DETTE EN TÊTE

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, BANQUE et FINANCES par sur 24 juillet 2011 5 Commentaires

La réponse de l’Europe à la crise grecque (21 juillet) reconnait la situation de surendettement du pays, son insolvabilité, et renonce à l’aider à assurer ses échéances à coup de ré-endettements couteux. En allégeant la dette et en fixant des modalités de refinancement plus supportables, elle reconnait le mal et le traite. Et elle demande aux acteurs privés créanciers du pays, banques et assurances, de prendre leur part au redressement des comptes, ce qu’ils acceptent. La première réaction des marchés montre que ce message est convainquant et a été entendu.

On sait que ce plan de sauvetage s’élève à 109 Milliards d’Euros, qu’il s’appuie sur le Fonds Européen de Stabilisation Financière (FESF) et que cette aide est apportée dans des conditions assouplies de durée (15 à 30 ans au lieu de 7,5 aujourd’hui) et de taux. Les banques et assurances vont maintenant préciser les modalités de leur contribution. Elles pourront allonger la durée de leurs créances (rollover) avec application de taux progressifs, les échanger contre décote de 20%, ou encore les céder sur le marché secondaire. Une contribution significative qui pourrait représenter 50 milliards d’euros d’ici 2014 mais qui reste supportable au regard de leur situation.

Derrière les mesures d’urgence, le sommet engendre plusieurs « sous-produits » :

Parce qu’alléger l’endettement et le service de la dette ne suffira pas à « guérir » la Grèce, l’accent est mis sur la thérapie, qui est, on l’a compris, le retour à une croissance durable. Il est heureux de voir se dessiner dans le dispositif une sorte de « plan Marshall », car si la cure d’austérité est plus que jamais prioritaire, il faudra bien au pays une stratégie de croissance sur la durée… Et il est important de dire et redire que la croissance est la première condition au désendettement.

Parce que l’Europe a manqué de volonté et d’outils d’intervention, le FESF voit son rôle renforcé en moyens et en flexibilité. Il pourra intervenir sur les marchés et donc réduire les risques de déstabilisation de pays qui, quoique solvables, rencontrent des difficultés ponctuelles de refinancement. C’est un pas de plus pour armer l’Europe…

Parce que les plus belles décisions du monde n’ont d’effet que dans la capacité à les mettre en œuvre rapidement, les européens se posent de bonnes questions avec la volonté affirmée d’agir de façon crédible pour déjouer la tentation de « casser » l’Euro. Faut-il faire cesser la notation par des agences privées de la dette d’un pays bénéficiant d’un plan de soutien ? Faut-il un dispositif européen commun de financement des Etats qui par des euro-obligations mutualiserait l’essentiel de leur dette publique ? Faut-il un décideur européen unique pour agir vite et éviter les surenchères nationales non dénuées d’intérêts politiques immédiats ?…

Autant de sujets factuels, porteurs d’espoir, à condition d’aller au bout de ces questions et de ne pas reposer les dossiers sur l’étagère en attendant la prochaine crise, comme nous en avons l’habitude ! Il faut agir pour donner tort à ceux qui voient dans ces mesures une façon de « pousser le problème sous le tapis » et de remettre à demain l’explosion de l’Euro. Il serait dangereux de faire seulement confiance au temps, en se disant que le poids de la dette peut bénéficier sur les prochaines années de la croissance, des taux d’intérêt, de l’inflation, de la situation géopolitique mondiale. Que le temps peut être un allié et effacer des plaies. La bonne réponse c’est l’action. Des mesures urgentes de redressement, bien sûr, mais aussi doter l’Europe de la Gouvernance et des outils dont on sait maintenant qu’ils font défaut…

( le 29 novembre 2009, j’écrivais : « Qui a peur de la dette publique ? » )

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