Archive pour la catégorie ‘humeur - humour’
Les déclarations au journal «Le Monde» (21 et 22 février 2010) de Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, méritent d’être lues deux fois. Il dresse pour la société française un bulletin de santé plus que préoccupant. «Le chacun pour soi remplace l’envie de vivre ensemble», le français est devenu «consommateur de République plutôt que citoyen», la société est «émiettée», «fatiguée», «sous tension»… Tout cela est-il acceptable ? Non. Alors, à qui de changer ?
A chacun de nous sans doute, car le «vivre ensemble» est affaire de vertus privées qui, on le sait, font les mœurs publiques. Mais c’est aussi affaire d’administration et au dessus encore, affaire d’action publique. Et là, le verdict tombe, sévère. Devant des vies de plus en plus chahutées, parsemées d’échecs, «l’administration gère des dossiers, pas des personnes». Les responsables privilégient «les émotions collectives, médiatisées», au détriment de leur rôle de construction d’une «vision collective».
Le risque est bien là que le fatalisme s’installe durablement, instaurant le repliement sur la peur et le ressentiment qui «nourrissent le populisme». En filigrane de ce cri d’alarme, clair et incisif, un constat majeur : le besoin de réforme, l’adaptation des administrations aux changements de société, la mise en place d’une fiscalité plus efficace, tout cela pèse moins dans la vie publique que la gestion des émotions. Il est plus simple de stocker au-delà du raisonnable des masques et des vaccins que d’expliquer pourquoi le pays a besoin de changer sa fiscalité pour servir mieux les citoyens. Plus facile de flatter la peur de l’autre ou la haine du banquier
que de parler au citoyen de ses propres responsabilités. Plus facile d’affecter les postes selon des équilibres sophistiqués, que de rechercher l’efficacité de l’action et tourner la société vers le «vivre ensemble» sur la durée…
Pourvu que ce rapport sans artifice ni prévention soit lu et compris ! En tout cas, il est encourageant de voir que des personnalités comme Jean-Paul Delevoye osent dire des choses d’une telle gravité tout en exprimant pour la République du respect, de l’exigence, mais aussi, au final, une vraie ambition…

Si l’on se faisait encore quelques illusions sur l’image des banquiers dans l’opinion publique, les résultats des derniers sondages ne laissent aucun doute : le divorce est consommé. Selon une enquête réalisée en France début janvier, 80% des français estiment que les banquiers n’ont pas tiré les leçons de la crise et continuent de prendre des risques. 73% des français estiment que les banques n’accordent pas assez de crédits. Dans le même temps, 40% des français seulement estiment que les banques sont solides. Enfin 83% des français estiment qu’une nouvelle crise économique et financière pourrait se produire dans les prochaines années.
Tous les médias et porte-paroles divers qui se sont servis des banques comme boucs-émissaires de la crise, ont réussi. Il est vrai que les banquiers ont sans doute aussi une part de responsabilité dans cette dégradation de leur image. Des bonus, pour des montants incompréhensibles par le commun des mortels, sont à nouveau distribués comme si de rien n’était dans quelques banques internationales de financement et d’investissement. Faut-il, à partir de ces annonces spectaculaires, parfois à la limite de l’indécence, condamner l’ensemble d’une profession ?
Le simplisme des messages des médias fait porter le regard sur ces quelques « happy few » qui servent d’exutoire pour le grand public mais qui, osons le dire au passage, exercent un métier nécessitant une très haute qualification en économie et en mathématiques, exigeant des nerfs d’acier, une capacité de réactivité et d’anticipation hors du commun et subissant une forte pression compte tenu de l’ampleur des enjeux financiers. Au total, il s’agit d’un métier indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers et que très peu de personnes sont en mesure d’exercer.
Par ces campagnes médiatiques de dénigrement, on «met dans le même sac» les quelques dizaines de milliers de traders avec les centaines de milliers de collaborateurs de la banque de proximité qui font leur métier sérieusement dans le souci du service à la clientèle. Les conséquences de cette image dégradée vont même jusqu’à provoquer parfois des incivilités vis-à-vis des collaborateurs en contact direct avec la clientèle. Est-ce acceptable ? On reproche aux banques de ne pas assez prêter, mais ne prend-on pas le problème à l’envers ? Si la croissance des encours de crédit en 2009 n’a pas été au rendez-vous attendu, est-ce la faute des banquiers ou s’agit-il davantage de la conséquence de la sagesse des agents économiques qui, en période de crise, préfèrent renforcer leur épargne de précaution que de s’endetter davantage. Les chiffres de l’année 2009, en matière de croissance des encours d’épargne liquide, le montrent d’ailleurs de façon magistrale.
