COMBIEN FAUT-IL D’OREILLES ?

Le drame que vivent les Philippins ne suscite pas le même élan de solidarité que celui vécu lors du Tsunami en 2004 ou du séisme en Haïti en 2010. On peut se demander pourquoi ? Peut-être parce que tout cela nous parait bien loin ? Trop étranger ? La Banque mondiale vient d’annoncer qu’elle doublait son aide d’urgence pour financer des routes, écoles et cliniques. Le coût du typhon pourrait atteindre 14 milliards de dollars, des dizaines de villes ayant été rasées. Valérie Amos, qui dirige les opérations humanitaires, alerte sur la situation des 1,5 million d’enfants et 800.000 femmes enceintes ou allaitantes en risque de malnutrition. Quatre millions de personnes sont sans logis. Les besoins en nourriture, eau potable et abris sont immenses. Aussi, Pyrénées Gascogne a décidé de contribuer à l’action du Secours Populaire pour appeler aux dons avec l’appui de KWIXO-associations. Cliquez ici ou sur l’image.

JE VEUX AUSSI PARLER DE LA CENTRAFRIQUE. Cette photo est prise à Bossangoa, de l’endroit même où j’ai vécu de 1977 à 1979. Celui qui y demeure aujourd’hui, le Père Jérôme Émilien Dansona, a écrit un texte « Silence, ici, on tue » publié par le journal La Croix dont voici des extraits :

« Qui a eu pitié du sort du jeune Evrard de Bouca froidement abattu près de son domicile par les Séléka… ? Quel média a parlé de cette femme du village de Bolangba qui est morte calcinée après que les Séléka ont pris soin de l’enfermer dans sa propre maison ? Qui des grands hommes de ce monde a seulement entendu parler de ces enfants du village de Bodora que les Séléka ont enfermés dans une maison qui a ensuite été incendiée ? Toutes les vies humaines ne se valent-elles pas ? Il a fallu qu’il arrive le pire pour que la fameuse communauté internationale commence timidement à s’apitoyer sur le sort des victimes centrafricaines.

Je me rappelle d’un célèbre chant de Bob Dylan « How many ears must one man have before he can hear people cry? » (Combien d’oreilles faut-il à un homme pour qu’il entende les gens pleurer?). Pourquoi s’est-on longtemps tu, pourquoi a-t-on laissé pourrir la situation avant qu’on ose maintenant dénoncer timidement les crimes commis dans ce pays ?… Aujourd’hui, chaque jour, les éléments de la Séléka tuent, volent et violent ; ils ont dis­tribué des armes aux éleveurs peuls de confession musulmane. Ceux-ci sillonnent les champs, font brouter leurs bétails dans les champs ; malheurs au paysan qui ose contester ; il est froidement abattu…

Entre nous, qu’est-ce qu’un génocide si ce n’est que la volonté d’exterminer un groupe de peuple donné ? Qu’est-ce qu’un crime de guerre ? Tout le monde le voit, tout le monde le sait ; seulement ceux qui ont le pouvoir d’arrêter ce drame tournent en rond. Peut-être que le nombre de morts, de viols, de villages incendiés, d’églises profanées et détruites qu’ils ont programmés n’est pas encore atteint. Que vaut la vie d’un paysan centrafricain ? On ne lui a pas demandé de naître dans ce maudit pays. Demain, « on » viendra constater et condamner les violations massives des droits de l’homme en Centrafrique. Toutes les ONG, telles des vautours autour d’un cadavre, viendront se bousculer autour de nos cadavres en putréfaction, qui pour distribuer des bâches, qui pour apporter quelques denrées alimentaires… Un jour, ceux qui ont gouverné ce monde en 2013 auront à comparaître devant le tribunal implacable de l’Histoire pour non-assistance à peuple en danger; du moins ils auront des comptes à rendre à leur conscience, (s’ils en ont une). »

La Centrafrique, 4,6 millions d’habitants, 2,3 millions d’enfants. Un PIB par habitant de 446 Dollars, une misère. Peu de ressources, pas de front de mer, sans intérêt donc ! Les centres de santé, les écoles, déjà très insuffisants, ont été pillés et saccagés. Avec cette guerre qui ne dit pas son nom, les paysans fuient leurs champs et les cultures ne seront pas suffisantes pour nourrir une population déjà en détresse alimentaire et privée de médicaments. Le pire est à venir… Il y aura des voix pour s’élever, pour dire que ce n’est pas à la France d’intervenir, qu’elle n’en a plus les moyens, que c’est encore une façon de détourner l’attention de la crise, que, que… Je dirai simplement que les Centrafricains ont besoin qu’on les aide, et très vite…

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Commentaires (1)

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  1. David dit :

    l’éternelle histoire de l’indifférence…

    si t’as pas de pétrole, de gaz ou d’uranium ou autre truc indispensable pour chauffer nos maisons ou faire rouler nos voitures, alors t’es rien… et encore si tu as tout ça on risque de le prendre en laissant derrière un environnement dévasté et des états corrompus…

    il y a bien longtemps que nous n’avons même plus honte de nous même, trop préoccupés que nous sommes par notre sécurité sociale, notre retraite et la qualification de l’équipe de France pour le Brésil

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