La crise est largement commentée dans les médias : informations, analyses, prises de positions parfois bien tranchées s’y bousculent. Devant la multitude des avis et opinions, d’énoncés de vérités et de contre-vérités, de propos qui vont des plus pessimistes aux plus rassurants, de solutions qui en sont et d’autres qui n’en sont pas, le commun des mortels a bien du mal à faire le tri. Il lui reste à s’inquiéter, et il est vain de tenter de faire entendre sa voix dans le tumulte.

A Pyrénées Gascogne, le Président Jean-Claude Rigaud et moi-même avons décidé de prendre la route, et d’aller à la rencontre « in live » de ceux qui le souhaitent pour répondre à leurs questions. Il s’agit pour chacun de son épargne et de ses projets, et cela mérite d’y consacrer l’attention et le temps qu’il faut.

En agissant ainsi, nous appliquons les principes fondateurs des banques coopératives et mutualistes : chaque personne est importante et mérite le respect, chaque voix compte, l’échange et le débat sont indispensables à la bonne conduite de l’entreprise. Si le Crédit agricole est décentralisé, avec des banques régionales, de taille humaine, proches du terrain et de ceux qui y vivent, c’est justement pour faciliter cet échange direct et pour être là quand il y a des questions. Cette proximité compte plus à notre avis pour une relation de confiance que les chiffres et ratios. Et nous parlerons bien sûr, aussi, des chiffres et des ratios !

Ce soir samedi 24 septembre nous serons à Julos (65), dimanche 25 le matin à Salies de Béarn (64), le soir à Bayonne (64), puis mardi 27 à Bidos (64), mercredi 28  à Pau (64), dimanche 2 octobre à Auch (32) le matin et le soir à Tarbes (64). Lieux et horaires sont ici…

Bien sûr, j’avais entendu les railleurs. Un journaliste de TV qui se met à chanter !… « Rien ne les arrête ! » Comme si un banquier devenait blogueur, ridicule ! C’est donc avec un brin de suspicion que j’ai assisté au concert que Christophe Hondelatte a donné ce dimanche à Pau, Parc des expos. Il avait accepté amicalement et spontanément de parrainer la deuxième édition de Clap Patrimoine, et offrait ce concert en cadeau. Je le souligne, parce que c’est vrai : y’a encore des gens comme ça…

Alors ce concert ? En plein air, sous la pluie… Il a chanté, comme si de rien n’était. Et les gens ne sont pas partis. Ils se sont mis à l’abri ici ou là, dispersés, ils étaient là, jusqu’à la fin. Et ils l’ont rappelé. Je me suis laissé prendre par ses chansons, qu’elles soient de lui ou d’autres, bien séquencées, rythmées, travaillées… Du travail de pro, oui, mais aussi de l’émotion, du plaisir, de la bonne musique. En clair, c’est vraiment bien et vraiment bon. Il y a du fond, de l’unité, de la conviction…

Sa première chanson déroute, dérange… Christophe Hondelatte provoque le public, les fausses blondes, les boutons sur le nez, les barbes mal lavées, les ventres encombrants, la ménagerie humaine… Il nous montre du doigt ! Chacun se reconnait et on croit qu’il dénonce… Il reprend sa chanson, la même, en fin de récital. Et là, miracle, la chanson passe, naturellement, amicalement, astucieusement. Entre les deux, qu’est-ce qui a changé ? Nous ! Au fil du récital, l’humanité s’impose, l’homme est en ébauche, imparfait, on l’accepte, on s’y fait. On l’aime comme il est. Ce récital est un voyage en humanité. J’ai pensé à Nougaro, souvent, intensément. J’ai pensé à Brel aussi. Ce n’est pas qu’il leur ressemble, mais c’est qu’il transpire, comme eux, la générosité, le sens des mots, le sens du drame, et plus simplement, l’attention de l’artisan qui respecte son public.

Peu de sites ont « chroniqué » sur ce nouveau chanteur. Un non-événement ? Il faudra du temps sans doute pour oublier le journaliste, l’homme public, pour se libérer de cette «image» et écouter, sans a priori, l’homme, le chanteur. Je dis simplement que si Christophe Hondelatte, 48 ans, professeur des écoles ou viticulteur, sortait de l’ombre pour nous servir ce spectacle, tout Paris en serait « fada ». Son dernier titre est ici, sur FaceBook, et il est gratuit. Ça aussi, c’est différent…

«L’Europe, quel numéro de téléphone ?, cette boutade prononcée en 1970 par Henri KISSINGER, ancien secrétaire d’Etat américain, reprend, à 41 ans d’intervalle, tout son sens. Si la crise de l’endettement public dans laquelle se débat aujourd’hui l’Europe est bien un nouvel avatar de la crise de 2007-2008, elle prend une acuité  accrue par la faiblesse avérée de la gouvernance européenne. On peut accuser les marchés « d’exubérance irrationnelle », mais dans le cas présent, ils semblent, au contraire, très rationnels, en ne faisant que pointer la faiblesse de la gouvernance économique européenne et son incapacité à prendre les mesures correctives à la hauteur des enjeux. Tous les discours lénifiants sur la solidarité européenne publiés de réunion en réunion des dirigeants politiques n’arrivent pas à masquer les divergences de fond ni les difficultés à harmoniser les politiques. Seule la mise en place d’un exécutif fédéral disposant de réels pouvoirs économiques et budgétaires, à l’instar de ce qui a été fait en matière de monnaie unique et de politique monétaire, sera de nature à restaurer la confiance. Observons d’ailleurs, que ce type de gouvernance porte ses fruits. En effet, la politique monétaire menée par la BCE, à l’échelle de l’U.E.M., sous l’autorité de son Président, Jean-Claude TRICHET, a parfaitement rempli sa mission de maintien de la stabilité monétaire avec une inflation moyenne de 1,5%  depuis la création de la zone Euro. Dans l’attente, les marchés continueront de « jouer » l’éclatement de l’Europe car ce qui « se lit »  en creux dans les discours de convenance, c’est un refus des pays du « Nord » de continuer à soutenir les pays du « Club Med ». Si l’irresponsabilité des politiques économiques et budgétaires de certains pays mérite d’être pointée et corrigée, on peut s’interroger sur la pertinence d’une solution d’éclatement de l’Europe, comme solution au problème. Le remède risque d’être pire que le mal, y compris pour les pays du Nord. L’éclatement de l’UEM aurait des conséquences dévastatrices pour les pays du Sud les plus exposés mais ne manquerait pas d’entraîner dans leur sillage les pays du Sud de taille plus importante comme l’Espagne et l’Italie, voire la France. Autant dire que le système bancaire et financier, dans un tel scénario catastrophe, subirait un choc de nature à fortement le déstabiliser même si aujourd’hui sa solidité financière est en mesure d’absorber des défauts partiels sur la dette des plus petits états d’Europe , non sans impact, mais sans conséquence vitale. Même l’Allemagne, dans un tel scénario ne serait pas épargnée par une mise en grande difficulté de son système bancaire.

L’Europe ne peut qu’en sortir par le haut, en mettant en place de façon rapide, une véritable gouvernance économique fédérale capable d’imposer les réformes qui doivent être mises en oeuvre et accessoirement en émettant des euro-obligations pour stabiliser et uniformiser les taux d’intérêt à long terme. L’Europe est condamnée à s’unir davantage, à accepter de perdre un peu de la souveraineté de chaque nation au profit du fédéral, à agir et à parler d’une seule voix pour être efficace. C’est l’unité ou la crise systémique, ce dont l’Europe ne se relèverait pas.

Les fins de semaines se suivent et se ressemblent : les divergences persistent en Europe entre pays du Nord et pays du Sud. Et on redoute une Europe du “chacun pour soi”. Ainsi s’ancre cette incertitude que les marchés financiers ont en horreur. Par temps de grand brouillard, ils lèvent le pied. Ils ne s’alignent pas sur le scénario du plus probable, mais sur celui du pire. Ils ont peur et font peur. Alors, le pire, même hautement improbable, hante les esprits parce qu’il est simplement possible. Quand la confiance ne suffit plus, il faut des certitudes, et il devient urgent de décider…

Si les craintes se cristallisent sur les banques, c’est parce qu’elles auraient à payer leur tribut au naufrage de l’Europe. Leur dégringolade en bourse n’est que la traduction financière du scénario du pire. Et toutes les banques d’Europe sont concernées par ce risque, y compris celles du Nord, y compris les banques non cotées dont on parle peu, moins surveillées que les autres et de façon générale moins capitalisées.

Qui peut imaginer que les Gouvernants puissent laisser le système bancaire s’effondrer tout en continuant leurs “échanges cordiaux et constructifs” ? Est-il besoin d’être économiste pour comprendre qu’ils ont tout à y perdre, tous ? Voilà pourquoi le scénario du pire ne se réalisera pas. Et voilà pourquoi, au lieu de demander aux Etats de prendre le contrôle des banques – comme on l’entend dire ici ou là – il faut leur demander de prendre le contrôle de la situation. En clair, qu’ils préviennent aujourd’hui les défauts plutôt qu’avoir à les gérer demain, et que chacun fasse son boulot…

On comprend que les pays du Nord ne veuillent pas payer pour les “cigales”, et ils ont certainement raison de mettre les pays qui n’ont pas respecté le pacte initial devant leurs responsabilités. Mais ils savent aussi qu’ils disposent maintenant de marchés dans ces pays, que l’espace Euro leur est favorable, et qu’ils paieraient cher une désolidarisation qui tournerait vite à la désunion. Le scénario du pire ne se réalisera donc pas, parce que la raison s’y oppose.

Pour que les Etats rassurent sur leurs intentions, il doivent adopter une expression de solidarité claire, précise, juste, qui apporte aux pays en difficulté l’oxygène dont ils ont besoin (des capitaux à prix supportable) tout en maintenant une exigence forte sur les mesures budgétaires nécessaires. La réponse doit être mutualiste :-) : assez de part commune pour solidariser et soutenir, assez de responsabilité pour inciter chacun à bien gérer son pays.

L’émission d’obligations européennes est une voie. L’économiste Jacques Delpla montre que de telles obligations, émises solidairement et couvrant pour partie la dette publique de chaque pays, permettraient même aux plus riches de se refinancer moins cher. On pourrait donc aider ensemble les pays du Sud tout en préservant les performances de ceux du Nord. Parce que nécessité fait loi, ce scénario est le plus probable.

En actant le “défaut partiel” de la Grèce, les pays de l’Euro ont montré qu’ils étaient “partiellement solidaires”. On nous a dit que le traitement grec resterait exceptionnel, mais qui peut penser que l’on fera pour d’autres ce qu’on n’a pas fait pour la Grèce ? La désolidarisation est donc consacrée, ce qui satisfait (à court-terme) les Etats du Nord. Mais ce compromis se révèle explosif parce que les spectateurs de ce “renoncement partiel” restent “partiellement convaincus” et redoutent de nouveaux défauts. Constatons que tous les pays sont affectés par cette incertitude et qu’il faut donc corriger le message implicite du compromis grec pour en établir un autre. Reconnaissons que si la situation de l’Etat californien, lourdement endetté, n’est pas un sujet, c’est bien parce qu’il existe aux USA une dette fédérale sécurisante…

Il faut maintenant qu’une autorité morale s’exprime à plusieurs voix, que quelques dirigeants tapent fort sur la table pour ramener tous au réalisme, en regardant plus loin que les prochaines échéances, financières ou électorales. J’attends comme beaucoup qu’une telle autorité s’exprime (Ce sera quand ? Ce sera où ?)… Oui, il faudrait débattre. Oui, il faudrait voter. Mais “nous sommes en guerre”. C’est aux Gouvernants d’assumer des choix face à l’histoire. Les Européens, divisés sur la dette, vont-ils renoncer sous la pression à ce qu’ils ont mis tant de temps à construire ? Vont-ils oublier qu’au-delà de la seule sphère économique, il s’agit aussi de garantir la paix ? Ce n’est quand même pas un détail !

Un élève qui a 18/20 à chaque devoir et qui passe subitement à 17/20, cela peut surprendre. Mais qui le trouverait moins performant que celui qui a 12/20 en permanence ? C’est pourtant ce scénario bizarre qui nous est proposé depuis que l’agence Moody’s a dégradé la note de banques françaises. Cette dégradation n’est pas une surprise puisque leur note était sous surveillance depuis le début de la crise grecque. Elle est pourtant très largement médiatisée…

Je lis sur plusieurs sites que les « petites banques », ou les banques non exposées aux projecteurs des médias enregistreraient des ouvertures de comptes d’épargnants souhaitant sécuriser leurs avoirs. Ce « réflexe » mérite quand même quelques réflexions, car ce qui compte le plus, redisons-le, ce n’est pas la dégradation, mais bien la note elle-même. Précisons les choses :

1/ Les banques cotées sont sous le feu des projecteurs, ce qui ne veut pas dire que celles qui ne sont pas cotées soient plus solides. Elles sont simplement moins observées. Mais elles ont aussi un bilan et dans ce bilan de la dette publique comme les autres. Pourtant, on n’en parle pas… Elles ne sont pas passées chaque jour au crible des analystes. Elles donnent moins d’informations puisqu’on ne leur en demande pas. Il faut rappeler que les marchés financiers ont certes beaucoup de défauts, mais ont le mérite d’exiger des sociétés qui s’y soumettent des informations régulières et précises sur leur bilan et leurs activités. Donc, elles disent, on sait, on juge, on voit…

2/ Une bonne façon de mesurer la solidité de la banque pour les épargnants n’est pas d’écouter les discours des dirigeants pour qui, en général, tout va toujours très bien, mais de se fier aux notes que ces fameuses agences de notation accordent aux unes ou aux autres. Le résultat pour Moody’s donne Crédit agricole et BNPP avec Aa2 en tête toutes catégories (il les classe parmi les banques les plus solides d’Europe, juste derrière Rabobank et Crédit Suisse), viennent derrière la Banque Populaire, les Caisses d’Epargne, la Société Générale et le Crédit Mutuel CIC avec Aa3. Ceci, après cette fameuse dégradation dont on nous parle matin et soir !

Contact

Exprimez-vous !

HEBDO+

Catégories
Catégories

www.lefil.com

Les Experts PG Page Facebook Suivez-nous sur Twitter YouTube
Tous les blogs d'experts