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Qui oserait dire que la nouvelle crise financière qui sévit depuis quelques semaines était imprévisible ? On a beau nous expliquer que de méchants spéculateurs auraient décidé d’attaquer la Grèce, puis l’Espagne et finalement l’Euro, le scénario qui se déroule était écrit. En modeste observateur de la vie économique, j’avais d’ailleurs rédigé ici le 29 novembre 2009 une note intitulée : «Qui a peur de la dette publique ?» où j’écrivais :

Un des scénarios probable est que la dette effrayant les créanciers, certains pays vont avoir plus de mal à se financer. Un cercle vicieux s’enclenchera alors : relèvement des taux d’intérêts, donc charge de la dette plus forte, donc difficultés de remboursement accrues… donc recours des Etats à un endettement supplémentaire pour payer leurs intérêts. Et cela pourrait bien engendrer la prochaine crise. Je me demande comment on va encore pouvoir la mettre sur le dos des banquiers ?

Alors, pourquoi ce retournement brutal des marchés ? Pourquoi ont-ils pensé des mois durant «sortie de crise» en se pâmant devant les résultats meilleurs que prévu des grandes entreprises ? C’est qu’ils espéraient que la croissance revienne sinon au galop du moins à bon train pour alléger le fardeau des dettes publiques. Seulement voilà, la croissance n’est pas de retour, elle est reportée sine die. Pas de croissance, moins de rentrées fiscales, plus d’aides sociales : la spirale de l’endettement public tourne dans le mauvais sens. C’est cette prise de conscience qui vient de s’imposer. La Grèce qui «n’avait pas tout dit» de son déficit budgétaire a légitimement inquiété les analystes et déclenché ce changement d’appréciation brutal ; mais la cause profonde, c’est bien le taux de croissance.

On pourra toujours reprocher aux gouvernements d’Europe de prendre des mesures d’austérité qui sont de nature à «gâcher les chances de la croissance», reste que cette croissance a eu sa chance et n’a pas su en profiter. Donc, les mesures prévues pour 2011 sont activées immédiatement. Je lis ici ou là que nous n’allons tout de même pas laisser les marchés faire la loi. J’aimerais me rallier à cette belle formule. Seulement voilà, il faut bien trouver les capitaux dont les pays ont besoin pour financer leurs dépenses, et ces capitaux, qu’on le veuille ou non, c’est bien sur les marchés qu’ils vont les chercher. Quand on est emprunteur, il faut bien accepter les conditions de ses créanciers, entendre leurs humeurs et répondre à leurs doutes.

Excusez du peu, mais dans les prochains mois, il va y avoir du monde au comptoir. L’Italie doit lever 160 milliards d’euros, l’Allemagne 136, la France 103, l’Espagne 64 et le Portugal 12 milliards d’euros… Au total, l’Europe doit impérativement trouver dans les prochaines semaines près de 600 milliards d’Euros. Mieux vaut ne pas effrayer les prêteurs potentiels pour éviter d’emprunter trop cher. Après le mythe de la liquidité permanente, celui de l’invulnérabilité des grands groupes mondiaux, voilà qu’un nouveau mythe s’effondre, celui de la robustesse des Etats. Qui aurait osé prétendre avant ces dernières semaines qu’un grand pays comme l’Espagne aurait à se refinancer plus cher que ses propres entreprises ?

Il n’est pas interdit d’envisager la suite… Le rappel à l’ordre des marchés a des effets vertueux. La plupart des pays de la zone Euro prennent à marche forcée des mesures budgétaires et envisagent ensemble des dispositifs nouveaux (ici la suggestion de Jacques Delpla). Avec ces mesures fortes, le calme devrait revenir très vite sur les marchés financiers et la bourse se reprendre. Le marché immobilier devrait faire les frais de moindres mesures d’incitation ajoutées à la baisse des revenus des ménages et à l’augmentation des taux (Euro faible dit plus d’inflation et taux en hausse). Effrayés par la dette, les européens pourraient devenir plus fourmis que cigales ce qui n’est pas forcément mauvais pour la croissance si les autres continuent de consommer, donc d’acheter nos produits devenus plus attractifs grâce à la dévalorisation de l’Euro. Mais nous sommes plutôt habitués au scénario inverse…

Au delà des mots... Jean Philippe
Jean Philippe

Directeur Général du Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne

Patrick Faivre

et Patrick Faivre

Secrétaire Général de Pyrénées Gascogne

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