COOPÉRATIVE DIGITALE

Classé dans COOPERATION et MUTUALISME par sur 28 juin 2015 5 Commentaires

coopdigital

Ce n’est pas la première fois que j’aborde le thème de la coopérative et du numérique. J’en parlais ici, ou encore là, ou là… En fait, c’est un des fils rouges de ce site. Dans ces billets, comme dans « Les mots du mutualisme » (Ed. Cairn, 2009), j’affirme une conviction : les usages numériques sont de nature à renforcer et élargir les réseaux humains qui sont le fondement du mouvement coopératif, qui lui donnent à la fois son sens et sa puissance. Pourtant, aujourd’hui encore, la plupart des organisations coopératives affichent des projets et des ambitions semblables à ceux des autres, et renvoient le coopérativisme au dernier chapitre, au mieux, pour ajouter une touche d’humanisme, un supplément d’âme, au pire, par calcul marketing…

Cette façon de voir conduira à l’extinction de l’espèce. Que peuvent devenir les girafes si elles renient leurs cous, les éléphants leurs trompes, et les lions leurs crocs ? De même, à quoi peut servir la coopérative si elle ne met pas en première ligne sa mission sociale d’écoute de la société, de réponse à ses besoins, et la primauté du service à ses adhérents ? Il ne s’agit pas seulement d’assumer sa différence, mais de la mettre en action en s’appuyant sur la puissance d’un modèle original capable plus qu’un autre de perméabilité et d’agilité.

À ce titre, la transformation digitale d’une banque coopérative ne peut se résumer à l’application de recettes communes, telles que les cabinets de conseil les véhiculent d’une organisation à l’autre. Elle ne peut réussir que si elle résulte d’une délicate alchimie entre outils, procédures, et culture d’entreprise. Et pour une coopérative, cette alchimie doit donner une place importante au coopérativisme qui doit s’immiscer dans chaque ingrédient.

Des exemples ?

Les données seront recueillies dans l’intérêt des clients et non utilisées à son insu, et la banque sera plus que toute autre explicite sur l’usage qu’elle en fera.

Pour exercer sa mission, faire grandir ses adhérents et les rendre plus acteurs de leur vie, elle développera plus et mieux que les autres les outils de simulation, de diagnostic, d’information et de formation.

Elle sera attachée à traiter avec humanité la relation, et plus que les autres fera confiance aux échanges interpersonnels pour traiter des demandes et doléances.

Elle autorisera beaucoup plus que les autres l’expression libre de ses clients, leur ouvrant largement ses sites d’échanges, facilitant leur accès à un interlocuteur.

Ainsi, la banque coopérative ne se contentera pas de faire du digital un mode de relation, mais un des piliers de sa stratégie pour accompagner sa clientèle et la société vers une économie plus soutenable. Parce qu’elle est par sa nature même plus attachée à contribuer sur la durée au progrès humain qu’à dégager des résultats immédiats, elle sera active dans la transition en marche, qui est loin d’être seulement numérique.

Au moment où toutes les entreprises, toutes les banques, sont penchées sur le chantier de leur transformation numérique, il est urgent de rappeler que le digital n’est qu’un moyen nécessaire au service d’un projet qui le dépasse. Si les coopératives l’oublient, le monde les oubliera…

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Commentaires (5)

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  1. COOPÉRATIVE DIGITALE : Le blog de Jean P... | 5 novembre 2015
  1. Sixou dit :

    Non, à l’oubli ! Debout les cooperativistes

  2. Gourmelon dit :

    C’est tellement juste et tellement vrai ! Merci Jean .

  3. Domerc dit :

    Toute la question est là, de ne pas confondre les moyens et l’objectif, au risque de plaquer un vernis digital sur une relation bancaire qui ne fonctionne pas bien aujourd’hui, et alors serait « enkystée » au même niveau.
    Je suis effaré de voir toutes les banques réfléchir au numérique plus qu’à la relation client, alors même que tous les études en matière de NPS (net promoteur score) montrent que seules deux banques ont un score supérieur à zéro.
    Donc merci pour cette réflexion !

  4. Santi dit :

    Il y a longtemps, un professeur de l’Université de Deusto, regardant sur un balcon de la Corporacion Mondragon qui dominait la vallée, m’avait dit :
    « Ca, ça représente vraiment le Pays Basque ».
    Certes, le paysage était beau, le commentaire ému, mais finalement on n’apercevait que des industries éparpillées sur la vallée.
    Mais…
    c’était plus que des industries, c’était des coopératives.
    Ce sentiment presque religieux du professeur avait probablement son origine dans l’identification profonde de la personne avec un modèle humain et économique unique, une doctrine presque, et un territoire.

    Faire adhérer aux principes du coopérativisme, beau projet.

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