Il y a quelques jours, le Président Obama annonçait des mesures destinées à limiter la taille des grandes institutions financières. Ces dispositions, présentées comme capables de réduire l’activité pour compte propre des grandes banques de Wall Street, donc le volume des activités spéculatives tant décriées pendant la crise, suivent un autre objectif : elles visent à sécuriser le système bancaire qui, on l’a vu en 2008, est exposé à un risque systémique dès lors qu’un de ses grands opérateurs est défaillant. Les entreprises de très grande taille savent qu’elles bénéficieront en cas de problème du soutien public. Il n’y a ni promesse, ni engagement de l’Etat, mais nécessité car il faut bien que l’Etat intervienne pour éviter qu’un désastre ne se propage à tout le secteur financier. Limiter leur taille, c’est répartir le risque, et c’est casser ce lien obligé entre le secteur privé et le secteur public… Ces entreprises sauront qu’elles doivent prendre leurs responsabilités et ne compter que sur elles-mêmes en cas de problème…
Plus récemment, nous apprenons que Toyota, le géant automobile, est mis en difficulté par des malfaçons concernant ses pédales d’accélérateur. A priori, rien de bien grave. Sauf que la taille du constructeur et celle du sous-traitant concerné transforment cet incident industriel en affaire mondiale. Et là encore, des voix s’élèvent pour dénoncer le gigantisme qui conduit à concentrer sur une seule usine des fabrications autrefois réparties entre de nombreux constructeurs et sous-traitants.
Ces deux évènements et les conséquences qu’ils entrainent marquent un changement majeur dans la vision de l’efficacité industrielle. La concentration et le gigantisme industriel, considérés comme des facteurs d’efficacité, de réduction de coûts, de qualité, sont brutalement contestés dans les rangs mêmes des plus productivistes. Un peu comme s’ils découvraient que répartir les centres de décision et de production, c’est diviser mieux les risques. Les entreprises coopératives et mutualistes appliquent pourtant depuis longtemps ce vieux principe paysan : « On ne met pas tous ses œufs dans le même panier !

Si l’on se faisait encore quelques illusions sur l’image des banquiers dans l’opinion publique, les résultats des derniers sondages ne laissent aucun doute : le divorce est consommé. Selon une enquête réalisée en France début janvier, 80% des français estiment que les banquiers n’ont pas tiré les leçons de la crise et continuent de prendre des risques. 73% des français estiment que les banques n’accordent pas assez de crédits. Dans le même temps, 40% des français seulement estiment que les banques sont solides. Enfin 83% des français estiment qu’une nouvelle crise économique et financière pourrait se produire dans les prochaines années.
Tous les médias et porte-paroles divers qui se sont servis des banques comme boucs-émissaires de la crise, ont réussi. Il est vrai que les banquiers ont sans doute aussi une part de responsabilité dans cette dégradation de leur image. Des bonus, pour des montants incompréhensibles par le commun des mortels, sont à nouveau distribués comme si de rien n’était dans quelques banques internationales de financement et d’investissement. Faut-il, à partir de ces annonces spectaculaires, parfois à la limite de l’indécence, condamner l’ensemble d’une profession ?
Le simplisme des messages des médias fait porter le regard sur ces quelques « happy few » qui servent d’exutoire pour le grand public mais qui, osons le dire au passage, exercent un métier nécessitant une très haute qualification en économie et en mathématiques, exigeant des nerfs d’acier, une capacité de réactivité et d’anticipation hors du commun et subissant une forte pression compte tenu de l’ampleur des enjeux financiers. Au total, il s’agit d’un métier indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers et que très peu de personnes sont en mesure d’exercer.
Par ces campagnes médiatiques de dénigrement, on «met dans le même sac» les quelques dizaines de milliers de traders avec les centaines de milliers de collaborateurs de la banque de proximité qui font leur métier sérieusement dans le souci du service à la clientèle. Les conséquences de cette image dégradée vont même jusqu’à provoquer parfois des incivilités vis-à-vis des collaborateurs en contact direct avec la clientèle. Est-ce acceptable ? On reproche aux banques de ne pas assez prêter, mais ne prend-on pas le problème à l’envers ? Si la croissance des encours de crédit en 2009 n’a pas été au rendez-vous attendu, est-ce la faute des banquiers ou s’agit-il davantage de la conséquence de la sagesse des agents économiques qui, en période de crise, préfèrent renforcer leur épargne de précaution que de s’endetter davantage. Les chiffres de l’année 2009, en matière de croissance des encours d’épargne liquide, le montrent d’ailleurs de façon magistrale.
Je ne reviendrai pas ici sur l’utilité des banques dans une économie de marché. Cela a été très bien décrit par Georges PAUGET dans son ouvrage «Faut-il brûler les banquiers ?», ou par Jean PHILIPPE dans son livre «Les mots du mutualisme», où l’utilité des banques coopératives est particulièrement bien argumentée. Il suffit d’utiliser une image : les banques représentent le cœur et les poumons du « corps économique ». Peut-on imaginer un organisme vivant complexe, sans cœur ni poumons ?
