Comme nous le sentions venir depuis plusieurs mois, les dirigeants européens se trouvent contraints de trancher. Ils doivent s’accorder dans les heures qui viennent sur une solution à la crise de la dette. Comme prévu aussi, ce sont les positions de l’Allemagne et de la France qui doivent se retrouver sur un consensus. Et il faut que la solution retenue soit suffisamment forte et audacieuse pour sortir les marchés financiers de leur doute. Or, un doute de plus de trois mois est plus difficile à traiter qu’un doute de deux jours. La preuve en est que les atermoiements estivaux des américains (rappelons-nous le blocage des républicains face au Président) laissent bien moins de trace que les difficultés de gouvernance de la zone Euro.
Et pendant que les évènements se déroulent, il s’ancre de plus en plus l’idée que les circuits financiers devront être plus simples, plus lisibles, plus utiles qu’ils ne le paraissent aujourd’hui. Nous rappeler que c’est d’abord l’épargne d’ici qui finance les projets d’ici. Que les circuits financiers « courts », de proximité, ont l’immense vertu de ramener chacun à la réalité du développement d’un territoire, qui produit, et qui consomme, qui épargne et qui emprunte. Tout cela est saisissable, maitrisable, compréhensible, à taille humaine.
Au Crédit agricole Pyrénées Gascogne, toute l’épargne que nous confient les clients, (excepté l’Assurance-Vie et les OPCVM gérés par des sociétés dédiées) est transformée sur place, à 100%, en crédits pour le territoire. Nous avons même inventé le Livret Sociétaire, dont j’ai déjà parlé ici, qui est un compte épargne rémunéré, disponible, au capital garanti et dont les fonds sont entièrement utilisés pour financer les premiers pas des jeunes entrepreneurs. Qui plus est, grâce aux Tookets, il permet d’apporter une aide aux associations locales. Il est un produit complètement « mutuel » entre les épargnants, les jeunes entreprises et les associations. Il soutient le développement et la croissance de nos départements, de façon simple et lisible. Malgré sa grande simplicité, nous pensons qu’il préfigure les produits d’épargne de demain par le sens et l’efficacité qu’il donne à l’épargne…
J’ai eu le plaisir de réaliser quelques vidéos avec Eric Delannoye, Vice-président de Weave, qui est notre partenaire dans la création de KWIXO notamment. La vidéo publiée ici est consacrée aux banques coopératives et à l’innovation. L’organisation des coopératives, qui associe les clients à leur Gouvernance, qui est responsabilisante et décentralisée, est particulièrement propice à l’innovation. Le mutualisme est la première forme de communauté au service des projets locaux et solidaires. Les réseaux sociaux permettent “d’augmenter” le réseau physique local entre les personnes, réseau qui est justement le fondement de la coopération. Les usages d’Internet développement de plus en plus des communautés de nature à renforcer le lien de proximité. Les agences bancaires qui réalisent des sites et des blogs valorisent et renforcent ce lien local.
Nous sommes de plus en plus nombreux à attendre des entreprises qu’elles prennent davantage en compte dans leur management et leur gestion les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Aussi, on s’attendrait à ce que les fonds d’Investissement Socialement Responsable (ISR), justement constitués sur ces critères, connaissent un fort engouement. Or leur succès est encore modeste (*) et c’est dommage. Toutes les banques proposent pourtant des fonds ISR à leurs clients. Elles ont fait du boulot, sélectionné, assemblé, étiqueté. Mais ces produits nombreux, parfois compliqués, sont le plus souvent « posés sur les étagères » à côté ou au milieu des autres. Nous pensons que cette difficulté d’accès et, surtout, cette banalisation ne respectent ni la puissance de ces produits, ni la démarche de ceux qui y souscrivent. Ils méritent mieux…
Leur puissance d’abord. J’en ai pris conscience en échangeant avec des spécialistes du réchauffement climatique, en particulier Jean Jouzel (médaille d’or du CNRS, membre du GIEC – prix Nobel de la Paix 2007 –) pour qui l’ISR est le moyen le plus efficace de réduire les effets de l’activité humaine sur le climat. Cette affirmation m’a fait réfléchir. Si tous les épargnants se montrent exigeants, les pratiques dans le Monde entier vont changer, plus que par la décision d’un Etat ou une hypothétique résolution internationale de toute façon « facultative ». Les actionnaires peuvent peser bien plus lourd…
Notre démarche ensuite. Selon la pionnière de l’ISR en France, Sœur Nicole Reille, « il n’y a pas de placement pur; l’investissement éthique, c’est surtout de faire passer des idées ! ». Cela signifie que la souscription à l’ISR n’est pas la souscription d’un produit, mais la souscription à une démarche d’exigence. Cela veut dire que l’investisseur ISR ne cherche pas un portefeuille d’entreprises parfaites, mais veut inciter à progresser celles qui ont intégré les critères de durabilité dans leurs décisions de gestion, qui agissent déjà mieux que les autres et qui s’améliorent. Il veut les pousser à aller plus avant !
