REBOUSSOLEZ !

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS par sur 14 août 2011 3 Commentaires

La formule n’est pas de moi, mais de l’économiste Christian De Boissieu : « Les marchés sont déboussolés, il faut les « reboussoler » ! ». Cela demande de regarder froidement et lucidement la situation, de l’expliquer telle qu’elle est, et de dire comment, avec des mesures et des dates, on va appliquer les remèdes nécessaires. La situation, ce dimanche soir, est finalement (hélas !) assez simple :

1/ Il y a un vrai problème. Beaucoup de pays d’Europe, et la France en fait partie, ont accumulé année après année un endettement excessif, et continuent de creuser le déficit. On peut vivre à crédit, mais il y des limites. Et quand les prêteurs se mettent à douter, c’est que le plafond est atteint. Dans un Etat, comme dans une famille, il faut alors faire ses comptes et regarder comment sortir de l’ornière. Quand la croissance ne parvient plus à payer les intérêts de la dette, alors le créancier s’inquiète et c’est normal. Or les derniers chiffres montrent que l’activité économique dans le monde, en Europe, en France, ne connait pas le regain attendu. Première évidence, il faut expliquer à ses créanciers quel est son plan pour en sortir dans un contexte de croissance quasi-nulle.

2/ Il n’y a pas de « complot ». Les marchés peuvent connaître des excès, ils peuvent « sur-réagir », mais ils nous renvoient la crainte des investisseurs, des préteurs, ceux qui nous ont fait confiance en nous prêtant leur argent. Nous avons besoin d’eux, et il n’est pas bon qu’ils doutent. Or, ils doutent. Ils ne demandent qu’à être rassurés, et comme tout prêteur ils disent : « Expliquez-nous comment vous allez nous rembourser et nous vous prêterons ! ». Et les agences de notation font leur métier. Elles mesurent, elles notent, elles alertent. On peut légitimement dire qu’elles ont parfois failli, mais on ne peut pas se cacher derrière leur critique et leur mise en cause pour nier les problèmes. Les problèmes existent et les faits sont têtus.

3/ La solidarité européenne a ses limites. Les pays du Nord, plus vertueux en gestion budgétaire, plus productifs aussi, veulent garder l’Euro, mais ne veulent pas payer pour les autres. Là aussi, ceux qui dénoncent leur « égoïsme » volent-ils au secours du voisin qui vit au dessus de ses moyens ? Et la crainte de devoir alimenter un « puits sans fond » n’est pas injustifiée. La France elle-même, chantre de cette solidarité, vient de toucher du doigt ce risque. Il faut donc soutenir tout en responsabilisant, car la seule réponse durable est dans chaque gestion domestique.  La rencontre France – Allemagne de mardi nous éclairera sur l’état de la solidarité européenne. Je vous renvoie ici à un article de Jacques Delpla publié sur le site de l’Institut Turgot.

4/ Les banques sont solidaires des Etats. C’est ainsi depuis toujours. Qui reprochera aux banques de financer leur « souverain » ? Il n’y a pas de banque forte sans un souverain fort, et il n’y a pas de souverain fort sans banques fortes. L’histoire et la réalité donnent tort à ceux qui les opposent. Il est essentiel que la France, qui dispose de banques solides, agisse pour renforcer encore cet avantage. Le Crédit agricole a décidé, tirant les leçons de la crise des subprimes, de réduire considérablement ses activités de marchés pour se concentrer sur le financement des particuliers et des entreprises. Ce cap est sécurisant pour les épargnants, et nous affrontons cette nouvelle crise avec confiance.

5/ Les citoyens sont concernés.  Je rencontre beaucoup de gens qui souhaitent comprendre et qui souhaitent agir. Oui, il y a beaucoup de citoyens qui veulent agir, qui aiment la France, l’Europe, et sont désolés et inquiets de la situation actuelle. Ils voudraient être davantage acteurs. Nous avons tellement pris l’habitude d’un Etat maternel, qui décide et agit pour nous, que nous attendons passivement les nouvelles mesures budgétaires et fiscales. Il faut dire haut et fort que chaque Français qui se lève le matin avec l’envie de se battre, de bosser, de contribuer au redressement du pays, apporte sa « contribution » au règlement du problème. Il faut que, d’une façon ou d’une autre, et au-delà de la contribution fiscale normée, les Français puissent participer chacun à leur niveau au financement de l’Etat. Par exemple par un placement dont la rémunération dépendrait de l’évolution de la dette, voire, serait perdu si la situation l’exigeait.  Beaucoup d’épargnants ont perdu beaucoup plus en quinze jours que ce qu’un effort de cette nature aurait nécessité. Et quoi de plus puissant et de plus visible qu’une expression de volonté populaire ? Eh puis, contrairement aux japonais, nous prêtons peu à notre pays !

Voilà, je ne suis pas un éminent économiste, mais un banquier de terrain qui observe, et réagit… et je comprends qu’on puisse ne pas être d’accord….

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Commentaires (3)

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  1. Christopher dit :

    Malheureusement la réponse franco-allemande manque cruellement d’ambition. Parler de taxation des transactions financières, d’alignement d’IS ou d’interdiction des ventes à découvert n’est en aucune manière une réponse aux risques actuels pesant sur la zone euro.

    Les euros-bonds écartés (ce qui supprimerait une variable d’ajustement entre pays), il ne reste qu’une proposition de règle d’or. Mais les criteres de Maastrich était de la même veine. Les euro-bonds aurait pourtant été intéressant pour financer le budget européen et non des états certains encore trop laxiste. Non à la mutualisation du laxisme.

    Là encore quand les marches vont siffler la fin de la recré, tout le monde va crier au loup.

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