LETTRE AUX BANQUES COOPÉRATIVES

Mesdames,

permettez-moi, avec tout le respect que je dois aux centenaires que vous êtes, de vous soumettre ces lignes. Vous me direz que vous avez déjà lu la « LETTRE AUX BANQUIERS » et que ce qui y est écrit s’applique forcément à vous. C’est vrai, mais comme vous n’êtes pas des banques ordinaires, comme vous êtes coopératives, vous méritez plus ! Comme vos consœurs, vous êtes pressées par de multiples soucis, la morosité économique, les injonctions des régulateurs, les besoins en fonds propres, les nouveaux concurrents, le devoir digital… Alors comme les autres, vous vous affairez d’un dossier à l’autre sans consacrer assez de temps à travailler sur votre stratégie. Voici 3 conseils personnalisés pour vous aider dans cet exercice :

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Ce conseil vous paraît sans doute dérisoire tant est puissant le tsunami réglementaire. Textes et ratios s’accumulent et contraignent la liberté de toutes les banques. Le régulateur veut réduire les bilans, rehausser les contrôles, interdire certaines activités, en limiter d’autres, imposer des principes de fonctionnement. Au prétexte de sécuriser, il combat les écarts et pousse toutes les banques vers un cadre juridique et organisationnel uniforme. Plus il régule, plus il normalise. À vous de réagir. Tout en respectant ces règles, inventez des façons nouvelles d’exprimer vos spécificités.


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Vous êtes pensées et construites sur un modèle d’hyper-proximité. Je ne parle pas du maillage serré de vos réseaux d’agences, mais de vos compétences et de votre capacité à prendre des décisions, à trouver des solutions au plus près de vos clients. Je pense par exemple aux produits financiers imaginés et construits sur place (comme l’épargne écoresponsable) ou à la communication de proximité (www.parlons-en-ensemble.com). Or, devant le poids de l’investissement à réaliser, que ce soit dans une informatique relationnelle et multicanale, ou dans les entrepôts et  outils d’analyse des données, la tentation est forte de penser lourd, central et unique. Il est pourtant possible de penser souple, collectif et réparti, et de développer des dispositifs locaux qui coopèrent avec les nationaux. Les architectures digitales non seulement s’en accommodent mais le facilitent (avec les API notamment). Au moment où la technique favorise des modèles plus répartis et non-centralisés (dans l’énergie, la communication, et de plus en plus dans l’alimentation…), vous n’allez quand même pas faire le chemin inverse et renoncer à votre parti-pris d’origine ?


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Ce troisième conseil est le principal, car il détermine votre capacité à répondre aux deux autres. Il s’agit de ne pas oublier ce pourquoi vous êtes faites. De ne pas vous considérer comme des banques d’abord, mais comme des coopératives d’abord. D’inventer alors des visages contemporains de la coopération. La fragilisation d’une partie de la « classe moyenne » peut inspirer des services financiers appropriés (un réseau de conseiller s’occupe par exemple de la clientèle « épaulée »). Le retrait de l’Etat de l’aménagement du territoire et de son financement peut suggérer des initiatives entrepreneuriales (sur l’énergie, le tourisme, les filières de production). La multiplication des projets de création de toutes tailles et dans tous domaines peut appeler à des actions spécifiques de formation  pour les femmes et les hommes dans la banque et au-dehors (ce que font Eticoop ou les Cafés de la création) ou à engager des coopérations locales qui susciteront davantage d’innovations…

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Ces mots de la nouvelle économie ne renvoient-ils pas à votre propre vocabulaire ? Ne sont-ils pas proches des « Mots du Mutualisme » ? Vous avez donc vocation par nature à participer pleinement à ce nouveau mouvement. Si vous vous concentrez sur cet objectif, vous serez vous-mêmes, vous serez utiles, et vous résisterez à la normalisation et à la centralisation. Et puisque vous avez dans vos rangs des femmes et des hommes qui portent les convictions proches de celles que je viens d’exprimer, surtout, écoutez-les, et encouragez-les !

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Commentaires (7)

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  1. LETTRE AUX BANQUES COOPÉRATIVES : Le blo... | 31 juillet 2015
  1. Kathy dit :

    Tout est dit, trés bel article!

  2. Gourmelon dit :

    Bravo Jean ! Tout est dit …le plus dur c’est de faire . Cela passe par une prise de conscience individuelle et collective et tu y contribues largement

  3. Malherbe dit :

    Savoir évoluer et construire sait savoir changer sans oublier ses origines.
    Ce n’est pas de l’obscurantisme mais une vision du progrès qui permet de garder les valeurs humaines et humanistes qui nous guident.
    C’est une excellente chronique que j’ai pris plaisir a lire.
    Merci

  4. Utopiste dit :

    Bonjour m. Philippe,
    Tout d abord je tiens a vous dire que je suis d accord avec la plupart de vos idées. Étant un de vos subordonnées, suivant les réseaux sociaux, twitter, IG ou autre, je partage en général votre vision de l avenir. La formule qui m a marqué le plus, c est le fameux « simple et utile ». J ai aimé la création du LIS, des DAT éco responsables mais ne croyez vous pas que l utilité de vos réalisations sont embrumés par une certaine opacité. Il y a 2 jours une dame cliente du crédit mutuel, me parlait de sa fierté d avoir fait un placement « solidaire », chose que je n ai jamais entendu chez nos clients, ni en agence, ni sur le coup de coeur/ coup de gueule de lefil.com ( encore une bonne réalisation). Mais je ne suis peut être pas représentatif. D où ma question: ne pensez vous pas qu il faudrait plus communiquer sur les realisations utiles a notre territoire effectuées grâce à ces produits et montrer plus de transparence pour que ces clients trouvent une utilité ou une fierté à placer leur argent chez nous?

  5. Symoneaux dit :

    Pour moi, le Crédit Agricole et ses filiales ont une faiblesse congénitale rédhibitoire : tant que ses Caisses Régionales demeureront cloisonnées au point qu’un sociétaire résidant en Alsace ne pourra pas remettre ses chèques en Pyrénées-Gascogne, tant qu’un client de Dax sera aussi extérieur au guichet de Bayonne qu’un ressortissant de la SG ou de la BNP, la Banque Verte perdra ses jeunes clients à leur majorité financière.

  6. Jean PHILIPPE dit :

    Merci de vos commentaires…

    Pour Utopiste, j’entends bien. Vous avez raison. Nous devons améliorer la mise en valeur de nos produits responsables. Nous allons y travailler avec le lancement officiel de Tookam et de la gamme écoresponsable. Il faut aussi mieux expliquer le Livret Sociétaire (LIS) qui finance les projets locaux… Bien compris et on y va…

    Pour Symoneaux, bien que je n’aime pas faire de promesses et préfère parler des réalisations concrètes, je suis heureux d’annoncer que notre Groupe a décidé de mettre en place un processus qui permet de transférer ses comptes facilement d’une Caisse régionale à l’autre. Ce processus est maintenant effectif!
    Certaines opérations (comme les remises de chèques) peuvent d’ores et déjà être réalisées sur une autre Caisse régionale que celle qui gère vos comptes, mais c’est vrai, tout n’est pas encore possible… Votre remarque est bien prise en compte…

    Cordialement à tous,
    Jean

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