Au regard de ces deux convictions de puissance et d’exigence, celui ou celle qui choisit l’ISR est au-delà de l’investissement dans une démarche extra-financière. Il veut que la sélection des valeurs, la gestion, les contrôles, respectent les règles techniques, mais respectent aussi son éthique. Il a besoin de savoir que son interlocuteur est sincère et adhère au même mouvement. Voilà pourquoi, après échanges avec Kam, Léo et quelques autres, nous avons décidé de créer un lieu pour ces fonds ISR. Un espace spécialisé, un espace où l’on puisse acheter ces produits, mais surtout, où l’on puisse en parler, où l’on puisse s’informer, où l’on puisse se rencontrer et échanger. Kam et Léo, c’est ça. C’est une boutique et un forum ouverts à ceux qui veulent investir responsable, les yeux grands ouverts…
« Les vertus privées font les mœurs publiques ». Ces paroles de Phocion renvoient nos indignations, révoltes, impatiences, à nos propres responsabilités. J’ai toujours été fasciné par les femmes et les hommes qui, confrontés à des changements inédits de leur environnement, la guerre, l’occupation, les idéologies dangereuses, ont trouvé la force et l’énergie pour agir, résister, et finalement corriger les faux-pas de l’histoire. Certains sont devenus des héros ; l’immense majorité n’a pas laissé de trace dans les livres. Qu’importe ! Ils ont témoigné de l’essentiel : des gens ordinaires peuvent, par leurs vertus privées, marquer profondément les mœurs publiques. L’ISR est dans ce domaine un formidable espace à conquérir. Il cherche encore ses pionniers…. A nous d’agir !
Participez à la Conférence de Lancement, jeudi 13 octobre, à 17 heures…
(*) Selon les chiffres de Novethic (avril 2011), les fonds ISR, en forte progression, pèsent en France 68 Milliards d’euros, soit 2,6% des fonds gérés. 30% sont détenus par des particuliers, dont près de la moitié au travers de l’épargne salariale. 1 Euro sur 6 d’épargne salariale est placé en ISR. Les placements directs des français restent donc marginaux.
Les historiens appelleront peut-être ces dernières années « l’âge de la dette ». L’Occident a perdu peu à peu beaucoup de productions, mais aussi d’avances technologiques. Il a maintenu son mode de vie grâce à la croissance des autres, à leurs capitaux, et découvre sa dépendance financière. Quel que soit le nouveau paysage qui va naître maintenant, cet âge de la dette est révolu. Et le grand défi qui est devant nous est de retrouver l’énergie, l’agilité, la volonté, disons aussi les qualités intérieures, nécessaires pour engager une ère nouvelle. Nous le pouvons, et nous savons qu’il va falloir résolument penser sur la durée.
