L’INNOVATION JOYEUSE (Extrait 3)

extrait3« Dans son Discours de la servitude volontaire, écrit il y a près de cinq siècles, Étienne de La Boétie interroge ses contemporains : Pourquoi les hommes échappant à une servitude n’ont-ils d’autre obsession que de se soumettre à une autre ? Pourquoi sont-ils tellement réticents à penser et agir par eux-mêmes et à assumer leur destin ? Pourquoi ont-ils si peur de leur propre liberté ? Et La Boétie met cette servitude volontaire sur le compte de l’habitude : les peuples vivent dans des organisations hiérarchiques où les uns dominent les autres, et chacun s’y soumet. « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres » dit-il, en appelant au désir, seul sentiment capable selon lui de susciter la liberté…

Le paradoxe observé en son temps par La Boétie, celui d’êtres capables de liberté mais préférant se lier eux-mêmes, n’a rien de dépassé aujourd’hui. On en trouve de nombreuses manifestations dans la société contemporaine, particulièrement dans les entreprises. Nous sommes toujours nombreux à ne pas aimer l’autonomie, à préférer les groupes, organisés donc rassurants. Alors, nous remplissons nos vies de conventions, de rituels, de plannings. Nous nous en remettons à l’habitude, à la reproduction de ce que nous avons vu et appris, et consacrons très peu de notre temps à essayer d’autres façons de faire. C’est que, dans le fond, nous aimons les bancs…

Ce penchant n’est pas condamnable en soi. Le monde vivant ne doit-il pas au grégarisme son formidable développement, sa complexité croissante, son étonnante diversité, ses capacités d’adaptation et la conquête de nouveaux territoires ? L’association des cellules, leur spécialisation, leur capacité à coopérer entre elles, n’ont-elles pas déclenché ces évolutions ? De la même façon, un groupe humain qui réunit des personnes riches chacune de leurs sensibilités et de leurs savoirs, parvient à réaliser des choses remarquables par la puissance de la coopération, ou de ce que nous appelons aujourd’hui le mode collaboratif. Mais le banc, ce n’est pas cela. Dans le banc, on suit, on imite, on reproduit, plus qu’on ne coopère ou contribue. L’homme de banc est soumis et passif. Il n’est pas, comme l’homme collaboratif, engagé et actif. Ce n’est qu’en délaissant les habitudes de bancs pour des comportements coopératifs qu’on accède à l’innovation joyeuse. » (pages 47 à 48)

A propos de l'auteur ()

Pour en savoir plus sur l'auteur, cliquez sur l'onglet "Qui suis-je ?".

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *