UN IMMENSE DESIR D’AUTONOMIE

Classé dans ACTUALITES et HUMEURS, INNOVATIONS par sur 25 février 2016 0 Commentaire

FOULE

« L’auto-entreprise… Les jeunes et l’avenir du travail », c’est le titre d’un article signé par Jacques Le Goff dans la Revue ETUDES de février 2016. L’auteur nous donne des éclairages très intéressants sur la transformation de la notion de travail dans notre société. Il nous démontre par exemple que, contrairement à une idée reçue et affirmée couramment, les générations nouvelles aiment le travail, plus encore que les anciennes : 70% des 18-29 ans considèrent qu’il est très important dans leur vie, contre 64% des 30-60 ans (source : « Une jeunesse différente », par Olivier Galland et Bernard Roudet dans « La documentation française », 2014). Il observe la vogue de l’auto-entreprise qui marque une évolution majeure dans la société : en 2003, moins de 10% des diplômés d’HEC créaient leur entreprise, ils étaient 25% en 2013. Certes, le salariat concerne toujours 85% des actifs, mais la tendance de la hausse des indépendants est perceptible : les autoentrepreneurs sont 1,3 millions et la majorité à moins de 39 ans.

Il serait faux de considérer que la recomposition que révèle cette aspiration forte des jeunes générations à l’initiative individuelle, à l’autonomie, ne concerne que ceux qui créent leur propre entreprise. Les salariés ressentent ce même besoin, et les mouvements qui s’exercent « en dehors » de l’entreprise la remuent aussi « en dedans ». L’autorité traditionnelle, établie sur le statut, sur une hiérarchie rigide, « ne passe plus ». Sans aspirer à travailler hors de tout cadre, de toute autorité, et dans l’isolement, les salariés veulent être reconnus comme vraiment responsables de la mission qui leur est confiée, et avoir la main sur sa réalisation, plutôt en mode collaboratif, dans l’esprit de partage et de convivialité que permettent les réseaux sociaux et le numérique.

Ce constat invite à ne pas réduire le bouleversement des modes de travail, voire la « Fin du salariat » que certains prédisent, au seul développement du monde des indépendants au détriment de celui des salariés. Même si ce mouvement est incontestable, il faut inclure dans cette mutation le changement profond des relations entre les salariés et leurs employeurs. Pour toute entreprise, l’efficacité et la performance passent par cette prise de conscience. Des salariés engagés et responsables lui seront beaucoup plus utiles que des collaborateurs exécutants. Comment s’investit-elle dans cette évolution nécessaire ? Comment dirigeants et manageurs la prennent-ils en compte ? Quelles initiatives engagent-ils ? Et comment le droit du travail et la protection des salariés intègrent-ils ces évolutions ?

Plutôt que l’extinction du salariat qui laisserait la place à une multitude de travailleurs indépendants liés par une multitude de contrats bipartites, il est plus pertinent d’anticiper et d’encourager l’émergence de salariés exerçant dans un nouveau statut : plus impliqués dans la stratégie de l’entreprise, plus responsables de leurs propres contributions, plus autonomes dans leurs décisions, plus exposés aussi aux risques qui en découlent. Nous irons alors vers des entreprises à la fois plus partagées et plus éclatées qu’aujourd’hui, mais aussi plus agiles et davantage capables de s’adapter aux changements de leurs marchés.

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