Devant cette crise de la dette, la zone Euro n’est pas plus mal que les USA ou la Grande Bretagne. Mais elle focalise toutes les peurs. Pourquoi ? Parce que cette belle cité de l’Euro, faite de l’enthousiasme des uns et des réticences d’autres, n’a pas prévu ses hôpitaux. Entendez qu’elle est démunie devant les blessures grecques, portugaises, irlandaises, si bien que le reste du monde ne la croit pas capable d’éviter la contagion : Italie, Espagne, Belgique sont dégradées ou mises en observation par les agences de notation. Je l’ai dit, je ne crois pas au scénario noir parce que l’Europe a globalement les moyens d’enrayer cette spirale infernale, et que les citoyens de l’Euro ont des ressources. Il va falloir mieux leur expliquer, les solliciter davantage, et pas seulement par la pression fiscale. Il faut faire vite, arrêter les demi-mesures qui alimentent plus les peurs que la confiance, et donner un signal très fort, déterminé. On n’éteint pas un incendie au compte-goutte…
Les banques et les assurances qui, partout, de tout temps, portent la dette de leurs Etats ne sont pas à l’origine de cette crise. Mais leurs actifs seront menacés tant que les Etats n’auront pas traité leur mal, je veux dire leur endettement. C’est aux Etats de rétablir la confiance. Sans confiance dans les Etats, pas de confiance dans leurs banques. Difficile d’entendre dans le brouhaha cette vérité qui est plus gênante que de montrer du doigt le créancier, coupable comme toujours. Comment faire entendre que lors de la crise de 2007, les grandes banques françaises n’ont pas reçu un Euro d’aide publique, mais ont payé cher l’avance faite par l’Etat ? Que si les grandes banques cotées sont observées à la loupe, le cours de leurs actions quotidiennement commenté, les autres ne sont pas moins exposées et portent naturellement aussi la dette des Etats ? Que les banques ne jouent pas avec l’argent de leurs clients ? La vérité est que chaque Euro collecté ici, dans le bilan de Pyrénées Gascogne, sert au financement des clients de Pyrénées Gascogne. Que l’argent des clients reste ici, est investi ici. Que celui qui est placé en Assurances-vie ou SICAV est investi pour les clients et ne sert pas à autre chose. Que les fameuses activités de marché, si décriées, ne sont pas financées avec l’argent des clients mais par des capitaux empruntés sur les marchés.
Je crois que l’ère de la dette se referme. Les immenses pipe-lines qui transportaient les flux de capitaux vont sinon se tarir, du moins voir leur débit réduit. Les excès de la financiarisation vont se résorber. L’argent plus rare va nous imposer plus de choix. La valeur-ajoutée des manufactures, de la production agricole et industrielle va revenir en tête des préoccupations parce que nous avons besoin de créer plus de richesse. Et tout ce qui va être plus local, plus durable, plus « circuit court », va devenir plus important parce que nos sociétés déjà préoccupées de réduire leur dépendance alimentaire et énergétique, doivent maintenant réduire leur dépendance financière.
Pyrénées Gascogne travaille dans ce sens depuis plusieurs années. Notre projet, parfois mal compris, est un projet puissant et porté par une forte volonté interne, largement partagée :
1/ Nous croyons à la banque coopérative, concrètement. Nous sommes au service du territoire, nous servons tous partout, et nous savons que notre destin et celui de notre territoire sont définitivement liés. Nos clients sont représentés par leurs élus dans la gouvernance de la banque. Chaque voix compte. Chaque client a droit au respect et au conseil qui répond à ses intérêts. Nous ne comptons pas les produits vendus, mais mesurons deux fois par an la satisfaction de nos clients.
2/ Nous croyons à l’investissement localement responsable. Nous affirmons que notre cœur de mission, notre cœur de métier, c’est de financer ici les projets de nos clients, en mobilisant l’argent que les épargnants d’ici nous confient. L’argent des uns sert les projets des autres. Nous avons inventé ici, à Pyrénées Gascogne, le Livret sociétaire dont toute l’épargne collectée est exclusivement consacrée à financer les jeunes entreprises de Béarn, Pays Basque, Bigorre et Gascogne. Ainsi, par leur épargne, nos clients soutiennent la création d’entreprises et d’emplois, ici.
3/ Nous croyons au lien solidaire local. Parce que le territoire se développe aussi par son tissu associatif. Nous soutenons chaque année plus de 500 associations d’ici. Nous avons inventé ici la carte sociétaire qui permet depuis 5 ans de les aider. Nous avons créé cette année le Tookets, monnaie solidaire, qui encourage les entreprises à aider les associations choisies par leurs salariés ou clients. Nous avons participé à la création de Fonds de soutien des entreprises à la banque alimentaire, sommes partenaires de www.babyloan.org, d’Habitat et Humanisme…
4/ Nous croyons que les @-usages peuvent porter plus haut toutes ces valeurs. Nos sites d’agences et d’experts en témoignent. Mais aussi notre banque en ligne www.tookam.com, la première à utiliser les réseaux sociaux et le Tchat pour dialoguer avec ses clients, et dans quelques heures www.kametleo.com, construite sur un modèle tout aussi ouvert, et qui sera la première banque à proposer exclusivement des produits d’épargne ISR (Investissement Socialement responsable). La première banque bio en quelque sorte.
Je salue ici le boulot des 900 élus et 1.600 collaborateurs du Crédit agricole Pyrénées Gascogne qui construisent ensemble, en dialogue avec les clients, la banque coopérative de cette nouvelle ère. Ils n’ont pas fini…
Avec Jean-Claude Rigaud, Président du Crédit agricole Pyrénées Gascogne, nous réunissons depuis une semaine les clients du territoire pour échanger sur la crise de la dette. Pourquoi cette crise ? Pourquoi la zone Euro est-elle si observée ? Quelles conséquences pour les banques, les assurances et leurs clients ? Comment va-t-on en sortir ? Partout beaucoup d’intérêt, d’attention, et, malgré l’intensité médiatique de la crise, beaucoup de confiance… Personne dans le fond ne veut, ne peut, croire au scenario noir qui hante depuis plusieurs semaines les marchés financiers. Il y a de l’inquiétude, certes, mais aussi et surtout de la confiance dans la capacité des pays de la zone Euro à trouver des solutions crédibles. Prochaines rencontre dimanche matin à Auch et l’après-midi à Tarbes…
Hier, le Parlement allemand a voté avec une large majorité le renforcement du Fonds de secours européen (FESF). C’est un grand pas, c’est un message fort. Bien sûr, cela ne suffit pas. Il faut encore la ratification des Pays-Bas, de Malte, de la Slovaquie, il faut que la fameuse « troïka » constate sur pièce l’efficacité des mesures prises par la Grèce, il faut le feu vert de « l’Eurogroupe » le 13 octobre, il faut préciser (donc s’accorder sur) les modalités d’utilisation du Fonds de secours, il faut encore beaucoup de travail et trancher entre les différentes solutions avancées ici ou là. On le sait, on le voit, le chemin est encore long et semé d’obstacles. Mais l’essentiel est de faire mouvement, ce n’est pas tant d’arriver au but que de dire qu’on y va, ensemble. C’est de donner des preuves de la volonté de tout faire pour assurer la cohésion de la zone et sa solidarité. A chaque pas, c’est un peu plus de confiance, et la confiance se gagnera sur la durée, ce ne peut être autrement…
Et pendant que ces petits pas se font, il faut préparer la vie de demain. On sait qu’il y aura peu de croissance, que la dette pèsera longtemps sur les épaules des occidentaux et du monde, que l’Etat providence doit replier sa grande voile, qu’une page se tourne et qu’une autre est à écrire. Ici, à Pyrénées Gascogne, nous continuons de préparer la banque coopérative de demain. Elle se lit déjà dans l’éthique et le respect du client, dans la prise en compte rapide et attentive de ses demandes, dans la responsabilité du conseil. Elle se lit aussi dans les nouveaux services.
- Tookam, banque en ligne solidaire utilisant les réseaux sociaux,
- Tookets, monnaie solidaire qui encourage l’aide d’entreprises aux associations, clients ou salariés décidant des bénéficiaires des dons,
- Livret Sociétaire, un livret au capital garanti, dont les fonds sont utilisés exclusivement pour financer les jeunes entreprises du territoire, et qui produit des Tookets,
- KametLéo, le dernier né, le premier site de souscription en ligne de Fonds Socialement Responsables (ISR), à découvrir dans moins de 15 jours.
- Kwixo, le mode de paiement facile entre amis ou sur les sites marchands, sur votre micro ou sur votre portable…
- Nous préparons aussi des sites communautaires d’Epargne mais aussi de Crédit aux jeunes porteurs de projets… on en reparlera…
- Et bientôt encore, des améliorations dans les sites relationnels, animés par les professionnels de la banque et par les conseillers des agences, pour les rendre plus accessibles…
La banque coopérative, je la vois comme ça, plus proche des gens encore, plus innovante encore, plus attachée encore au développement du territoire, favorisant les circuits courts entre épargnants et emprunteurs, donnant à voir plus clairement son mode de fonctionnement et ses actions, appuyant la solidarité de proximité, renforçant le lien local par les usages du net, donnant toute sa place au client dans sa gouvernance, le rendant davantage acteur de ses actions… Le mutualisme a de l’avenir, comme le bon sens d’ailleurs…







