CONFIANCE ET CERTITUDES

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, BANQUE et FINANCES par sur 17 septembre 2011 0 Commentaire

Les fins de semaines se suivent et se ressemblent : les divergences persistent en Europe entre pays du Nord et pays du Sud. Et on redoute une Europe du « chacun pour soi ». Ainsi s’ancre cette incertitude que les marchés financiers ont en horreur. Par temps de grand brouillard, ils lèvent le pied. Ils ne s’alignent pas sur le scénario du plus probable, mais sur celui du pire. Ils ont peur et font peur. Alors, le pire, même hautement improbable, hante les esprits parce qu’il est simplement possible. Quand la confiance ne suffit plus, il faut des certitudes, et il devient urgent de décider…

Si les craintes se cristallisent sur les banques, c’est parce qu’elles auraient à payer leur tribut au naufrage de l’Europe. Leur dégringolade en bourse n’est que la traduction financière du scénario du pire. Et toutes les banques d’Europe sont concernées par ce risque, y compris celles du Nord, y compris les banques non cotées dont on parle peu, moins surveillées que les autres et de façon générale moins capitalisées.

Qui peut imaginer que les Gouvernants puissent laisser le système bancaire s’effondrer tout en continuant leurs « échanges cordiaux et constructifs » ? Est-il besoin d’être économiste pour comprendre qu’ils ont tout à y perdre, tous ? Voilà pourquoi le scénario du pire ne se réalisera pas. Et voilà pourquoi, au lieu de demander aux Etats de prendre le contrôle des banques – comme on l’entend dire ici ou là – il faut leur demander de prendre le contrôle de la situation. En clair, qu’ils préviennent aujourd’hui les défauts plutôt qu’avoir à les gérer demain, et que chacun fasse son boulot…

On comprend que les pays du Nord ne veuillent pas payer pour les « cigales », et ils ont certainement raison de mettre les pays qui n’ont pas respecté le pacte initial devant leurs responsabilités. Mais ils savent aussi qu’ils disposent maintenant de marchés dans ces pays, que l’espace Euro leur est favorable, et qu’ils paieraient cher une désolidarisation qui tournerait vite à la désunion. Le scénario du pire ne se réalisera donc pas, parce que la raison s’y oppose.

Pour que les Etats rassurent sur leurs intentions, il doivent adopter une expression de solidarité claire, précise, juste, qui apporte aux pays en difficulté l’oxygène dont ils ont besoin (des capitaux à prix supportable) tout en maintenant une exigence forte sur les mesures budgétaires nécessaires. La réponse doit être mutualiste 🙂 : assez de part commune pour solidariser et soutenir, assez de responsabilité pour inciter chacun à bien gérer son pays.

L’émission d’obligations européennes est une voie. L’économiste Jacques Delpla montre que de telles obligations, émises solidairement et couvrant pour partie la dette publique de chaque pays, permettraient même aux plus riches de se refinancer moins cher. On pourrait donc aider ensemble les pays du Sud tout en préservant les performances de ceux du Nord. Parce que nécessité fait loi, ce scénario est le plus probable.

En actant le « défaut partiel » de la Grèce, les pays de l’Euro ont montré qu’ils étaient « partiellement solidaires ». On nous a dit que le traitement grec resterait exceptionnel, mais qui peut penser que l’on fera pour d’autres ce qu’on n’a pas fait pour la Grèce ? La désolidarisation est donc consacrée, ce qui satisfait (à court-terme) les Etats du Nord. Mais ce compromis se révèle explosif parce que les spectateurs de ce « renoncement partiel » restent « partiellement convaincus » et redoutent de nouveaux défauts. Constatons que tous les pays sont affectés par cette incertitude et qu’il faut donc corriger le message implicite du compromis grec pour en établir un autre. Reconnaissons que si la situation de l’Etat californien, lourdement endetté, n’est pas un sujet, c’est bien parce qu’il existe aux USA une dette fédérale sécurisante…

Il faut maintenant qu’une autorité morale s’exprime à plusieurs voix, que quelques dirigeants tapent fort sur la table pour ramener tous au réalisme, en regardant plus loin que les prochaines échéances, financières ou électorales. J’attends comme beaucoup qu’une telle autorité s’exprime (Ce sera quand ? Ce sera où ?)… Oui, il faudrait débattre. Oui, il faudrait voter. Mais « nous sommes en guerre ». C’est aux Gouvernants d’assumer des choix face à l’histoire. Les Européens, divisés sur la dette, vont-ils renoncer sous la pression à ce qu’ils ont mis tant de temps à construire ? Vont-ils oublier qu’au-delà de la seule sphère économique, il s’agit aussi de garantir la paix ? Ce n’est quand même pas un détail !

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