L’Europe à la croisée des chemins ?

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS par sur 18 septembre 2011 4 Commentaires

«L’Europe, quel numéro de téléphone ?, cette boutade prononcée en 1970 par Henri KISSINGER, ancien secrétaire d’Etat américain, reprend, à 41 ans d’intervalle, tout son sens. Si la crise de l’endettement public dans laquelle se débat aujourd’hui l’Europe est bien un nouvel avatar de la crise de 2007-2008, elle prend une acuité  accrue par la faiblesse avérée de la gouvernance européenne. On peut accuser les marchés « d’exubérance irrationnelle », mais dans le cas présent, ils semblent, au contraire, très rationnels, en ne faisant que pointer la faiblesse de la gouvernance économique européenne et son incapacité à prendre les mesures correctives à la hauteur des enjeux. Tous les discours lénifiants sur la solidarité européenne publiés de réunion en réunion des dirigeants politiques n’arrivent pas à masquer les divergences de fond ni les difficultés à harmoniser les politiques. Seule la mise en place d’un exécutif fédéral disposant de réels pouvoirs économiques et budgétaires, à l’instar de ce qui a été fait en matière de monnaie unique et de politique monétaire, sera de nature à restaurer la confiance. Observons d’ailleurs, que ce type de gouvernance porte ses fruits. En effet, la politique monétaire menée par la BCE, à l’échelle de l’U.E.M., sous l’autorité de son Président, Jean-Claude TRICHET, a parfaitement rempli sa mission de maintien de la stabilité monétaire avec une inflation moyenne de 1,5%  depuis la création de la zone Euro. Dans l’attente, les marchés continueront de « jouer » l’éclatement de l’Europe car ce qui « se lit »  en creux dans les discours de convenance, c’est un refus des pays du « Nord » de continuer à soutenir les pays du « Club Med ». Si l’irresponsabilité des politiques économiques et budgétaires de certains pays mérite d’être pointée et corrigée, on peut s’interroger sur la pertinence d’une solution d’éclatement de l’Europe, comme solution au problème. Le remède risque d’être pire que le mal, y compris pour les pays du Nord. L’éclatement de l’UEM aurait des conséquences dévastatrices pour les pays du Sud les plus exposés mais ne manquerait pas d’entraîner dans leur sillage les pays du Sud de taille plus importante comme l’Espagne et l’Italie, voire la France. Autant dire que le système bancaire et financier, dans un tel scénario catastrophe, subirait un choc de nature à fortement le déstabiliser même si aujourd’hui sa solidité financière est en mesure d’absorber des défauts partiels sur la dette des plus petits états d’Europe , non sans impact, mais sans conséquence vitale. Même l’Allemagne, dans un tel scénario ne serait pas épargnée par une mise en grande difficulté de son système bancaire.

L’Europe ne peut qu’en sortir par le haut, en mettant en place de façon rapide, une véritable gouvernance économique fédérale capable d’imposer les réformes qui doivent être mises en oeuvre et accessoirement en émettant des euro-obligations pour stabiliser et uniformiser les taux d’intérêt à long terme. L’Europe est condamnée à s’unir davantage, à accepter de perdre un peu de la souveraineté de chaque nation au profit du fédéral, à agir et à parler d’une seule voix pour être efficace. C’est l’unité ou la crise systémique, ce dont l’Europe ne se relèverait pas.

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Commentaires (4)

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  1. Vince dit :

    « S’en sortir par le haut » sûrement, mais en prenons-nous vraiment le chemin ? Nos dirigeants européens semblent vouloir jouer à une immense partie de poker-menteur, à coup d’effet d’annonce, de reculades, et de populisme.

    Car le spectre des élections n’est jamais loin, et il faut bien ‘appâter le chaland’.

    Le plus inquiétant, dans cette affaire, c’est que cela fait le jeu des euro-sceptiques de tous bords, qui ont beau jeu de rappeler combien ils étaient ‘visionnaires’ lors de la ratification du Traité de Maastricht.

    L’UE aurait-elle grandi trop vite ? Nous avons bâti l’Europe sur le seul pilier économique, mais les évènements montrent bien qu’elle est bancale. Quand tout va bien et que la croissance est au rendez-vous, pas de problème. mais quand la tempête fait rage, la construction se révèle bien fragile, et les égoismes nationaux reprennent le dessus !

    Poutant l’Europe est notre chance, notre ‘Nouvelle Frontière’ : elle nous offre des perspectives de progrès immenses dans tous les domaines.

    Alors oui, à une Europe fédérale, mais pas uniquement économique et budgétaire. Nous devons la bâtir également au niveau social et culturel.

    Appliquons à l’Europe l’idée du mutualisme. Car après tout, les euro obligations, c’est un peu déjà du mutualisme …

  2. Patrick FAIVRE dit :

    Bonjour,

    Merci pour votre commentaire. je partage totalement votre analyse. Effectivement, il y a une dimension mutualiste dans ma vision de l’Europe.

    Cordialement.

  3. ekwiti dit :

    Et par le bas….

    en déléguant aussi du pouvoir aux régions, entre autre les Pyrénées Gascognes…

  4. Patrick FaIvre dit :

    Merci pour votre commentaire. La fédéralisme européen ne s’oppose pas, de mon point de vue, à la decentralisation du pouvoir en proximité. Il me semble que c’est très complémentaire. Tout est une question de choix de partage de responsabilte entre les uns et les autres. Tout ne peut pas concerner le global comme tout ne peut pas concerner le local. La question est aussi celle de la légitimité du global vis a vis du local.

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