L’EURO A QUI PERD GAGNE

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS par sur 1 juillet 2012 3 Commentaires

Le dernier sommet européen a surpris les marchés financiers qui en ont perçu le message : les européens ne laisseront pas la zone Euro se démanteler! La recapitalisation des  banques est par exemple irréversible. Il reste bien des choses à régler, mais le signal est fort…

Je trouve pathétiques les efforts des médias pour chercher dans cet accord le « qui perd, qui gagne ? ». L’Euro de foot explique-t-il cette volonté de compétition ? Puisqu’il y a deux finalistes à Kiev, pourquoi pas à Bruxelles, et pourquoi pas les mêmes ? L’Italie s’est montrée combative, l’Espagne a remis sur la table son incapacité à renflouer ses banques, leur pression a accéléré les choses, oui. Mais l’Allemagne a-t-elle vraiment «cédé» ? Il faut lire dans chaque terme de l’accord la décision et sa contrepartie…

D’accord pour que le Mécanisme européen de stabilité recapitalise les banques en difficultés sans alourdir la dette de leur Etat, comme le demandait l’Espagne, mais attention ! La BCE prendra en charge la supervision de toutes les banques de la zone.

D’accord pour que le Fonds de secours achète de la dette souveraine sur le marché sans la tutelle de la troïka (FMI, UE, BCE), comme le souhaitait l’Italie, mais attention ! Ces interventions seront conditionnées à des engagements stricts du pays bénéficiaire.

D’accord pour le pacte de croissance poussé par Paris et son financement de 120 milliards d’Euros, mais attention ! Il est indissociable du pacte budgétaire.

D’accord sur ces mesures immédiates, mais attention ! L’objectif reste le renforcement de l’Union avec notamment l’Union bancaire et le contrôle des budgets nationaux… comme l’exigeait l’Allemagne…

D’accord pour dire que les uns ont obtenu gain de cause, mais attention ! Les mesures d’urgence pour « sauver la zone » ne doivent pas occulter les mesures durables qui en assureront la pérennité, comme les autres le demandaient.

Ainsi, réduire ces accords au succès des uns et à la soumission des autres est une mauvaise analyse. C’est, encore une fois, ne voir que les effets immédiats des décisions en ignorant leur portée sur la durée. Il suffit de lever le regard pour voir que tout le monde est gagnant…

Est-il possible pour autant de commencer une autre Europe dans une Union renouvelée ? Pas si simple, puisqu’il y a la dette accumulée. Comment la rembourser sans hypothéquer l’avenir ? Comment éviter d’en faire porter le poids aux jeunes générations ? Comment être compétitif avec aux jambes de tels boulets ? Il va bien falloir que chaque pays prenne sa part du fardeau, et que ceux qui ont bénéficié de la dette participent à son allégement.

C’est là que tout se complique ! Tout le monde sera d’accord pour charger les banquiers, éternels coupables de tous les égarements financiers, mais qui, à part eux, se reconnait redevable de quoique ce soit ? Cet argent a pourtant servi, il a permis de constituer ici des fortunes, là de bons revenus. Il va donc falloir imposer les européens sur ce capital constitué dans le déficit. Ce sera sans doute un des prochains dossiers, et pas le plus simple…

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Commentaires (3)

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  1. André Germinet dit :

    Oui il va bien falloir sinon rembourser…. Enfin, il va falloir que l’endettement diminue. Donc soit on fait défaut (on ne rembourse pas) soit on lève massivement des impôts (car réduire les dépenses permet surtout d’éviter d’augmenter la dette dans un premier temps). Les deux solutions permettent de diminuer la dette!!!! L’accord avec les grecs par exemple disait bien que 104 milliards de créances étaient abandonnées ce qui a diminué l’endettement ou je dis une bêtise?
    Faire défaut revient à ne pas rembourser ceux qui ont prêté. S’ils sont français cela ressemble à un impôt déguisé non? S’ils ne le sont pas ou s’ils sont extra-européens c’est beaucoup plus délicat!!!!
    Lever les impôts reste donc la seule solution (ajoutée à la réduction des dépenses). on va rigoler (enfin c’est une formule rhétorique bien sûr!!!!)

    Sur le sommet je partage, une négociation vise toujours à trouver un équilibre entre des positions initialement différentes. Donc chacun doit céder un peu de terrain sans pour autant apparaître vaincu ou triomphateur….

  2. Jean PHILIPPE dit :

    Merci André, j’ajoute quelques réflexions. Il y a en fait trois façons connues depuis la nuit des temps d’assainir les dettes publiques : l’inflation (mais l’Europe dit non), la dévaluation (mais ce n’est pas possible avec une monnaie unique), et le défaut, c’est à dire ne pas rembourser les créanciers (qui reste donc la seule solution…) En fait, pour éviter le défaut, garder la monnaie unique, et ne pas partir dans une inflation qui serait préjudiciable à tous, il reste une solution, celle de taxer le capital. C’est ce vers quoi, je pense, nous nous acheminons. Disons qu’en Espagne et en Italie, le capital, tout capital, serait taxé par exemple chaque année à 3% de sa valeur, il le serait à 2% en France et à 0,5% en Allemagne (c’est pour illustrer, bien sûr). Ainsi, les pays feront porter une partie de la dette sur le capital acquis pendant les années de dette… Cette mesure, « logique » faute d’être populaire, ne viendra pas seule… Et puis, la bonne vieille dévaluation est déjà à l’œuvre, une cible de parité Euro-Dollar n’ayant rien d’extravagant reviendrait de fait à dévaluer l’Euro de 20%…

  3. André Germinet dit :

    J’avais d’emblée exclu l’inflation (qui n’est in anti-douleur en fait n’est-ce pas?) et la dévaluation pour les raisons que tu cites… Donc reste….

    En ce qui concerne la parité vers laquelle on tend, ne va-t-on pas finalement la « fixer » et revenir à une sorte de brettonswood ou sans or le dollar deviendrait à nouveau un étalon mais dollar-euro? N’était-ce pas un système plutôt sain d’ailleurs?

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