Archive pour la catégorie ‘Economie’
Comment réduire le déficit budgétaire ? Depuis plusieurs mois, la discussion tourne en France autour ce sujet qui a de tout temps enfiévré les bureaux de notre brillante Administration comme les nombreux «Cafés du commerce» que nous envie le monde entier. N’ayant ni l’honneur ni le temps de participer à ces forums, je me permets de donner ici un point de vue…
1/ Il faut faire vite. Parce que chaque jour le déficit se creuse. Parce que la croissance n’est visiblement pas de retour. Et parce que nous ne pouvons pas demander aux Grecs de faire un effort que nous ne ferions pas nous-mêmes. Nous avons un devoir d’exemple, un devoir européen. Plus grave encore que la fameuse menace de contamination budgétaire dont on nous parle matin et soir, c’est bien le totalitarisme qui menace l’Europe du Sud si nos démocraties se montrent incapables d’équilibrer leurs comptes.
2/ Il faut faire simple. Tout changement significatif dans la façon de percevoir l’impôt direct, de supprimer des avantages à telle ou telle «niche», perturbera la compréhension de la mesure et son application. Il faut expliquer à ceux qui prétendent que ces «niches» n’existent que pour alléger les contributions de privilégiés qu’elles sont utiles pour soutenir des pans importants de l’économie, qu’il s’agisse de l’immobilier, l’énergie propre, les services à la personne, les actions humanitaires, la création d’entreprise, l’investissement Outre-mer, etc. Il y a sans doute du ménage à faire… mais pas tout en même temps!
3/ Il faut faire lisible. Comme je l’ai déjà dit ici (“pour une fiscalité durable”), la continuité de la fiscalité marque la persévérance de l’Etat dans ses orientations, donc la cohérence de l’action publique, et surtout, permet au citoyen d’adopter sans crainte sa propre stratégie. L’ombre d’une réforme en générant l’inquiétude et l’excitation des lobbies, a un effet paralysant pour le citoyen et l’entreprise. Or, si un pays peut se permettre en période de croissance de cultiver de l’inquiétude, il ne peut plus le faire quand il y a récession ou atonie. Il est plus que tout urgent de rassurer, donc de ne pas changer les règles.
4/ Il faut faire efficace. Donc, montrer une volonté forte de réduire significativement le déficit public. Il ne s’agit pas seulement d’éviter la dégradation de la note de la France et le renchérissement de l’emprunt dont chacun paierait le prix d’une façon ou d’une autre. Il s’agit aussi d’assurer notre capacité à trouver demain et après-demain des gens qui aient assez confiance en nous pour accepter de nous prêter. Cette confiance-là se mérite.
Pour répondre à ces exigences de rapidité, de simplicité, de lisibilité et d’efficacité, appliquons le principe des deux lames. Première lame, on réduit de 20% toutes les minorations venues des dispositifs incitatifs ; deuxième lame, on augmente de 5% le montant de l’impôt pour tout contribuable. Le bouclier fiscal en sera au passage raccourci… Bon, quand je dis 5% et 20%, c’est bien sûr à titre d’exemple, je ne suis pas qualifié…
Une telle mesure, facile à expliquer, facile à comprendre sans calculette, éviterait les tractations avec les défenseurs d’intérêts particuliers, serait immédiatement productive, et laisserait tout loisir aux candidats aux présidentielles de s’exprimer avec intelligence et détermination sur la nécessaire réforme fiscale…
Il en va des bulles spéculatives comme du volcan islandais. Elles explosent un jour quelque part et répandent leur nuage de cendres bien plus loin. Les économies du monde entier ont été carrément «clouées au sol» par l’explosion de la bulle de l’immobilier américain. D’abord les banques, touchées l’une après l’autre aux USA puis en Europe, le temps, rappelez-vous, que le nuage des crédits « subprime » traverse l’océan. Puis les autres activités, entrainant au pire une sérieuse récession, au mieux un ralentissement sévère de la croissance. Enfin, les Etats, dont les budgets se trouvent brutalement privés de recettes. La bulle immobilière américaine, devenue en quelques mois une bulle financière, se transforme maintenant en bulle budgétaire qui affecte les finances publiques.
Les pays les plus touchés sont naturellement ceux dont la croissance dépendait le plus des excès du marché immobilier. Seulement voilà, ils ont fait «comme si» cette manne devait durer toujours. «comme si» il était possible de construire et de vendre jusqu’au dernier mètre carré. Le retournement du marché est pour eux dramatique. La Grèce ajoute au retournement conjoncturel des déséquilibres bien plus profonds, «maquillés» longtemps, et surtout, surtout, l’incapacité pour son peuple de comprendre ce qu’on ne lui a jamais expliqué. Dans ces conditions comment demander brutalement un effort colossal à une société qui n’a pas été préparée à remettre en cause un modèle de développement qu’elle croyait durable ?
