GOOGLE CAR A LES YEUX BLEUS…

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, INNOVATIONS par sur 2 juillet 2016 2 Commentaires

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La fameuse voiture de Google a joué la vedette au premier salon VivaTechnologie qui vient de se tenir à Paris. Elle y a naturellement suscité beaucoup d’intérêt. Le public a pu le vérifier de visu : le modèle présenté de cette auto 100% autonome ne dispose pas de volant. On sait que le sujet est d’importance et fait polémique depuis plusieurs mois. On a beaucoup moins parlé de ses phares. Pourtant, la Google Car dispose d’optiques avant anthropomorphes où on peut reconnaître l’iris et la pupille… on dirait un œil humain. La Google Car n’a pas de volant, mais elle a de beaux yeux, et ils sont bleus…

Ces caractéristiques, pas de volant mais les yeux bleus, nous donnent peut-être un avant-goût de ce qui nous attend : des machines qui nous ressemblent de plus en plus, et qui peu à peu nous remplacent. Car elles peuvent, c’est du moins ce que suggère cette automobile, prendre l’avantage sur nous tant par leur jugement (mieux vaut ne pas confier un volant à un humain) que par leur charme (« T’as d’beaux yeux, tu sais… »). Au moment où la belle américaine fait cette apparition remarquée, plusieurs voix s’élèvent pour nous mettre en garde contre les excès d’innovation. En voici deux :

Cathy O’Neil, Docteur en mathématique de Harvard, auteure de « Weapons of Math Destruction : How Big Data Increases Inequality » s’en prend à la dictature du Big Data dans lequel elle voit une menace pour la démocratie. Ce mode obscur, fait de boîtes noires, en appelle aux données et aux modèles sans faire preuve à son avis de la précision nécessaire et surtout, sans mesurer les externalités des choix qui en découlent. Par exemple, d’après les données, il y a eu dans certains quartiers de New-York entre 2003 et 2013 plus de personnes arrêtées par la police qu’il n’y avait d’habitants. Les choix de modèles, ceux des données et de leurs mises à jour, ceux des algorithmes, sont enfermés avec précaution dans des boîtes noires qui ne livrent pas leurs secrets. Opaques et inexplicables, les résultats qui en jaillissent n’en sont pas moins utilisés pour des décisions administratives ou stratégiques qui ont parfois des conséquences humaines désastreuses. Alors, que faire ? Exiger la nécessaire transparence sur les données utilisées et leur traitement, et développer chez ceux qui utilisent ces outils un sens élevé de la responsabilité sociale.

Bernard Stiegler, Philosophe, Directeur de l’Institut de recherche et d’innovation du centre Pompidou, auteur de « Dans la disruption, comment ne pas devenir fou ? », n’hésite pas à parler de barbarie du numérique. Il explique pourquoi l’innovation « disruptive », celle qui sous nos yeux bouscule professions et habitudes, bouleverse en réalité, de façon moins perceptible, bien plus de choses dans nos vies, nous exposant au risque de désintégration et de mélancolie collective. Parce que l’innovation, quand elle va trop vite, fait perdre tous les repères et court-circuite tout ce qui permet à une civilisation de s’élaborer. Dans un climat de déstabilisation permanente ou la société n’est plus en mesure d’assimiler les changements, la barbarie technologique nourrit toutes les autres. Conclusion : si nous ne prenons pas le temps de comprendre les changements, de les critiquer, d’en débattre, alors, la disruption nous rendra fou…

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Commentaires (2)

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  1. FAIVRE Patrick dit :

    Google vient de créer un laboratoire à Zurich, spécialisé en « deep Learning », recherche consistant à rendre les machines apprenantes. Cela soulève en effet des questions fondamentales sur l’éthique appliquée à ces recherches et au devenir de nombreux métiers face à la puissance de ces machines. Quel avenir pour les médecins ? pour les professeurs ?, pour les conseillers bancaires ?… Vers quelle société allons-nous ? Quelle employabilité de l’homme en général au XXIIème siècle ? Des personnalités comme le physicien Stephen Hawking ou le chef d’entreprise Elon Musk ont exprimé récemment leurs craintes relatives aux risques potentiels de ces technologies.

  2. Jean PHILIPPE dit :

    Pour éclairer ce post, les thèses assez tranchées que je cite à propos du philosophe Bernard Stiegler ne sont pas sans susciter de réactions. Lire par exemple ici : https://medium.com/@svial/bernard-stiegler-la-fin-dun-philosophe-autrefois-inspirant-ff59c1ac4c8#.39pf2sdf2

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