TRANSFORMATION : EST-IL TROP TARD ?

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, INNOVATIONS par sur 31 janvier 2017 0 Commentaire

L’inquiétude est palpable chez les salariés, en particulier les plus jeunes (voir ici les Millennials). Les organisations les plus prestigieuses et les mieux établies seront-elles capables de résister aux nouveaux acteurs ? On peut en douter, tant ces derniers se montrent résolument offensifs et multiplient les initiatives. Qu’il s’agisse de géants du net ou de très jeunes entreprises, ils innovent, changent l’accès aux services, apportent des solutions à des besoins parfois insoupçonnés, mettent de la facilité et de la transparence dans la relation. Bien sûr, certains s’effondrent, mais d’autres surgissent derrière, et le mouvement semble inépuisable. Ils surprennent, intriguent, créent des appétits, nourrissent le buzz, font bouger le marché et, coup après coup, ringardisent les vieux leaders qui ont décidément bien du mal à suivre…

Il ne faut pas chercher dans « l’engourdissement » des doyens une stratégie assumée. Aucun de ces grands groupes historiques ne nie les changements en cours. Il n’est pas de discours qui n’y fasse référence et n’en appelle à la nécessaire transformation numérique. La conscience est prise, et l’intention est là, sincère. Mais alors, pourquoi ne voit-on rien, ou si peu ? Parce qu’entre les intentions et les actes, il y a toutes les entraves forgées par des décennies d’habitudes, de conservatismes, de rouages bureaucratiques. Il en résulte que la plupart des organisations sont soumises à des injonctions paradoxales qui les empêchent de se transformer alors même qu’elles en affirment la volonté :

  • Achevons bien nos gisements ! L’entreprise ne voit pas son marché changer, parce qu’il se transforme trop lentement. Les nouveaux acteurs ? « Ils ne prennent que des miettes ! ». Il suffit de ne pas les compter dans les comparaisons pour constater que, bon an, mal an, les positions sont maintenues. « Ne lâchons pas la proie pour l’ombre ! », « Consolidons notre cœur de métier ! », « Il y a encore des optimisations possibles ! ». Et l’entreprise se dépêche de faire, tête baissée, « comme elle a toujours fait ». « Ça marchait hier, ça marchera demain ! ». Pendant ce temps, l’érosion s’accélère… C’est pourtant dans ces périodes de transformation que les organisations devraient oser changer radicalement leurs services et s’ouvrir à de nouvelles activités.
  • Protégeons notre patrimoine ! Ce patrimoine est partout, immobilier, informatique, culturel, publicitaire, politique. Il nous tient et il a ses gardiens. Pourquoi conserver un système obsolète alors qu’en adopter un plus moderne serait stratégiquement judicieux et économiquement rentable ? Pourquoi ? « Parce qu’il n’est pas amorti ! ». Nous tombons amoureux de nos murs, de nos machines, de nos compétences, de notre marque, de notre organigramme. Le moteur électrique prend du retard parce qu’il faut user les moules à diesel, les énergies propres parce qu’il faut épuiser les centrales nucléaires, le pétrole et ses réservoirs, les logiciels du 20° siècle parce qu’ils fonctionnent encore… Les nouveaux acteurs, qui partent de zéro, ne s’encombrent pas de vieilleries.
  • Soyons forts de nos certitudes ! Si on n’écoute pas, si on ne regarde pas, nous constatons rapidement qu’il ne se passe pas grand-chose. Dès que nos collaborateurs ont compris – ce qu’ils font assez vite – qu’il est inconvenant de nous enquiquiner avec des histoires de menaces concurrentielles, ils ne nous rapportent plus que les victoires, en général rapides et convaincantes. Ces histoires que nous écoutons avec délectation, que nous allons fièrement commenter dans les médias, en taclant au passage ces jeunes freluquets qui prétendent être plus modernes, nous ne nous apercevons pas qu’elles font doucement rigoler les clients éclairés. Puisque ce qu’on refuse de voir n’existe pas, autant s’offrir un peu d’arrogance. Comment faire progresser l’entreprise avec ça ?
  • Méfions-nous des bisounours ! Attention aux doux rêveurs qui croient en un monde de partage, d’entraide, de collaboration. Halte aux excès de bienveillance dans l’entreprise. Gare aux sentimentaux ! Il faut que les chefs s’affirment, que la hiérarchie soit forte et respectée. Discipline et silence dans les rangs ! Et de la déférence pour le chef s’il vous plait ! Le mode de management est déterminant car il permet (ou non) l’expression libre des salariés comme des clients. C’est lui qui ouvre l’entreprise sur le monde, qui l’autorise à modifier ses façons d’être et de faire, à changer de cap quand nécessaire. La vérité est que la transformation numérique exige la transformation de la relation, et qu’il n’y a pas de transformation de la relation sans transformation du management…
  • Montrons que nous innovons ! C’est devenu quasiment obsessionnel. Il faut innover, et vite. Montrer à tous qu’on est dans la course. Réunir au plus tôt les médias pour une belle conférence de presse qui fera exploser aux yeux du monde notre formidable créativité. Mais les clients et les salariés n’attendent pas deux ou trois nouveautés, ils veulent une organisation qui innove. Ils veulent trouver dans toutes les relations avec l’entreprise une relation nouvelle, simple, utile, rapide, efficace. Or, cette organisation innovante ne s’accommodera jamais de lignes hiérarchiques rigides, de contrôles omniprésents et terrifiants, de travail en silos. Comme le développement de toute vie, elle a besoin d’air…

Ce que nous considérons comme un paysage nouveau se dessine en réalité depuis déjà quinze ans. Que de temps perdu ! Et il est légitime de se demander : Est-il encore temps de se transformer ? Peut-être, mais cela devient plus difficile. Il faudrait un électrochoc à grande puissance et, pour cela, reprendre avec une sincérité exigeante chacune de ces 5 injonctions pour les soumettre aux questions. Où en sommes-nous sur chacun de ces freins ? Sommes-nous prêts, dans le fond, à renoncer à ce qui nous empêche d’entrer de plain-pied dans ce monde qui avance, et qui est celui des hommes de 2017 ?

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