C’est parce que la correction de trajectoire est très difficile (impossible ?) que les pays européen ont tardé à décider de leur soutien. C’est parce que beaucoup n’y croient pas que des voix s’élèvent pour demander la sortie du pays de l’Euro, seule voie à une dévaluation de la monnaie et à un ajustement des compteurs. D’ailleurs, des cortèges ne se sont-ils pas formés à Athènes pour refuser les milliards du FMI, preuve que la réalité de la situation est loin d’être comprise de tous ?
Comme pour l’aide aux banques et aux entreprises, la question de l’aide aux pays est bien : «Je t’aide, d’accord, mais toi, tu fais quoi ?». Il ne peut pas y avoir d’intervention publique sans, en contrepartie, l’engagement de redresser les comptes et de remettre les choses dans le bon ordre. Ceux qui clament «Il n’y a qu’à les aider ! Pourquoi avoir attendu ?» négligent cette dimension de responsabilité. La solidarité est essentielle, mais en tout domaine, elle n’est acceptable que si celui qui reçoit a commencé le difficile mais nécessaire boulot de redressement. Sinon, cela s’appelle de la charité, mais ce n’est pas du domaine public.
Deux grands économistes s’exprimaient à Pau le 1° avril lors de l’Assemblée générale du Crédit agricole mutuel Pyrénées Gascogne. D’un coté, à gauche sur la photo, Jacques Le Cacheux, directeur du département des études de l’OFCE, de l’autre, à droite sur la photo, Jacques Delpla, membre du Conseil d’analyse économique. Ils ne partagent pas tout à fait la même analyse de la situation économique mondiale, soit, mais ils tombent d’accord sur le diagnostic, ce qui est déjà beaucoup. Et ce diagnostic n’est pas très réjouissant : la Grèce, le Portugal, l’Espagne, comme l’Irlande, ont sur-profité des périodes prospères, laissé leurs ménages s’endetter lourdement, vécu sur les bulles de l’immobilier et du crédit… et leurs Etats se sont endettés massivement quand il a fallu contenir les effets brutaux d’une crise qui a révélé les déséquilibres préexistants.
Comme vous le voyez sur ces visages, les propos de nos deux économistes ont suscité une perplexité unanime dans le public. De gauche à droite, Eric Rousselin, Directeur des finances de Pyrénées Gascogne, Jean-Claude Rigaud, Président, votre serviteur, et Bertrand Badré, Directeur des finances du Groupe Crédit agricole.
Quand les allemands, en hyper-fourmis, réduisaient leur consommation intérieure, muselaient toute augmentation de salaire, dopaient leurs exportations, les Grecs ou les Portugais dépensaient plus qu’ils ne produisaient, augmentaient salaires et déficits, jouaient la partition de la cigale. Et toute fourmi, on le sait, a quelques réticences à venir en aide à son amie et voisine qui chantait pendant l’été.
De là deux questions : Les pays en cessation de paiement vont-ils s’en sortir seuls ? La réponse est sans doute «non», car il faudrait des dispositions sociales trop drastiques et impopulaires pour être supportables. L’Euro résistera-t-il à cette crise ? La réponse est «sans doute» pour l’un, «assurément» pour l’autre, la principale raison avancée étant qu’un éclatement serait la pire des solutions. Alors, les fourmis vont-elles régler la note ? En partie seulement, et sans se presser… elles vont compter aussi sur les préteurs privés qui pourraient peiner à recouvrer leurs crédits (c’est pour cela que les taux de prêts à la Grèce sont si élevés). Et tout cela ne se fera pas sans condition…
Morales de l’histoire :
- Il vaut mieux pour tout pays éviter de se retrouver en situation d’endettement excessif, cette leçon vaut pour tout le monde, et tout le monde va devoir dans les dix prochaines années faire de la réduction de son déficit public et de l’augmentation de sa fiscalité une priorité.
- Quand on ne fixe pas assez bien les garde-fous, il ne faut pas s’étonner que certains quittent la route. Et si en plus on n’a pas prévu de dispositif de secours, il faut accepter de gérer les crises dans l’urgence et sans solution apriori. Donc l’Europe doit s’équiper…
- Les cigales ne doivent pas s’attendre à un secours rapide et massif en cas de problème. Personne ne voudra effacer trop vite leurs erreurs du passé, ni prendre le risque que les mesures nationales, durables et efficaces ne soient pas mises en œuvre.
Bref, il en va des Etats comme des individus, la solidarité existe, mais il faut d’abord compter sur ses propres forces pour sortir la tête du trou… après, mais après seulement, on peut tendre le bras…
L’imagination des financiers est sans limite pour modéliser la réalité et la mettre en équations sous forme d’instruments financiers toujours plus sophistiqués. Ces outils sont supposés répondre aux besoins de couverture de risques ou destinés à compenser financièrement, de façon virtuelle et synthétique, des développements destructeurs de l’environnement dans la vraie vie économique.
