L’ART DU TRICOT

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS par sur 30 novembre 2013 1 Commentaire

« Faire ou défaire, c’est toujours travailler » disait ma grand-mère. Et je la revois tirer sur la laine pour reprendre un tricotage qui ne la satisfaisait pas. Elle ne repérait parfois qu’après de longues heures une maille ratée. Comme elle tricotait bien, les voisines lui portaient des ouvrages à reprendre pour lui demander conseil. Je me souviens de l’application avec laquelle elles regardaient ensemble la régularité des mailles, la gravité des imperfections, avant de décider de réparer ou de refaire. J’en ai gardé l’idée qu’il ne faut jamais détruire avant d’avoir bien réfléchi, et que s’il faut détruire, ce qui revient à constater l’échec, il faut le faire dans une démarche d’apprentissage qui profitera aux prochains ouvrages. Parce que « faire ou défaire, c’est toujours travailler… »

C’est cette capacité à distinguer ce qu’il faut garder de ce qu’il faut lâcher qui fait les grands créateurs, ceux qu’on qualifie de génies. La perfection des œuvres, des textes de Brassens aux toiles de Manet, ne résulte pas tant de belles intuitions que de ce regard critique qui détermine leur discernement. Ils voient tout de suite la tâche, le mot à changer, la couleur à reprendre, le trait qui manque….

Cette qualité rare est attendue aussi des dirigeants et des manageurs. Faut-il continuer ou arrêter tel ou tel projet ? Faut-il reprendre des mailles ou tout détricoter ? Comment reprendre le travail d’un autre sans forcément tout défaire ?  Avant de décider de détruire, ai-je porté ce regard attentif sur mon propre travail et sur celui des autres ? J’ai en tête plusieurs exemples qui me font penser que cette discipline est souvent négligée. S’il n’y a pas de retour financier rapide, s’il subsiste des incertitudes sur la réussite d’un projet, si le marché tarde à manifester son engouement, alors, on préfère le plus souvent tout arrêter. C’est comme cela qu’on tue dans l’œuf beaucoup de belles idées, sous les yeux de ceux qui les ont poussées, qui ont bossé à leur réalisation, sans même présenter d’excuses.

N’est-ce pas là encore une manifestation de la peur de l’échec ? Celui qui ne tricote pas ne sera jamais raillé pour les imperfections de son travail, c’est vrai. Mais il risque fort d’avoir froid cet hiver !

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Commentaires (1)

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  1. f delmarès dit :

    Vous posez la question essentielle de l’évaluation. Les placards de nos entreprises, collectivités etc sont pleins de cadavres laissés là par des décideurs trop pressés, subjugués par la beauté pourtant illusoire tantôt de la rentabilité à CT (le fameux c’est 12% de ROI ou rien) tantôt de leur pouvoir (c’est moi qui décide). L’évaluation est une discipline exigeante, nécessitant un état d’esprit et des outils. De même que les projets doivent reposer non seulement sur la motivation de leurs porteurs, mais aussi sur la fiablité des études préalables, l’évaluation doit rentrer dans la pratique manageriale partagée, par laquelle la décision est prise collectivement. A ce prix, elle sera plus durable et tiendra au chaud toutes les parties prenantes quand la bise sera là !

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