POUR QUI L’AMENDE ?

Bien sûr, c’est de la fiction ! Mais une telle sanction ne serait-elle pas légitime ? Le serait-elle moins que celle qui menace la banque française BNP Paribas dans le dossier des financements considérés par la justice américaine comme enfreignant les règles sur l’embargo ? L’évènement suscite bien des questions : Qui décide ? Sur quelles bases ? Pourquoi ce montant ? Où s’arrêtera l’inflation de condamnations ?…

Après tout, pourquoi ni les banques US, ni les assureurs, ni les agences de notation, ni les Etats-Unis eux-mêmes n’ont-ils été sanctionnés par les Européens pour les crédits consentis à leurs clients insolvables ? La légèreté avec laquelle les banques américaines ont distribué ces prêts, provoquant un séisme financier mondial, n’aurait-elle pas dû leur être reprochée ? Si, bien sûr ! Alors, pourquoi ne l’a-t-on pas fait ? On m’opposera que les banques européennes n’étaient pas obligées d’acheter ces produits et doivent assumer leurs responsabilités. Oui ! Mais les consommateurs qui ont acheté de la vache folle, des anchois à l’huile frelatée ou des lasagnes à la viande de cheval sont-ils jugés responsables ? Je crois que la vérité est ailleurs, dans la frilosité de l’Europe, en mal de vision et d’unité, qui ne parvient pas encore à défendre ses propres intérêts.

Qui va payer les pots cassé ? La banque, ses actionnaires, bien sûr, et nous tous… Car, nous aussi, contribuables français, paierons notre part. Pourquoi ? Parce que si la banque fait moins de résultats, elle paiera moins d’impôt, et si elle paie moins d’impôt, l’Etat devra réduire ses dépenses ou augmenter ses prélèvements à due concurrence. Curieusement, les observateurs minimisent cette dimension, au prétexte que « cette charge n’est pas forcément déductible ». La belle affaire ! Les milliards qui partent à l’Ouest ne produiront plus ici, mais là-bas ! C’est une perte pour la France et pour l’Europe ! Pourquoi refuse-t-on de voir, de dire, que la banque, comme toute activité économique, contribue à la richesse nationale, au niveau de vie de tous ?

D’où la question : Qui défend les banques européennes ? Pas les citoyens à qui leurs banques ont été désignées comme responsables de tous leurs maux. Pas les régulateurs qui ne cessent de les soumettre à des contraintes plus pressantes que celles imposées à leurs homologues américaines. Surtout pas les Etats-Unis, qui au nom des embargos, de l’évasion fiscale ou de tel ou tel comportement, investiguent, taxent, prélèvent, décident eux-mêmes de l’ardoise, et se servent !

La mobilisation du Gouvernement sur cette affaire marque un changement. Prendre la défense d’une banque n’est ni habituel ni populaire et demande du courage politique. Or, les réactions à cette contre-offensive semblent montrer que l’opinion prend conscience des enjeux, de l’importance des banques dans l’économie du pays. C’est une bonne nouvelle tant il est clair que la solidité et l’action des établissements financiers déterminent pour beaucoup le dynamisme des autres secteurs d’activité et la santé des finances publiques. Tant il est clair aussi que nos banques sont soumises à des appétits étrangers, et que tout ce qui les fragilise est pour leurs concurrents une aubaine dont ils seraient fous de ne pas profiter. Et pendant que nous célébrons, la main sur le cœur, la belle entente d’il y a 70 ans, les affaires continuent…

Des liens sur le sujet avec :
Georges Ugeux dans cet article du Monde.
Anne Michel dans le Monde Economie.
Christian Chavagneux dans Alternatives économiques
Jean-Baptiste Giraud dans Economie matin
Laurent Martinet dans L’Expansion

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Commentaires (3)

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  1. CalleDeval@gmail.com dit :

    La BNP paiera son amende (entre autre pour pouvoir continuer à gagner de l’argent sur les marchés américains).
    La BNP a négocié avec l’Iran, le Soudan et Cuba pour satisfaire ses clients et gagner de l’argent. Ils n’ont aucune excuse, ils savaient qu’ils étaient en infraction. Ils doivent être sanctionnés. Une sanction juste, bien sur.
    Mais arrêtons de nous offusquer lorsque ses événements arrivent.
    Découvrez-vous maintenant que l’Europe économique est à la botte de l’Amérique du nord ?
    La contrepartie, amende de 178 milliards aux banques américaines, est justifiée, mais cest en effet un pastiche, hors toute réalité.

  2. Jean PHILIPPE dit :

    Merci CalleDeval de votre message.

    Vous remarquerez que je ne me prononce pas du tout sur le fond de l’affaire. Je m’en garderais bien ! Ce genre de dossier est éminemment complexe, je n’en connais rien d’autre que ce que la presse en dit, donc je n’en connais rien.

    Vous noterez aussi que je ne m’offusque pas de la sanction. Ce n’est pas mon propos.

    Tout est dans vos deux dernières lignes : les sanctions se multiplient et sont à sens unique. Voilà mon propos. On peut dire bien sûr que l’Europe est « à la botte » et en conclure que tout est donc normal. On peut aussi avoir la prétention de penser qu’il n’y a aucune raison pour qu’il en soit éternellement ainsi. Et là, c’est mon propos…

  3. un lecteur dit :

    Là où je rejoins jean Philippe, c’est que oui effectivement l’Europe est « à la botte » et la bnp n’invente rien ( ça fait longtemps qu’on invente plus rien en france, si j’ose une pointe de cynisme ) Et pourtant ce sont souvent les français ( les européens ) qui passons à la casserole ( pardonnez l’expression )

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