Je ne reviendrai pas ici sur l’utilité des banques dans une économie de marché. Cela a été très bien décrit par Georges PAUGET dans son ouvrage «Faut-il brûler les banquiers ?», ou par Jean PHILIPPE dans son livre «Les mots du mutualisme», où l’utilité des banques coopératives est particulièrement bien argumentée. Il suffit d’utiliser une image : les banques représentent le cœur et les poumons du « corps économique ». Peut-on imaginer un organisme vivant complexe, sans cœur ni poumons ?
Cette profession est, par nature, discrète. D’autres corporations savent mieux faire entendre leur voix. Imaginons que les banques, afin de montrer leur utilité, interrompent leurs services, ne serait-ce que quelques jours, on verrait rapidement les conséquences dramatiques que cela aurait pour le reste de l’économie. Mais les banquiers ne sont pas des « preneurs d’otages ».
Le mot « patrimoine » évoque spontanément pour certains la solide cathédrale d’Oloron Sainte-Marie, pour d’autres des placements financiers, un vieux pont de pierre qui traverse le gave ou encore à une galerie de musée. Les mots associés à patrimoine ne sont-ils pas : héritage, tradition, préservation, protection, sauvegarde, restauration, défense ? Pourtant, si le patrimoine est bien une forme d’héritage (le mot vient du latin «patrimonium» qui signifie «héritage du père») il faut bien un temps pour le constituer cet héritage, ce que Malraux a exprimé par ces mots : “l’héritage ne se transmet pas, il se conquiert”.
Par cette notion même de durée, ce qui a résisté au temps et ce qui est fait aujourd’hui constituent ensemble le patrimoine qui sera légué. Et à bien y réfléchir, la constitution du patrimoine, donc la création de choses et de biens qui survivront au temps, est bien plus passionnante que la seule préservation de ce que d’autres ont créé dans le passé. Cette vision dynamique fait porter un autre regard sur les innovations puisque beaucoup rejoindront le patrimoine de demain.
Ainsi l’initiative remarquable d’Emmanuel Poirmeur, créateur d’EgiaTegia. Agronome, œnologue et viticulteur, il a engagé un projet ambitieux : créer sur la commune d’Urrugne, aux confins de la corniche basque, un vignoble nouveau, sur base de Chardonnay. Son produit, l’EgiaTegia (“atelier des vérités”), vin vif à la bulle légère et aux parfums d’agrumes, sera vinifié à Socoa. Emmanuel, un œil sur la Rhune, un autre sur l’océan, explique que l’œnologie est une science évolutive, qu’elle ne doit pas se contenter des savoirs actuels mais continuer d’innover et de surprendre. Les vignes présentes sur tout le littoral atlantique avaient curieusement disparu de la Côte basque. Il en plante de nouvelles, résolu à appliquer des pratiques responsables, réfléchies, “exemplaires”, dans une ligne proche du bio : un grand respect du sol, le moins possible de produits chimiques. Les premières plantées de 2009 produiront en 2011. Emmanuel vinifie en attendant des raisins du Sud du Gers et des Pyrénées Atlantiques qui ont fourni en décembre les premières bouteilles d’EgiaTegia.
L’innovation ? Elle réside surtout dans le mode de vinification et d’élevage du vin qui se passent sous l’eau, en utilisant le savoir-faire des marins et pécheurs locaux, ainsi que les qualités particulières des flux dans la baie de Saint Jean de Luz. Des cuves en béton sont immergées à plus de douze mètres de profondeur et bénéficient de conditions particulières de température, de pression et de courants marins qui recréent ou accentuent des phénomènes connus depuis longtemps pour la prise de mousse et la champagnisation. Profondément attaché à ce terroir et à ses habitants, Emmanuel veut leur apporter un vin festif, en accord avec la gastronomie locale, complémentaire des produits agricoles qui font déjà la force du Pays Basque. Qui niera que le patrimoine local devrait en être durablement enrichi … ?
