L’EURO SE CHERCHE ENCORE

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, BANQUE et FINANCES par sur 20 novembre 2011 4 Commentaires

Tout s’accélère. En quelques jours, les gouvernements de la Grèce et de l’Italie changent brutalement de profil et on voit de grands experts de la finance remplacer les politiques à la tête du pouvoir. Changement de paysage annoncé aussi en Espagne ce dimanche dans un processus beaucoup mieux préparé. Et puis, il y a eu la « boulette » d’une agence de notation qui a fait entrer la France dans la zone rouge de l’Euro, la rapprochant des pays périphériques et l’écartant un peu plus des « triple A »…  Le scénario qui se déroule est celui du pire pour la cohésion de l’Europe. Le divorce est consacré entre les pays « cigales » et « fourmis » à travers l’écart de taux auxquels chaque pays se refinance maintenant : l’Italie rattrapée par l’Espagne emprunte à environ 7%, la France à 3,70% et l’Allemagne à 1,75%. Un grand écart qui, s’il perdure, fera exploser la zone, ce que tout le monde voit, tout le monde sait. Et pourtant…

Des voix s’élèvent dans le Monde pour demander que la BCE achète massivement de la dette des pays les plus vulnérables pour rendre supportable leur charge financière. L’Allemagne s’y oppose, considérant que ce n’est pas la mission dévolue à la BCE (qui est de contenir l’inflation) et exigeant des pays concernés qu’ils conduisent les réformes structurelles nécessaires à leur redressement. Cette exigence, bien compréhensible, trouve ses limites et elle le sait. On a compris qu’elle assouplirait sa position si sa propre représentation dans la gouvernance de la zone Euro était sérieusement renforcée et si les pays en difficulté étaient soumis à une réelle tutelle.

Voilà à nouveau l’Europe contrainte de trouver très vite des solutions qui permettent de réduire la charge de la dette des pays concernés tout en exerçant sur eux des exigences de gestion renforcées et contrôlées. Le projet d’Euro-bonds refait ainsi surface. Les traités européens certes ne permettent pas une émission collective et solidaire comme le font les USA et la GB (“clause de non-renflouement“ inscrite au traité de Lisbonne), et il est impensable que les Pays de l’Euro renoncent et sur le principe et dans les délais requis à leur souveraineté en la matière. Il est possible toutefois d’émettre collectivement des Euro-obligations garanties par chaque Pays au prorata de sa dette. Cette solution serait un pas de plus vers une coordination financière et budgétaire, d’autant qu’une telle mesure serait conditionnée à une surveillance très stricte. Il est aussi possible que la BCE, sans intervenir directement, donne au FMI des moyens financiers pour qu’il exerce sa tutelle sur les pays fragiles en usant de son savoir-faire et de son autorité.

Ce qui est certain, c’est que les jours qui viennent devraient voir les lignes bouger, cette fois encore, sous la pression des marchés qui décidément ont du mal à reprendre confiance dans la zone Euro…

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Commentaires (4)

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  1. BENGOECHEA dit :

    Ce matin même dans les colonnes de Sud Ouest, c’est la notion même de « fragilité » qui est remise en cause : on met sur le bancs des « mauvais élèves » l’Italie ou l’Espagne, alors que l’Allemagne elle-même cumulerait plus de 2000 milliards de dettes … bien au delà de 80 % de son PIB … alors que l’Espagne respecterait le ration de 60 % fixé par Maastricht !! Que penser de tout ceci ?

  2. Kerrien Yves dit :

    Oui, mais en Allemagne , tout est carré et parfois « steif » !

  3. Jean PHILIPPE dit :

    Et il faut aussi prendre en compte les perspectives de croissance pour les prochains mois et années.

  4. Jean-Louis GUILLAUD dit :

    Il me revient en mémoire que, lors du passage à l’euro, j’étais parmi les euro-sceptiques. Avec deux raisons : la première prenait racine dans un attachement fort à la souveraineté de notre douce France (et celle des nations), la deuxième s’était inscrite comme une maxime pendant mes études es économie sur un banc de bois de la faculté de Pau. « Une monnaie unique, un pouvoir unique ». C’est un vieil adage, simple en apparence et vérifiable dans le temps présent.

    Aujourd’hui, c’est imbécile, mais j’ai changé d’avis. Je suis plutôt euro-partisan, nageant à contrecourant de mes pensées de fin de XXe siècle.

    La monnaie unique oblige rois, reines et gouvernants des diverses contrées à s’asseoir autour de la même table. Après avoir débattu des écus (European Currency Unit, j’avais oublié !), des espèces sonnantes et trébuchantes, et trouvé solutions même incomplètes, il est de bon ton de trinquer aux convives, en goûtant aux breuvages variés et chics des territoires. C’est là en particulier qu’on peut oublier l’argent comme nerf de la guerre et que l’on peut apprécier de vivre en paix et de vouloir continuer ainsi.
    Et puis, nous sommes dans la barque de l’euro, le cap a été indiqué, il y aurait grand’risque de chavirage et de vents contraires si l’on se laissait aller à retourner au port de départ. Mieux vaut y arriver en contournant le monde et en utilisant la force des vents et des courants, tout en ouvrant les écoutilles pour tâcher d’alléger tout ce qui pourrait plomber les cales.
    Ceci appartient à l’European Team qui barre le voilier, et les conseils donnés, depuis le Pc de course, par des météorologues avisés, tels que ceux évoqués dans l’article « L’euro se cherche encore », pourraient vite devenir une…obligation.

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