On connaissait les crédits carbone et leur marché imaginés dans les salles de marché (CF mon billet sur ce même blog intitulé «Copenhague et après ?»). La dernière innovation des financiers consiste à élaborer et à négocier des instruments destinés à compenser le risque de destruction de la biodiversité. Il s’agit, en acquérant ces produits, d’alimenter des fonds destinés à investir dans la création artificielle de réserves de biodiversité dans certains lieux afin de pallier les destructions générées par les grandes infrastructures et l’activité économique dans d’autres régions.
Contrairement au risque climatique pour lequel la seule monnaie d’échange est le CO2, il existe dans le domaine de la biodiversité une large gamme de produits selon la typologie des écosystèmes locaux. Ainsi aux Etats-Unis, on dénombre aujourd’hui plus de 150 produits de ce type, comme, par exemple le crédit de zone humide dont le prix peu fluctuer de 2.000 à 500.000 euros, ou encore le crédit de protection de la grenouille à pattes rouges dont le prix est de l’ordre de 65.000 euros. Ce marché est encore en gestation. En effet, le volume annuel des transactions est inférieur à 2 milliards d’euros quand, dans le même temps, le marché des crédits carbone s’élève à 120 milliards d’euros.
Ce mécanisme de compensation même s’il permet de développer des zones protégées a quelque chose de surprenant voire de choquant. Ne vaudrait-il pas mieux protéger la biodiversité naturelle, là où elle mérite de l’être, plutôt que de la détruire et de tenter d’en reproduire une artificielle à un autre endroit avec tous les risques d’échec que cela comporte ? Ce dispositif ne permet-il pas, finalement, moyennant l’achat de crédits de biodiversité, de polluer et de détruire sans vergogne ?
Curieusement, ce processus n’est pas très éloigné des pratiques connues en d’autres temps sous le terme d’«indulgences». Souvenons-nous : après les invasions barbares, la pénitence, jusqu’alors publique tendit à devenir privée et à être strictement tarifée par des sortes de barèmes. Les fidèles cherchaient à se libérer des pénitences tarifées au moyen d’aumônes ou de messes. Le rachat et le pardon de ses péchés moyennant espèces sonnantes et trébuchantes entraîna des abus et fut à l’origine de la révolte protestante de Martin Luther.
J’ai cru rêver en écoutant hier sur France-Info le très honorable patron du Crédit Foncier, François Blancard, parler du marché immobilier. Pour lui, tout est clair : «C’est le moment d’acheter !». Vous me direz que les gestionnaires de fortunes nous disent bien, par crise comme par beau temps, que «C’est le moment d’investir en bourse !» et les vendeurs d’automobiles que «C’est vraiment le moment d’en profiter !». Mais quand même ! Ils pourraient y mettre de la nuance ! Pourquoi ne pas dire très simplement et sincèrement les choses comme elles sont ?
Tiens, parmi les arguments de poids avancés par notre collègue, il y en a un qui a retenu particulièrement mon attention. Il nous dit qu’il n’y a plus sur le marché que «des biens de qualité», le marché ayant été, d’après lui, nettoyé par la crise… Donc tous les biens de mauvaise qualité auraient disparu ! Volatilisés ! Soudain, tout serait de qualité, dans le neuf comme dans l’ancien ! Mais où sont donc passés tous les «rossignols»? La crise les a fait disparaître (psshittt !!!) ?
Et notre banquier d’ajouter que l’acheteur, grâce au diagnostic énergétique notamment, a désormais une idée fiable de la valeur de son bien. Nous voilà donc à l’abri des abus ! Tiens donc ! Imaginons un dialogue dans ce nouveau monde parfait : «Nicole, on a fait le diagnostic énergétique et grâce à la loi Carrez on sait que l’appartement fait exactement 76,32 m2. Donc il vaut bien les 94.300 Euros qu’on y a mis !». « Oui, oui, Martin, oui. Mais je t’en supplie, ne t’appuie plus sur ce mur, il a encore bougé… »
Bon, pour notre part, et plus sérieusement, nous sommes beaucoup plus vigilants et prudents quant à l’orientation du marché. Lisez ici l’excellent article de nos spécialistes patrimoniaux. Les prix ont encore dans la plupart des régions un potentiel de baisse de l’ordre de 10 %. les taux d’intérêt sont au plus bas, et remonteront sans doute dans quelques mois, ce mouvement étant de nature à accélérer la baisse des prix. Il reste un point sur lequel nous sommes parfaitement d’accord avec Monsieur Blancard : si la maison ou l’appartement de vos rêves est à la vente, il serait vraiment idiot de laisser passer l’affaire… parlez-en à votre conseiller…








