TRAVAIL DU FUTUR, PEURS D’AUJOURD’HUI

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, SOCIAL et SOLIDAIRE par sur 23 février 2016 2 Commentaires

futur travail

Au moment où, en France, le projet de réforme du code du travail anime la vie politique et où la douloureuse question du déficit record de l’assurance chômage est en débat, un sujet s’invite : Que va devenir ce que nous appelons « le travail » ?

C’est qu’une étude présentée au récent Forum de Davos prédit la disparition de 5 millions d’emplois d’ici 2020 (7,1 de perdus pour 2,1 de trouvés) ! La cause ? La 4ème révolution industrielle : une large robotisation de l’économie, la connexion des objets, les applications de l’intelligence artificielle ou encore l’usage de machines capables d’apprendre et de s’améliorer elles-mêmes.

L’évolution de la nature du travail et de son organisation et avec elle la montée du chômage et des inégalités devrait, d’après les experts, s’accélérer dans les prochaines années. Dès lors, deux questions s’imposent. La première, celle de la vision : « quels seront les métiers de demain, quelles seront les compétences dont nous aurons besoin, comment les développer aujourd’hui ? ». La seconde, celle de la transition : « Comment gérer les disparitions des anciens emplois, accélérer l’installation des nouveaux, éviter une rupture socialement invivable ? »

Quelles sont les menaces ?

On pense d’abord aux robots, tous plus habiles les uns que les autres. Touchant à tout, ils réussissent mieux que nous à ajuster les pièces, analysent en temps réel le contexte et les variables, et sont capables d’apprendre y compris de leurs erreurs. Certains imaginent même que ces machines, une fois programmées et instruites, pourront se passer de nous. Cette automatisation des tâches détruira inévitablement les emplois manuels, mais aussi intellectuels puisque des experts anticipent des machines aux QI impressionnants (dépassant celui de 95% des Américains !).

Une menace plus grande encore pour le salarié serait, toujours d’avis d’experts, les travailleurs indépendants. Leur nombre s’accroit considérablement avec le chômage et surtout, les plates-formes numériques qui les sollicitent (Uber pour les taxis, AirBnB pour les hôteliers, etc.). De plus en plus de salariés pourraient être remplacés par ces acteurs « freelance », intervenant souvent à temps partiel. Cette « uberisation » des activités, si elle s’amplifie, réduira le nombre de salariés au profit d’indépendants pour lesquels il faudra bien instituer des modalités de protection adaptées à un métier par nature risqué et précaire.

Conjuguer le numérique et l’humain

La disparition de métiers est toujours dramatique pour ceux qui les exercent, tout comme il est insupportable qu’une société ne parvienne pas à offrir un emploi au plus grand nombre. Aussi, il est bien normal que ces changements suscitent des peurs. La disparition de métiers répétitifs sans valeur ajoutée réelle n’est pourtant pas une mauvaise chose si d’autres métiers émergent et que les personnes sont aptes à les exercer, l’histoire nous l’a prouvé. Rassurer passe par la vision des métiers de demain et la formation des hommes. Pour cela, deux composantes majeures me semblent à prendre prioritairement en compte : le numérique et l’humain, non pas juxtaposés voire opposés, mais en coopération.

Tous les métiers, toutes les fonctions, dans toutes les entreprises, utiliseront des outils numériques de plus en plus intelligents. L’intervention de l’homme consistera à les concevoir, à les piloter, à les utiliser de son mieux. Et comme les machines ont vocation à savoir en faire de plus en plus et de mieux en mieux, l’homme se concentrera davantage sur la seule chose qu’il ne peut leur déléguer : la relation, l’empathie, l’imagination, le rêve. Il convient non seulement de développer les compétences numériques (incontournables), mais aussi deux autres : l’expression des qualités spécifiquement humaines (émotions, créativité, coopération, négociation…) et la capacité à les combiner avec le numérique. L’outil sera alors utile à l’homme, prolongateur de son action, amplificateur de ses talents, comme il l’a été de tous temps. Les robots seront ses alliés, et les plateformes d’indépendants perdront de leur attractivité.

Ah ! Les chers métiers disparus ! L’allumeur de réverbère, le puisatier, le rémouleur, le poinçonneur, le déchargeur de vin et le couvreur de paille… Et voilà le community manager, le chief digital officer, l’architecte 3D et le chasseur de tendances. Demain, le cloud-manager, le curateur de bases, le pilote d’objets connectés, l’explorateur de réseaux, le coach digital, le mineur de données, le conducteur de connexions, le vigile en sécurité virtuelle, l’influenceur de marchés, le filtreur de rêves, le facilitateur de disruptions… N’est-ce pas tout aussi romantique ?

Accélérer la transition

C’est naturellement aux Etats que l’on demande d’accompagner les changements et d’apporter aux personnes plus d’adaptabilité et de sécurité. Les entreprises ont cependant un rôle essentiel à jouer. Leur intérêt, qui est aussi celui de leurs salariés, est de s’approprier au plus vite les évolutions en marche et de les intégrer rapidement dans leurs métiers afin d’accélérer leur propre transition. Peut-être devront-elles renoncer à une part de profits immédiats, mais l’expérience qu’elles acquerront leur donnera à moyen-terme un avantage concurrentiel.

Il ne s’agit pas de faire une révolution, mais d’accélérer le rythme dans chaque métier, dans chaque équipe, et surtout, dans l’organisation du travail. Voilà un point où, en s’inspirant des pratiques des startups et des grands acteurs numériques, de nombreuses évolutions sont possibles, visibles de tous, et profitables à tous. Je pense à la conduite de projets innovants, aux réseaux transversaux, aux usages de médias sociaux, et même à l’utilisation des bureaux : quand verra-t-on des salariés venir au travail dans des locaux proches de chez eux, partagés avec des employés d’autres organisations et des créateurs de petites entreprises ? La meilleure façon de résister aux plateformes, c’est encore d’en créer soi-même…

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Commentaires (2)

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  1. Talamona dit :

    J’aime particulièrement :

    « Ah ! Les chers métiers disparus ! L’allumeur de réverbère, le puisatier, le rémouleur, le poinçonneur, le déchargeur de vin et le couvreur de paille… Et voilà … le conducteur de connexions, e filtreur de rêves, le facilitateur de disruptions…  »

    Et je suis d’accord pour travailler à conjuguer, à décliner et à faire cohabiter : virtuel et réel, numérique et humain

  2. FAIVRE Patrick dit :

    Très intéressant et à la fois vertigineux. La question pour fournir de l’emploi à tous sera d’imaginer des emplois utiles et de différents niveaux de qualification. Malgré tous les efforts de formation possibles, tout le monde ne deviendra pas ingénieur. De façon binaire, soit on accepte un chômage de masse dont il faudra trouver les moyens de financement, avec tout le gâchis social et humain que cela entraîne, soit on fait preuve d’imagination pour créer des emplois de différents degré de qualification, dans le contexte de ce monde nouveau et l’on oriente les formations pour assurer l’employabilité du plus grand nombre face à ces nouveaux emplois.

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