument de régulation est le marché du carbone. Contrairement à la taxe carbone, le marché du carbone est basé sur une estimation de la quantité de «droits à polluer», autrement dit, un quota total d’émission de CO2 pour une période donnée. Le prix de la tonne de CO2, sur ce marché, s’ajuste par la loi de l’offre et de la demande entre vendeurs et acheteurs de droits. A priori, ce dispositif apparaît plus vertueux car autorégulé. Il présente tout de même la difficulté de fixer le volume de droits d’émission qui, s’il est mal fixé, peut entraîner soit un effondrement soit une envolée des prix, variations de prix qui peuvent être déconnectées de la réalité du marché «physique» des émissions. En outre, un marché financier de dérivés,  fonctionnant à côté de la réalité «physique », peut être à l’origine de phénomènes spéculatifs ou de déconnexion, et ce, d’autant plus, qu’un marché à terme des «crédits carbone» s’est mis en place. L’exemple des dérivés de crédit et l’épisode des «subprimes» ont montré que c’est hélas possible. Enfin, une bulle spéculative pourrait se développer sur les titres des sociétés potentiellement génératrices de certificats de «droits à polluer» (crédits carbone). Ainsi, à titre d’exemple, JP MORGAN a pris le contrôle d’ECOSECURITIES, une société écossaise spécialisée dans la syndication de projets verts producteurs de crédits carbone pour une valeur de 140 millions d’euros.

Dans tous les cas, taxe carbone ou instruments de marché ne peuvent avoir d’effets véritablement régulateurs que si la communauté mondiale, dans son ensemble, se fixe un objectif global d’émission à ne pas dépasser, adopte un dispositif de régulation commun et s’engage à mesurer précisément les émissions des différents acteurs. On est loin du compte au lendemain de Copenhague même si un premier pas est franchi : un consensus sur la réalité du problème à traiter.

Très modestement, les actions microéconomiques que peuvent engager les agents économiques, pris individuellement, auront sans doute plus d’efficacité à court terme que les outils de régulation globaux. C’est le sens de l’action de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne, à travers le développement de ses activités de conseil en économies d’énergie à destination de sa clientèle et des investissements qu’elle engage, pour son propre compte, en tant qu’entreprise citoyenne.

 

friendsclear

Il y a quelques jours, je posais ici la question “Le Microcrédit en panne ?“. Cette note a d’ailleurs suscité beaucoup de réactions et demandes, ce qui démontre que l’action des banques mutualistes dans ce domaine particulier est encore mal connu (voir ici aussi).

J’ai déjà parlé aussi sur ce site ( c’était ici et là aussi) de la jeune société FriendsClear, dirigée par Jean-Christophe Capelli, connue pour avoir lancé en 2008 un service d’accompagnement des prêts en famille et entre amis. Toujours convaincu que le prêt direct d’argent entre particuliers permet de financer de nombreux projets personnels mais aussi des projets professionnels, FriendsClear persiste et signe. Il annonce le lancement de “FriendsClear Pro” en début d’année prochaine, donc dans quelques jours !

C’est un évènement, une première, pour un service qui permettra de développer une forme de microcrédit de personne à personne (de pair à pair, donc peer to peer) en apportant des financements nécessaires aux projets entrepreneuriaux tout en étendant l’opération au-delà du cercle de la famille ou des amis. FriendsClear Pro mettra en relation des porteurs de projets professionnels avec les internautes qui décideront de leur prêter de l’argent.

Pour en savoir plus, et à l’occasion du lancement de FriendsClear Pro, un grand jeu concours est organisé du 15 décembre 2009 au 31 janvier 2010.

1. Si vous avez un projet professionnel, présentez-le en argumentant.

2. Dans tous les cas, vous pouvez vous inscrire et voter pour votre projet préféré.

3. Le meilleur projet gagnera 10.000 € offerts par FriendsClear.

Une idée de business que vous souhaitez développer et que vous mûrissez depuis quelque temps, un projet pour dynamiser votre commerce ou votre entreprise ? Soumettez-le au vote des internautes sur “Mon Projet Pro”.

Je signale que les Crédit agricole d’Aquitaine et de Pyrénées Gascogne sont partenaires de FriendsClear. Nous voyons dans ce dispositif une façon intelligente de financer des petits projets en complément de l’intervention de la banque et sur un registre différent, s’appuyant sur la relation directe entre prêteur et emprunteur. Donc on applaudit des quatre mains. Bravo !

Au delà des mots... Jean Philippe
Jean Philippe

Directeur Général du Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne

Patrick Faivre

et Patrick Faivre

Secrétaire Général de Pyrénées Gascogne

Coup de coeur / Coup de gueule

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