CULTURE ET NUMÉRIQUE

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, INNOVATIONS par sur 20 juin 2015 2 Commentaires

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Il n’y a pas un modèle de transformation numérique, mais plusieurs. On peut même dire qu’il y en a autant que d’entreprises. Bien sûr, on peut décider de chantiers techniques et coller sur son organisation une couche numérique en appliquant des recettes venues d’ailleurs, mais cela ne fera pas une transformation numérique réussie. Il faut en effet pour cela que le numérique fasse corps avec l’organisation, qu’il se combine avec les métiers, que les hommes et les outils trouvent leur harmonie. Cela demande de rendre chaque équipe actrice de sa propre transformation, construire ensemble au lieu d’importer, changer soi-même au lieu d’appliquer. Ce que l’on appelle « transformation » n’est pas autre chose que cette alchimie entre le numérique, les hommes et leur culture.

La culture freine le numérique.

Le diagnostic que portent les experts sur les usages numériques en France montre un inquiétant décalage entre les particuliers et les entreprises. Si le consommateur français est un des plus avancés du monde, l’entreprise française est loin derrière. Pourquoi les agilités que les salariés déploient dans leur vie familiale ne s’expriment-elles pas davantage dans le monde professionnel ? En cause, les rigidités organisationnelles, particulièrement fortes dans notre pays, et qui se traduisent par un fonctionnement en silos, mais aussi la distance frileuse des dirigeants qui s’impliquent rarement de façon visible dans ce domaine (Laure Belot l’a bien décrit dans son livre « La déconnexion des élites » éd. Les Arènes). Pourtant, le numérique pénétrera difficilement les entreprises si le management ne l’adopte pas (voir « le devoir digital »). Les premiers freins au déploiement sont donc culturels…

Le numérique change la culture.

Je ne parle pas des entreprises qui réduisent la transformation à la simplification des procédures et à la réduction des coûts. Je parle de celles qui s’intéressent au modèle de développement, au contenu du travail et aux modes relationnels. Celles pour qui la numérisation n’est pas une fin en soi mais un levier pour renforcer l’humain et promouvoir un développement plus soutenable. Celles-ci doivent renoncer à beaucoup de croyances et habitudes, développer la coopération, penser plus transversal que pyramidal. Leurs équipes doivent s’auto-organiser, conjuguer leurs intelligences avec les outils eux-mêmes intelligents. Cela passe par plus de confiance et de liberté, plus de délégation aussi. En ce sens, la transformation dérange les organisations trop rigides, d’autant que, par la transparence qu’elle induit, les jeux de pouvoir et de posture sont vite démasqués. La communication est obligatoirement plus rapide, plus sincère, plus directe, et ne s’encombre plus de protocoles et préséances. Les rapports humains sont nécessairement différents, la culture bouge…

La culture change le numérique

Inversement, la culture de l’entreprise, si on la laisse s’exprimer en s’interdisant le copier-coller, influence les choix et les usages du numérique. On voit bien que certaines organisations travaillent particulièrement l’information aux clients, l’aide à la décision, l’interaction et le dialogue, voire la co-construction, alors que d’autres se concentrent sur les ciblages et les sollicitations commerciales. Certaines utilisent les données des clients de façon anonyme pour mieux connaître les habitudes et les tendances de leur marché, alors que d’autres traquent chaque client pour en épier les préférences. D’outils qui sont les mêmes, elles font des usages différents. Comme en tout domaine, la responsabilité de chaque entreprise est de fixer ses priorités et ses limites, de s’autoréguler. Et c’est selon ses valeurs et sa culture qu’elle décidera…

Il est donc capital pour toute organisation de faire clair sur sa stratégie dans le digital : faire bouger sa culture pour atteindre plus vite et plus efficacement ses grands objectifs ; faire parler sa culture pour décider des usages numériques qui lui ressemblent. Les débats et controverses sur l’essor des mégadonnées, des algorithmes tout-puissants ou des utilisations des données clients ne pouvant aller qu’en s’amplifiant, les pratiques dans ce domaine pourraient bien provoquer une forte différenciation entre les marques. Raison de plus pour bien s’assurer de la solidité de l’arrimage et de la bonne harmonie entre culture d’entreprise et stratégie digitale…

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