ON PEUT TOUCHER ?

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, INNOVATIONS par sur 12 juin 2016 2 Commentaires

tangible2

Nous vivons un déplacement rapide des tâches et des procédures, des ventes, des formations, des relations, etc., du réel vers le virtuel. Je parle de réel et de virtuel, parce que ce sont les deux mots couramment utilisés pour distinguer ce qui est physique, proche, manipulable, donc « réel », de ce qui est numérique, distant, impalpable, donc « virtuel ». Pourtant, ce mouvement qui semble inhérent à ce que l’on appelle la révolution numérique pourrait bien s’inverser et rendre au « réel » la primauté perdue.

Le besoin de saisir les choses…

Nous avons majoritairement adopté le numérique dont le potentiel est maintenant compris et mesuré. Nous en reconnaissons les avantages au regard de ses multiples applications. Surtout, nous sommes désormais en mesure d’en anticiper de milliers d’autres usages dans tous les domaines de nos vies. C’est pour cette raison sans doute que la question de la tangibilité surgit un peu partout. Tangibilité, c’est à dire pouvoir de toucher physiquement les produits, les services, la relation, les sentiments. Sans vouloir renoncer au numérique, aux robots, à l’intelligence artificielle, encore moins au smartphone, l’homme aspire visiblement à vivre autrement avec eux. Il voit bien que l’équilibre tel qu’il s’est établi ne résistera pas à la déferlante annoncée d’objets connectés et de machines intelligentes. Doté de deux mains et dix doigts, il a besoin de tenir les choses. S’il n’est pas hostile aux objets numériques, il demande qu’ils soient saisissables au sens figuré – ce qui va de soi – mais aussi au sens propre. Et il ne suffira pas de parler de « digital » pour donner le change…

Le retour du tangible…

Ce besoin s’exprime dans beaucoup de domaines. On l’a vu dans l’intérêt suscité par l’imprimante 3D capable de transformer en matière palpable des objets virtuels. On le voit quand une personnalité politique utilise les réseaux sociaux pour enclencher une grande marche afin de toucher la main des gens. Quand les communautés formées sur un site Internet se rassemblent pour un événement (par exemple quand Wizbii invite ses utilisateurs à des job-dating). Quand les sites de vente en ligne font porter leurs efforts la qualité et la rapidité des livraisons, donc l’échange physique. Quand le chauffeur d’Uber s’empresse de tendre une bouteille d’eau à son client. Ou encore quand les expressions violentes habituellement distillées sur les réseaux sociaux se répandent subitement dans les rues. Dans tous ces cas, l’objectif principal est de réussir une expérience vécue en proximité physique dont le numérique joue surtout un rôle d’activateur.

Ce mouvement est également perceptible dans la stratégie des entreprises. Bousculées par les « pure players » (tout en ligne), elles ont d’abord déployé des canaux à coté de leur réseau physique. Appelons cela la course au digital. Puis, elles ont travaillé à ce que canaux physiques et numériques coopèrent entre eux, de sorte que, dans son parcours, le client puisse solliciter les uns ou les autres. Certes, elles n’ont pas encore clairement choisi entre des modèles « physiques augmentés de numérique » et des modèles « numériques prolongés de physique ». Mais leur regain d’intérêt pour les points de vente et autres lieux de présentation ou démonstration semble donner l’avantage à la première option.

Qui prend la main ?

Lors d’une conférence qu’il donnait mardi dernier à l’ESTIA (Bidart), Guy Boy (Professeur à l’Human-Centered Design Innovation and Art – Florida Institute of Technology FIT) expliquait pourquoi les systèmes « technocentrés » devaient laisser la place à des systèmes « anthropocentrés ». Pour lui, ce seront moins les objets produits par les ingénieurs qui compteront désormais que l’adaptation de ces objets à l’homme. Et d’ajouter que l’automatisation a généré une multitude de modes d’emploi et de procédures qui finissent par automatiser l’être humain.

On comprend que s’il ne réagit pas, l’homme subira jusqu’à l’insupportable cette aliénation moderne. Le risque n’est pas que les machines remplacent les hommes, mais bien qu’elles les asservissent. Voilà pourquoi il est temps de reconnaître que c’est son expérience, sa sensibilité, son empathie, son intuition, qui font la valeur de l’humain, et non sa capacité à appliquer les procédures. C’est la seule façon de ne pas laisser le numérique faire sa révolution sans nous !

 

A propos de l'auteur ()

Pour en savoir plus sur l'auteur, cliquez sur l'onglet "Qui suis-je ?".

Commentaires (2)

Url de rétrolien | Flux RSS des commentaires

  1. Rallet Michel dit :

    Mettre l’humanité, dans toutes ses composantes, au cœur d’un monde hyper-développé au plan technique et sans doute, cause et conséquence à la fois, plus individualiste…tel est sans doute un des enjeux de premier plan des années à venir..
    Merci à ceux qui par la réflexion, la pensée et l’action engagent et engageront nos Sociétés..et nos sociétés…sur le chemin d’une humanité relationnelle préservée voire retrouvée !

  2. CHATEAU Guy dit :

    Peut être aussi, la capacité de l’homme a prendre ses responsabilités…. Et non pas en permanence reporter la faute sur l’autre….
    Sans oublier l’acceptation du risque…. qui fait partie de la vraie vie….
    Le principe de précaution doit être assimilé à principe de régression…..
    Nous pouvons avancer vite en prenant des risques et sans pour autant ne pas laisser l’humain au bord du chemin….
    Le problème est en même temps philosophique. En ces temps numériques, celle ou celui qui n’a pas le changement en philosophie de vie ne peut être que malheureux……

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *