FOISONNEMENT PARTICIPATIF

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, COOPERATION et MUTUALISME par sur 20 décembre 2016 0 Commentaire

participatif

L’explosion des usages digitaux occupant les médias et les projets des entreprises, les autres tendances lourdes, qui participent à la transformation de la société et de nos organisations, passent quasiment inaperçues. Le participatif (toute disposition visant à donner aux personnes un rôle dans la prise de décision concernant leur communauté), en fait partie. Considéré comme une des composantes de la transformation digitale, il inspire de nombreuses initiatives qui ne doivent rien ou presque au numérique. La vérité est que celui-ci donne de la visibilité à ce mouvement, qu’il en facilite l’essor en augmentant les possibilités de relations et de dialogue, et qu’il lui permet de se développer rapidement et dans tous les domaines. 

Déjà installé dans plusieurs domaines, le participatif arrive dans les autres…

Plus besoin de parler des financements participatifs qui ont pris une place encore modeste mais croissante dans le financement des projets, qu’ils soient portés par des associations, des particuliers ou des entreprises. Il y a en France une centaine de plateformes de crowdfunding qui ont distribué près de 300 millions d’Euros en 2015. Ces sites, pour la plupart, permettent aux prêteurs et investisseurs de dialoguer directement avec le demandeur, voire de le conseiller, donc de participer au projet bien au-delà de la seule contribution financière.

L’habitat participatif (à qui la loi Alur a donné un statut juridique) compte déjà plus de 300 projets en France. « Le Monde », dans son édition du 8 décembre 2016, rapporte l’expérience collective de la K’hute qui a poussé dans un éco-quartier de Strasbourg. Autopromotion, conception des logements par les futurs occupants, partage des équipements ménagers, entretien collectif des potagers et jardins, etc. Le processus est long (maturation du projet), cher (frais d’études à la charge des auto-promoteurs), risqué (ils ne sont pas professionnels), mais il permet d’imaginer des choses vraiment innovantes que les promoteurs professionnels, soucieux de proposer des biens qui conviennent au plus grand nombre, ne s’autorisent pas.

On voit se développer un peu partout des expériences de démocratie participative. Les budgets participatifs voient le jour dans les municipalités, comme à Paris, pour appeler à proposer des projets, ou à Rennes, pour la mise en place d’une « Fabrique citoyenne », dans le Perche encore, qui a lancé un « Territoire participatif ». Les initiatives citoyennes participatives se multiplient sous des formes diverses, un peu partout, qu’il s’agisse de renforcer le dialogue avec les administrés, de permettre la saisine du conseil municipal ou les votations citoyennes, ou plus généralement, d’associer les habitants aux décisions de leur ville.

Et le participatif se déploie dans bien d’autres domaines encore, avec l’audiovisuel participatif et ses télévisions associatives (ici), les concerts et spectacles participatifs (ici), les opéras participatifs (ici), le tourisme participatif (ici), les jardins participatifs (ici), le recrutement participatif (ici), le mariage participatif (ici), et même le budget participatif des avocats du Barreau parisien

D’où vient cet engouement pour le participatif ?

Il y d’abord le goût du neuf. L’envie de sortir de modes de fonctionnement jugés archaïques, où la voix des officiels et des hiérarques est prépondérante, et ne laisse pas voix au chapitre. Le désir de trouver des solutions nouvelles, encore inexplorées, avec la conviction qu’elles s’avèreront bien plus efficaces que les pratiques en place, qui se renouvèlent trop lentement. Le plaisir aussi, celui de devenir acteur des changements, de ne pas subir passivement mais de contribuer activement. En effet, le client participatif n’est plus réduit à l’acte d’achat, il est aussi un concepteur et un designer, au point de devenir lui-même l’une des composantes du nouveau produit ou service. La démarche participative, qui intervient en amont du processus de conception, influence le produit et pas seulement son emballage. Elle est à ce titre bien plus aboutie que celle de la personnalisation ou « customisation » des produits.

D’autres avantages expliquent cet engouement. Budgétaire d’abord, puisque le partage d’un moyen de transport, d’un logement, ou d’une machine à laver est générateur d’économies. Humain ensuite, puisqu’il est sécurisant, valorisant, intéressant, de se retrouver membre actif et utile de communautés de personnes qui partagent les mêmes convictions et engagements. Social enfin, car le participatif permet de devenir pleinement acteur, voire influenceur, dans la société, et d’y faire entendre sa voix.

Et où en est l’entreprise ?

Dans l’entreprise, le participatif est souvent convoqué. Les salariés et les clients sont invités à donner leur avis sur les produits et les services, à choisir entre plusieurs maquettes ou prototypes, à réagir aux formes et aux couleurs. Toutefois, la démarche peut n’être participative qu’en apparence. C’est le cas si les projets soumis aux votes sont déjà « ficelés » et que l’objectif n’est, dans le fond, que de faire avaliser publiquement des choix déjà arrêtés. C’est le cas aussi quand la sollicitation n’a d’autre intention que de générer du buzz et de contribuer à la réputation d’un nouveau produit. Une simple affaire de communication interne ou externe en quelque sorte. Ces dévoiements – qui ne sont pas rares – ont pour effet de décrédibiliser la démarche et de générer une frustration durable. La règle à respecter en la matière est d’être clair et précis sur les objectifs et le mode opératoire, et de ne pas trahir les engagements de départ. Ainsi, on ne doit appeler le personnel et les clients à une démarche participative que si on a vraiment l’intention d’en faire des co-auteurs du nouveau produit ou service. Il faut pour cela être disposé à réaliser des choses auxquelles on n’a jamais pensé, ou à renoncer à d’autres qui nous tenaient particulièrement à cœur…

Certains parlent d’une mode, mais quel usage établi n’a pas commencé par une mode ? Il faut, je crois, s’attendre au contraire à ce que le participatif prenne de plus en plus d’importance. Pourquoi ? Parce qu’il répond à deux réalités nouvelles, celle du niveau élevé de formation et d’information des personnes, et celle des ruptures majeures technologiques, démographiques, environnementales et sociales. Trop de questions aujourd’hui ne peuvent plus être traitées par des « sachants » éclairés, n’appellent plus de « bonne réponse » définitive. Elles suscitent au contraire dans la foule des réponses diverses et changeantes. Des réponses que justement, le fonctionnement participatif, par nature toujours en mouvement, bousculé par les idées des uns et des autres, est en mesure de saisir…

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