HALLUCINE-MOI L’AVENIR !

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Le titre pourra surprendre ceux qui ne font pas usage du potentiel transitif du verbe « halluciner ». Le Monde des livres (13 mai) nous dit pourtant que le jeune novice du Nom de la rose hallucinait des monstres, et plus loin, qu’il est possible d’halluciner la guerre ! Ceux qui hallucinent sans objet se cantonnent à une stupéfaction passagère et stérile. Ceux qui hallucinent le monde anticipent et posent déjà quelques pas dans l’avenir. N’est-ce pas justement la mission du transitif que de permettre la transition ?

Je me suis risqué à halluciner l’avenir de l’Agence bancaire dans un article récent de La Revue Banque (c’est ici). Nourri de bonnes lectures sur l’innovation, la pratiquant moi-même depuis pas mal de temps, je pensais l’exercice facile. Erreur ! Il ne suffit pas d’affirmer que les innovations d’aujourd’hui feront les usages de demain. Le sujet est plus complexe : Quelles innovations survivront ? Comment s’exprimeront-elles ? Comment s’associeront-elles et se combineront-elles aux usages actuels ? L’avenir bien sûr reste indiscernable, mais rien n’empêche de l’halluciner !

Où en sommes-nous de ces hallucinations transitives ? Dans ces temps de révolutions, projections et conjectures ne manquent dans aucun domaine. Objets connectés, Big-data, robots, intelligence artificielle, numérisation, transition énergétique, réalité virtuelle, etc., interrogent tout le monde. Tous les métiers, toutes les productions, tous les services, sont concernés par ces nouveautés, et ceux qui s’exercent à en imaginer les futures applications dans leurs domaines de compétence nous en donnent des expressions variées. Je me risque ici à une sorte de synthèse qui réunit leurs conclusions autour de 7 grandes tendances :

  • Une humanité plus sensible. Les soins aux personnes sont apportés au domicile grâce aux progrès de la prévention, de la télé-protection, du diagnostic et du traitement à distance. Les hôpitaux ont été remplacés par des unités d’intervention hautement automatisées, sollicitées très occasionnellement. Peurs et incertitudes concernant sa propre vie étant atténuées, l’homme se sent plus que jamais membre de la communauté humaine et responsable de l’avenir de la planète dont il perçoit la fragilité des équilibres naturels et géopolitiques.
  • La vie augmentée. L’automatisation, l’aide apportée en tout domaine par les capteurs et les assistants, mais aussi l’accès universel à l’information, ont des effets libérateurs à la fois de temps et d’esprit. Les relations interpersonnelles prennent beaucoup plus d’importance, dans les familles et les organisations. Savoir exprimer ses émotions et ses sentiments, seul apanage de l’humain, est désormais reconnu et encouragé dès le plus jeune âge. On se consacre beaucoup plus aux rencontres de toutes natures. La poésie, l’art, la fantaisie sont entrés dans les organisations dont ils nourrissent la créativité et la communication dans un climat d’humour et de modestie.
  • Le sens retrouvé. Après s’être brûlé les plumes à vouloir disposer de tout très vite, l’homme, alerté par les blessures de la nature, dépassé par les violences sociales, a compris qu’il ne s’agissait pas de dominer le monde mais de contribuer à son harmonie et son habitabilité. Du coup, c’est d’abord par leur contribution au bien commun que les entreprises se définissent. Elles formulent leur projet de contribution sociale, le placent au cœur de leur stratégie et des travaux de leur gouvernance. Le capitalisme n’a pas disparu, mais les actionnaires sont devenus plus intelligents : la mission de l’entreprise comme sa responsabilité globale sont valorisées dans les actifs immatériels désormais comptabilisés au bilan.
  • L’économie des ateliers. L’entreprise telle que nous la connaissons n’existe plus. Les grandes organisations se sont dissociées, et leurs modèles centralisés ont laissé la place à des entités autonomes et coopérantes. Les multinationales ont disparu alors que partout surgissaient d’innombrables PME fonctionnant en grappes autour d’ateliers partagés de services, d’approvisionnements et de distribution. La plupart des produits sont élaborés au plus près des consommateurs, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’alimentation, mais aussi des meubles et des textiles.
  • Des talents redéfinis. Les tâches répétitives et les métiers à faible sensibilité ajoutée ont disparu. C’est dans le réglage et le pilotage des automates, machines et robots, dans la gestion de leurs interfaces avec les personnes, et surtout dans l’empathie et la précision relationnelle, que s’expriment désormais les savoir-faire individuels les plus recherchés. Ces compétences sont devenues le principal facteur de différenciation non seulement entre les produits et services, mais aussi entre ceux qui les conçoivent et les commercialisent. Elles sont désormais le premier actif des marques.
  • La prééminence de la mission. Toute occupation, rémunérée ou non, est désormais qualifiée par son utilité sociale et s’inscrit dans un projet collectif explicite. On ne parle plus de travail ou d’emploi, mais d’action ou d’ouvrage. On n’occupe plus de poste, on n’exerce plus de fonction, on apporte une commodité en étant opérant, le plus souvent coopérant. Structures et hiérarchies se sont effacées pour laisser la place à des leaders qui organisent les différentes contributions dans des espaces collaboratifs partagés autour de nécessités.
  • La cité réinventée. Citadins pour 80% d’entre eux, les gens habitent des villes intelligentes, d’immenses conurbations où tous les centres d’intérêt sont activement présents. Une culture urbaine propice à la création et au partage se développe dans ces cités qui assurent leur propre production agricole, sur leurs toits et leurs murs, et dans leurs jardins collectifs. Peut-on penser circuits plus courts ? Les pluies sont collectées, et l’énergie, produite notamment par des dalles piézo-électriques excitées par les passants, stockée dans les parois des immeubles, assure tous les besoins de mobilité et de chauffage.

Place aux aventures et à l’émotion ! Certains prennent la lourde responsabilité de nier ce changement en marche, freinent, s’opposent, tentent de bloquer ces évolutions. Leur tentative est vaine. On ne peut rien contre la puissance de tels mouvements convergents. L’heure n’est pas à l’immobilisme, mais au contraire, à l’enthousiasme responsable. Pour ceux qui l’ont compris, c’est simplement hallucinant !

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Commentaires (1)

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  1. Sanguinet dit :

    Très bon moment de lecture
    Quand on a la chance de croiser l’auteur c’est normal que l’on passe du temps avec lui

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