LE MAL D’INNOVER

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS par sur 29 janvier 2012 4 Commentaires

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la France produit 5,6% des publications scientifiques mondiales mais ne détient que 2% des brevets déposés dans le monde. A l’aise dans les idées et les savoirs fondamentaux, les français pensent et analysent bien. Ils innovent peu. C’est parce qu’en France, l’académisme prend le pas sur l’application et que les organisations continuent de privilégier la bureaucratie aux dépens du client et de l’initiative. Un « mal français » à l’origine sans doute de maux plus spontanément mis en avant, comme l’inflation de la dette publique ou la mollesse de la croissance, qui en sont en réalité des symptômes. Alors, si nous voulons guérir de ce mal, il faut commencer par le regarder en face !

La lecture du livre de Pierre Servent, « Le complexe de l’autruche » (éd. Perrin 2011) est édifiant si on veut bien le lire non comme un ouvrage d’histoire et de stratégie militaire (domaine d’expertise de l’auteur), mais pour ce qu’il traite dans le fond : la question de l’innovation en France. On y comprend que la France a toujours préféré une préparation précise des opérations éclairée par ses expériences du passé, le strict respect des consignes hiérarchiques structurées qui en découlent, à la prise en compte des changements et des réalités nouvelles, donc au détriment de l’innovation. Il est consternant de voir comment un pays en vient ainsi à exceller dans l’art de passer à coté de ses chances y compris quand l’enjeu est sa propre défense ou la protection de ses vies. Les français n’ont su anticiper ni l’importance des nouvelles armes en 1870, ni celle l’aviation en 1940. Au lieu de prendre en compte les notes d’alerte rédigées par des officiers conscients des mouvements de l’ennemi, l’Etat-major en corrigeait les fautes d’orthographe. Dans les mêmes temps, les armées d’Outre-Rhin, issues de peuples à qui est spontanément attribué un sens maladif jusqu’au comique de l’ordre et de la discipline ont su improviser, désobéir et oser des mouvements militaires gagnants sous l’impulsion de généraux visionnaires et pragmatiques.

Les raisons de ces rendez-vous manqués sont sans doute celles qui nous font passer depuis quelques années à coté du formidable bond d’Internet. Voilà un domaine où les français ont pris plus que leur part dans les idées mais ne parviennent pas à prendre place parmi les majors. Disons-le, la France est handicapée dans l’innovation par cette forme de conservatisme qui consiste à établir beaucoup de principes et de règles rigides nourris des leçons du passé au lieu se mettre en disposition de répondre aux enjeux du présent.

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Commentaires (4)

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  1. Vous invoquez un déterminisme ou entrevoyez-vous des pistes de changement ? 😉

  2. Jean PHILIPPE dit :

    Bien sûr que je vois des pistes de changement… Il faut tordre le cou à ce conservatisme… Vous arriviez à la même conclusion ou à une autre ?

  3. Bien sûr. Mais pour bouger les lignes, il me semble nécessaire de ne pas refouler le salutaire conflit d’intérêt qui existe entre nomades/innovateurs et sédentaires/conservateurs. Malheureusement, les structures organisationnelles standard ne nous y aident pas, elles n’offrent qu’UN unique territoire de jeu et peinent à imaginer un centre ET des zones d’innovation faiblement couplées. Alors c’est le clash obligatoire…
    Ma piste part donc des DG : soutenez des centres forts ET des zones d’innovation. S’ils jouent le jeu, les centres deviendront des plates-formes comme peut l’être un FaceBook (API ouvertes).

    http://informatique-conviviale.eyrolles.com/?p=127

  4. William El Kaim dit :

    Le mal français c’est d’abord et avant tout le financement des start-up.

    En France, les banques ne prettent que lorsque le produit et les clients sont déjà là. Il n’y a pas de capital d’amorçage. N’allez pas chercher plus loin.
    Il suffit de voir le nombre de Fançais parti à l’étranger pour comprendre le problème: criteo (pub), Netvibes (Dashboard), etc. Un Facebook ou un Google n’aurait jamais pu naître et grandir en France. Ou alors il n’aurait jamais quitté les frontières.

    La France a raté la révolution Internet à cause des politiques, des industriels et des banques. Et cela va être la même chose pour le Cloud.

    La France forme et fait naître des innovants de première qualité, et … les laisse partir … Si vous développez un brevet dans une grande entreprise on vous donne au mieux une prime de quelques centaines d’euro. Ca motive les foules c’est évident.

    Ah j’oubliais, la France est aussi un pays de cartels politiques et industriels qui empèchent les jeunes pousses de grandir … Il n’existe pas de contre-pouvoir industriel et financiers (comme les VC, les fonds de pension, etc.). Y’a Free qui essaye de donner l’exemple, mais c’est pas assez.

    Heureusement Loic Le Meur revient en France une fois par an pour nous faire réver.

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