Cette profession est, par nature, discrète. D’autres corporations savent mieux faire entendre leur voix. Imaginons que les banques, afin de montrer leur utilité, interrompent leurs services, ne serait-ce que quelques jours, on verrait rapidement les conséquences dramatiques que cela aurait pour le reste de l’économie. Mais les banquiers ne sont pas des « preneurs d’otages ».
Dans quelques jours, FriendsClear pro va permettre à des porteurs de projets de trouver des financements et à ceux qui le souhaitent de leur prêter en ligne. Tout se passe entre personnes avec, entre le prêteur et l’emprunteur, une plate-forme : FriendsClear.
Le Crédit de personne à personne, Peer to Peer ou P2P, est une forme moderne du mutualisme : on examine un projet, on prend le temps de mieux connaître et de comprendre la personne qui le porte, on lui fait confiance, on le soutient, on lui prête… Ce modèle là, qui utilise les possibilités d’Internet, ne vient pas contester la Banque “classique”, mais en est complémentaire. Les projets de 4.000 ou 8.000 Euros sont en effet difficiles à bien cerner par un conseiller en agence. D’abord, celui-ci ne peut pas connaître parfaitement tous les secteurs d’activité. Ensuite ces petits crédits échappent le plus souvent au modèle d’analyse purement bancaire car l’appréciation personnelle domine les autres dimensions. C’est pour cela que le P2P est utile, et c’est pour cela que le Crédit agricole Pyrénées Gascogne contribue à ce projet en fournissant le dispositif technique et bancaire indispensable à sa concrétisation… Nous en sommes fiers ! Longue vie à FriendsClear, et un grand « Bravo » à Jean-Christophe et à son équipe…
Pour tout comprendre sur le prêt de personne à personne, visionnez l’interview de Jean-Christophe Capelli par Jean-Michel Billaut.
Il s’est installé dans nos esprits, progressivement, insensiblement, au fil des pubs et des messages, que tout objet, tout service, se résumait à son prix. Les achats en ligne viennent renforcer encore cette approche de la valeur, et on voit fleurir les comparateurs. Justifiée pour des produits finis, standardisés, exclusivement matériels, cette approche n’est pas pertinente quand le produit ou service est à forte valeur ajoutée de prestation humaine. Par exemple quand le conseil pour le choix, la maintenance, le suivi du contrat, le SAV sont déterminants.
Exemple : Pour acheter un disque dur de marque et caractéristiques données, je cherche le meilleur prix port compris. Normal. Mais si j’ai besoin d’une nuit d’hôtel sur Paris, je m’inquiète de sa localisation et de ses prestations. Dans le premier cas, j’utilise un comparateur, dans l’autre un site qui me guide dans mon choix et me fournit les avis des internautes.
Evident ? Alors, que penser des comparateurs de services bancaires ou d’assurances sur Internet ? Comment peut-on dire « Ici, un chèque de banque coûte 6 Euros de moins » sans intégrer la facilité et la rapidité de son obtention ? Comment peut-on dire « Cette banque facture les retraits dans les distributeurs des réseaux concurrents 20 cts moins cher que cette autre » si cette banque n’a pas de réseau de distributeurs et donc que le client est obligé d’utiliser les distributeurs des réseaux concurrents ? Comment peut-on dire « Cette assurance coûte moins cher ici » alors que l’assurance ne se consomme qu’en cas de pépin et que le traitement du sinistre compte infiniment plus pour le client que le coût de sa prime ? Il y aurait des exemples à foison…
En disant « Votre banquier, c’est vous ! » BforBank dit clairement : « Ce que votre banquier vous apporte en commodités et en conseil, c’est désormais à vous de le fournir ! ». C’est clair, et c’est à chacun de juger s’il a ou non les compétences et savoir-faire requis. Ce n’est pas le message porté par cette autre banque en ligne qui présente un banquier « traditionnel » effondré devant ses prix…
En faisant peser la concurrence sur le prix des services et pas sur leur qualité, les comparateurs occultent une dimension fondamentale, celle du service, où se concentrent pourtant des dimensions aussi essentielles que l’utilité, la rapidité, la qualité et au final la satisfaction du client. Ils nient tout simplement la valeur ajoutée de professions entières et par là de tous ceux qui dans les écoles, les universités travaillent à la former.
