ENTREPRISES ET RECOMPOSITION

La grande marée des présidentielles, charriant pêle-mêle des objets du vieux monde et des organismes nouveaux, a révélé l’aggravation des fractures qui depuis vingt ans déstabilisent notre société. Elle laisse sur le sable l’image d’une société déchirée, pour une large partie en colère, voire désespérée. Une société minée par une crise de confiance, dans l’avenir, entre peuple et élites, entre individus. La colère monte chez les gens qui ressentent que les dirigeants ne les écoutent pas et n’agissent plus dans leur intérêt …

En réponse, le mot « recomposition » revient en boucle dans les médias. On voit bien qu’il faut réparer les blessures, combler les fossés, recoudre les dialogues, réconcilier les citoyens. Il faut donc une recomposition sociale, qui est bien sûr l’affaire des politiques. Mais cela ne saurait suffire. Elle est aussi l’affaire des réseaux familiaux, amicaux, associatifs. Elle est aussi l’affaire des entreprises. Notre société a besoin d’acteurs engagés, et parmi eux, plus que jamais, d’entrepreneurs sociaux. Voilà pourquoi la recomposition dépasse nécessairement le seul champ politique.

C’est par des méthodes disruptives, celles des startups, que le candidat Emmanuel Macron a accédé à la Présidence de la République. Nombreux sont les startuppers de mes amis qui expriment cette évidence. Optimistes, dynamiques, conquérants, ils reconnaissent un des leurs. En quelques mois, une startup politique a ringardisé les vieux partis, leurs champions, leurs méthodes, ouvrant l’espace à la détermination, à l’agilité, au sens de la promesse et du parcours « client ». Et les langues de bois, honteuses, retombent lourdement dans les bouches pâteuses (Ça n’fait rien, nous vivons un temps bien singulier…)

C’est par les mêmes méthodes, tout aussi disruptives, que les entreprises ont maintenant tout leur rôle à jouer, et il est immense. Quels services et quel accompagnement pour les personnes qui sont (ou se sentent) exclues ? Quels produits à prix accessibles pour ce marché ? Quel soutien à ceux qui veulent s’en sortir par la création ? Quel appui aux associations qui se dédient aux gens en difficulté ? Quel engagement dans les énergies renouvelables ? Dans le logement sobre et accessible ? Dans les nouvelles formes d’économie qui préparent un monde plus humain, plus durable, plus solidaire ? Je ne parle pas là de médiatisation d’actions isolées ; je parle de véritables politiques d’entreprises soucieuses d’apporter à tous les publics les produits et services indispensables. Je parle de politiques alliant bénéfice clients et rentabilité. Je parle de « social business ». Et si la vraie « transformation » des organisations, qui préoccupe tant de dirigeants, s’inscrivait d’abord et avant tout dans cette démarche ?

Bien sûr, pour être acteur de cette recomposition sociale, dont l’urgence n’échappe à personne, il faut travailler et investir. Cela veut dire sacrifier du temps et renoncer à des profits. La rentabilité immédiate en sera affectée, sans doute, mais l’entreprise et la société seront gagnantes sur la durée. Il est temps d’inscrire dans les bilans les actifs immatériels que de telles politiques génèrent. Il est temps aussi de contrer ceux qui ferment les yeux sur cette valeur, faite d’intelligence collective, de coopérations, d’innovations, ou qui, pire, la détruisent sans vergogne. Méthodiquement, convaincus de bien faire, les yeux rivés sur une performance financière qui n’a aucun avenir, ils assassinent l’espérance…

Une enquête OpinionWay de mai 2017 nous dit que ce mouvement est bel et bien en marche. En effet, 73% des salariés ont une bonne opinion de l’action de leur dirigeant, et 55% en sont fiers. Or, ce sont ses valeurs, ses prises de position, ses préoccupations environnementales et sociétales, qui viennent en tête dans cette appréciation. On avance !

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