Le Crédit Agricole exprime sa solidarité avec les victimes du séisme à Haïti et décide d’apporter une aide d’1 million d’euros
Le Groupe Crédit Agricole partage la douleur et la souffrance des victimes du séisme qui a touché l’île d’Haïti et plus particulièrement sa capitale Port-au-Prince. Il se sent collectivement solidaire de ce peuple durement éprouvé et qui se trouve démuni face à l’ampleur de la catastrophe. Le Groupe a décidé de consacrer une enveloppe d’aide d’1 million d’euros. Conformément à une pratique éprouvée, le Crédit Agricole confie à son association Crédit Agricole Solidarité et Développement, en collaboration sur le terrain avec des ONG partenaires, la mission de contribuer à l’identification des besoins ainsi qu’à l’utilisation des fonds. Un comité de pilotage sera chargé de valider et de coordonner les actions conduites.
Cette solidarité du Crédit Agricole avec les populations touchées par des catastrophes naturelles a déjà fait largement ses preuves en Asie du Sud lors du Tsunami en décembre 2004. Grâce au soutien du Groupe, une trentaine de projets de reconstruction ont pu être menés à bien dans les zones sinistrées, autour de l’Océan indien.
Une nouvelle offensive est engagée contre les « réseaux sociaux ». Si on en croit beaucoup de bien-pensants qui s’expriment depuis quelques semaines dans nos médias, ces nouveaux outils de communication réduiraient la pensée à quelques aphorismes et porteraient atteinte à la rigueur intellectuelle en privilégiant l’instantané au détriment de la réflexion : « Comment voulez-vous exprimer une opinion utile et critique en moins de 140 caractères, format maximal pour un Tweet ? ».
Dans le fond, rien de bien nouveau. La faculté donnée à tout un chacun d’exprimer un avis, de faire part de ses analyses ou de ses préférences a quelque chose de dérangeant. Comment consentir la moindre crédibilité à quelqu’un qui ne dispose pas de la formation journalistique et de la reconnaissance de professionnels exerçant dans une maison d’édition renommée ou dans la rédaction d’un grand journal ? Mais si cette nouvelle façon de communiquer dérange, n’est-ce pas parce qu’elle menace des intérêts économiques ? Car si leur superficialité est telle que le contenu qui encombre les sites sociaux est méprisable, qu’y a-t-il à redouter ? Pourquoi avoir peur ? Faut-il comprendre dans cette réaction d’hostilité que la qualité produite est finalement d’assez bon niveau, que les intervenants régulent plutôt bien leurs écrits, et qu’au final, une nouvelle économie de l’information et de la communication est réellement en marche ? Un modèle concurrentiel ?
Je ne me hasarde pas à conclure, mais je constate. Je constate qu’il y a sur Facebook des articles de fond donnant lieu à de vrais dialogues intéressants, libres, oui, mais responsables. Je constate que dans leur grande majorité, les Tweets renvoient à une page Web qui présente un contenu consistant et pas du tout « superficiel ». Bref, ces outils créent des liens qui permettent de circuler sur l’information de façon dynamique, guidée par des mots-clés ou des acteurs au profil familier. J’y rencontre des scientifiques, des chercheurs, des consultants et même… des journalistes. D’ailleurs, tout en prêtant leurs pages et leurs micros aux intellectuels les plus critiques vis-à-vis de ces nouveaux outils, les médias ne renvoient-ils pas fréquemment à « leur » site ou à l’adresse web de leurs invités. Etonnant non ?
Quelle que soit la forme que prendront demain ces modes de communication, un changement irréversible est intervenu ces derniers mois. Wikipedia longtemps décrié est maintenant reconnu comme un outil utile et même « irremplaçable » (lisez les commentaires). L’internaute qui a eu l’imprudence de relayer en ligne la mort de Johnny a été rapidement « remis au pas » par la communauté. Les rumeurs se tuent «dans l’œuf !» dit Patrick Dion. Si les rédacteurs des « sites sociaux » sont de plus en plus attentifs à la crédibilité, à l’honnêteté et au sérieux, c’est sans doute qu’ils se savent dans la ligne de tir de leurs détracteurs. Le premier effet des sévères critiques qui leurs sont adressées est alors de les condamner au meilleur. Tant mieux, car, comme l’a dit Sénèque : « Sans adversaire, le courage s’étiole ! ». Donc on continuera ici, sur Facebook et sur Twitter de parler mutualisme… et c’est presque aussi sérieux qu’en librairie !