Expérience : Le Crédit agricole Pyrénées Gascogne a proposé à ses clients à la recherche d’un prêt habitat deux formules de crédit. Coté taux, donc prix, la première était alignée sur les conditions des banques en ligne les moins chères, la seconde offrait un taux supérieur de 20 cts. Les deux propositions étaient faites aux clients, ceux qui optaient pour la première étaient orientés vers la plateforme pour réaliser très rapidement leur crédit en ligne, les autres étaient conseillés en agence. Il leur était précisé que dans le second cas, ils pouvaient demander en cas de difficulté de modifier leurs conditions de remboursement, et qu’en cas d’impayé, une solution serait recherchée en entretien en agence. Après explications, 2% seulement des clients optaient pour la première offre pourtant moins chère. CQFD : il faut expliquer la différence, c’est-à-dire toute la valeur du conseiller de proximité dont « le prix » est finalement très compétitif…
Conclusion : Il nous manque aujourd’hui des comparateurs de prix et de service qui intègrent toutes les dimensions d’un contrat. Pourquoi cela n’existe-t-il pas ? Simplement parce que, très logiquement, ce sont les acteurs « pur Internet » qui s’occupent de comparer, et leur intérêt évident, c’est de ne parler que de leur seul point fort, le prix. Aux autres de parler du reste, tout le reste. Aux banques mutualistes et/ou coopératives de montrer la voie. Et aux clients de « comparer » et de choisir, bien sûr…
La communication des marques sur leurs vertus vertes a quelque chose d’agaçant. Leur intérêt pour le développement durable est trop brutal, trop général, et, disons-le, bien trop bruyant, pour être sincère. Comment ne pas voir dans ce tapage médiatique que beaucoup d’entreprises, sans tomber toutes dans l’écoblanchiment, s’achètent une conduite à peu de frais en mettant en avant quelques initiatives qui ne bouleversent ni leur mode de fonctionnement ni leurs priorités ? Faut-il pour autant les condamner ?
Que de plus en plus de décideurs comprennent et affirment qu’il faut conduire le développement en respectant l’environnement, n’est ce pas plutôt bien ? Que dans cette quête vertueuse, ils encouragent l’innovation et contribuent dans leurs équipes, auprès de leurs clients, à faire monter l’exigence sur ce registre, n’est-ce pas bénéfique ? Que les voix des médias, des entreprises, des intellectuels et des cinéastes, des politiques et des chanteurs, se mettent en harmonie pour dire, « juré-craché », que la protection de la diversité des espèces, des paysages, des océans et du climat sont des priorités humaines qu’ils entendent bien défendre, qui va s’en plaindre ? Alors ?
Alors, tout est allé trop vite. L’écologie est passée si brutalement d’un statut de militantisme marginal, jugé bien souvent subversif, naïf et inconséquent, à celui de pilier incontournable de la morale moderne, qu’on en arrive à se demander si elle n’est pas un ingrédient de plus de « la pensée unique », donc molle et mièvre. Un peu comme si sa revanche était trop franche et trop rapide pour que ne pas nuire à ses intérêts fondamentaux. Le risque est en effet réel d’exploiter la peur du changement climatique sans faire l’effort de se demander pourquoi il est important de respecter les grands équilibres écologiques, donc la vie des espèces et des peuples qui ont chacun besoin d’un espace adapté. Qu’on en reste finalement à la surface « verte » des choses.
Alors ? Alors, il faut privilégier en profondeur la responsabilité avec ce qu’elle entraîne de réflexions, de débats et de décisions. C’est en son nom qu’il faut se préoccuper des grands équilibres écologiques mais aussi financiers et sociaux, qu’il faut tempérer les appétits spéculatifs, réduire les déficits publics, traiter la question du chômage et celle des retraites. En son nom toujours qu’il faut concilier les intérêts des peuples. Cette responsabilité est exigeante, elle demande de regarder, de comprendre, de juger et d’agir. Elle n’est pas faite de coups médiatiques, ne s’accommode pas de certitudes, mais de travail, de volonté, de courage. Et tout ce qui est Green, vert ou écologique ne trouve de sens que dans cette responsabilité qui est par essence plus profonde et plus large.
C’est cette responsabilité économique, financière, sociale, humaine qui anime le mutualisme depuis ses origines. C’est au nom de cette responsabilité que Pyrénées Gascogne a engagé de nombreuses actions pour réduire son impact carbone, pour développer sur ses bâtiments et sur ceux de ses clients la production d’énergie renouvelable, pour réduire les transports et les impressions papier. Mais c’est au même titre que Pyrénées Gascogne a inventé la Carte sociétaire, des produits d’épargne responsable, des modalités spécifiques pour l’accompagnement des clients fragilisés. Le Crédit agricole est partenaire d’Océans, le nouveau film de Jacques Perrin, comme il l’est de milliers d’associations qui œuvrent dans de nombreux domaines sur les communes de France, et des internautes du Sud-ouest avec Internet Céç@.
Que le Crédit agricole soit vert, chacun le sait depuis longtemps ;-). On sait moins qu’il est organisé depuis ses origines pour que cette responsabilité s’exerce à tout moment, à tous niveaux, et sur toutes les dimensions de l’entreprise. C’est le sens de sa gouvernance partagée, de sa prise de décisions sous le regard des sociétaires et élus, de son fonctionnement participatif et démocratique. Et c’est bien là qu’est l’essentiel, au-delà des effets de mode et des priorités souvent éphémères…
Pour la bande annonce (magnifique) du film Océans de Jacques Perrin, c’est ici….










